Partie 1

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Il y a bien longtemps, dans un univers lointain…

C’est à peu près de cette façon que commencent toutes les histoires. Elles enchaînent ces quelques mots et s’écrivent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à lire et que vienne la fin. C’est ainsi que sont les choses et qu’elles seront à jamais. Personne ne le critique, moi-même je n’oserais pas. Ce n’est pas le but de cette histoire, mais celle-ci… peut-elle commencer ainsi ? Ce n’est ni vieux, ni lointain. Commençons autrement.

Je m’appelle Eve-Lyne et ceci n’est pas mon histoire.

Tout a commencé un jour ordinaire, à l’école primaire. J’avais six ans et nous apprenions tout juste à lire. La maîtresse posait ses grands doigts fins sur le livre de conte, caressait les feuilles avec tendresse et tapotait les pages de ses ongles longs. Elle pinçait parfois les lèvres, fronçait les sourcils devant les mots. L’histoire la happait, la laissait sans souffle à la fin d’un chapitre. Elle relevait alors ses petits yeux par-dessus ses lunettes rouges, nous regardait tour à tour et souriait gentiment. Plus que l’histoire, j’étais captivée par ses réactions, ses intonations, par la façon qu’elle avait de raconter ce qu’elle lisait. Il n’y avait aucun suspense, aucun doute ; à la fin, le prince épousait la princesse, la sorcière était vaincue et fuyait. Pourtant, je tressautais par moment, accrochée à ses mots, je transpirais à chaque pause qu’elle faisait, retenais ma respiration quand elle reprenait la sienne. Je ne pouvais m’empêcher, chaque jour, de continuer à y penser : et si l’histoire ne s’arrêtait jamais ?

— Et ils vécurent heureux pour toujours, chuchota-t-elle avec un sourire complice.

— C’est déjà fini ? demanda la petite blonde du premier rang.

— Toutes les bonnes histoires ont une fin, Marie.

— Et les mauvaises, alors ? tentai-je plus fort que je ne l’aurais voulu.

La maîtresse se redressa sur son siège pour chercher des yeux où j’étais assise. Recroquevillée derrière trois garçons, je baissai la tête, comme si cela suffisait à me cacher, mais elle finissait toujours par me trouver. Je sentais son regard posé sur moi et je n’arrivais pas à savoir si j’avais dit une bêtise ou non. Cependant, vrillant mes entrailles, je sentais au fond de moi ce pressentiment qui murmurait à mes oreilles que, dorénavant, rien ne serait jamais plus pareil.

— Très bien, les enfants. C’est l’heure de la récré. Eve-Lyne, viens me voir, s’il te plaît.

Comme un chêne en pleine tempête, je restai debout à attendre que les autres me contournent et s’échappent de la classe en sautillant, heureux de quitter une atmosphère studieuse pour quelque chose de plus distrayant. Je fixai la maîtresse qui, en retour, me fixait également, retirant ses lunettes pour les laisser pendre à son cou. Ce ne fut que lorsque Marie, dernière comme à son habitude, sortit de la salle, que nous bougeâmes enfin. La maîtresse referma le livre qu’elle tenait entre ses mains, caressant la couverture du bout des doigts et moi, captivée par son amour des histoires, j’approchai à petits pas, espérant qu’elle réponde enfin à ma question.

— Quelle différence crois-tu qu’il y ait entre une mauvaise et une bonne histoire, Eve-Lyne ?

Si sa question paraissait anodine, déjà à six ans j’avais compris qu’il n’en était rien. Faire sortir tout le monde, ne pas me répondre, tout ceci cachait quelque chose qui ne me plaisait pas. Les bras croisés sur le ventre pour me protéger, en vain, de ce qu’il adviendrait ensuite, je fis la moue. Je n’avais pas envie de dire les mots qui me brûlaient les lèvres. Effrayée, je restai muette, mais elle m’invita à me détendre d’un sourire chaleureux. Je le voyais dans ses yeux : la même boule au ventre que la mienne lui serrait la gorge. Pourtant, ce n’était pas de la peur, c’était de l’espoir. Elle ne voulait pas que je réponde, elle voulait que je réponde bien.

— Si les bonnes histoires ont une fin, alors les mauvaises continuent pour toujours…

Les larmes lui vinrent immédiatement et, sans plus faire attention à son livre, elle m’assit sur ses genoux et m’enlaça comme elle le faisait si rarement, et jamais quand nous étions à l’école. Je ne savais plus que faire, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Perplexe, je lui rendis son câlin et pleurai également.

— Eve-Lyne, ma chérie. Maman est si fière de toi.

Ses mots avaient un arrière-goût d’adieu qui m’est resté à jamais coincé en travers de la gorge. Notre bonne histoire venait de prendre fin et ma mauvaise de commencer pour ne plus s’arrêter…

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Isaiah Umbogi


Il devait être 7 h du matin lorsque le docteur Henry A. (Abigar) Willmann regarda une fois de plus sa liste de rendez-vous de la journée. Il voulait confirmer que tout était comme prévu, sans désistement de dernière minute que sa secrétaire aurait noté en oubliant de lui en parler même si la connaissant, c’était techniquement impossible. Cependant, le docteur Willmann ne pouvait pas s’empêcher de tout inspecter. Il était du genre paranoïaque lorsque son professionnalisme était en jeu. Une fois ceci fait, il sourit en savourant son deuxième café de la journée en humant l’arôme fruité avec un soupçon d’épices : Bahariya.
Les mercredis étaient d’habitude une source de migraine carabinée et celui-là n’allait pas être une exception. Les noms qu’il avait vus listés en étaient la preuve, cependant, en changeant de perspective, les mercredis étaient également des journées de challenge et d’apprentissage.
Au départ, ce n’était qu’une question de malchance et de défaut d’organisation. Comme par hasard, il s’était retrouvé avec des cas sociaux qui pouvaient donner l’envie aux plus incrédules de se tourner vers la foi, ou de regarder toutes les saisons des « heureuses licornes heureuses », l’émission pour enfants par excellence.
Prenons un rapide exemple. Un de ses clients, un jeune homme des plus charmants avec un début de carrière brillant dans la R.P.S.A (Rugby Parkour & Sport Association, un sport émergeant qui commence à gagner énormément en popularité) que nous appellerons Joe West.
Le problème de Monsieur West était simple : il n’était pas du tout apte à une vie de célébrité parce qu’il pouvait aisément y trouver les moyens de réaliser ses pulsions destructrices. Que ce soit par les personnes dépendantes de sa renommée et de sa fortune, des lèche-culs, qui pouvaient détourner les yeux derrière des murailles d’excuses tant qu’elles y trouvaient leur intérêt. Ou par des personnes dont c’est le boulot de réaliser n’importe quel fantasme ou désir imaginable, il n’y avait juste qu’à payer leur prix...
Mais revenons-en à Monsieur West encore un petit moment. Ce n’est pas comme si vous aviez le choix de toute façon…
Monsieur West éprouvait des envies particulièrement déviantes, cependant, elles ne représentaient pas de danger. Vouloir râper la peau d’un individu, quel que soit son sexe ou son âge, n’était étonnamment pas la chose la plus dangereuse. Ce qui rendait la situation semblable à un stock de poudre avec un crétin fumant un bon cigare à l’intérieur était le fait qu’il arrivait de plus en plus à normaliser ses pulsions, à les justifier et donc à les rendre aussi banales que le rituel du café du matin. Autrement dit, elles devenaient de plus en plus réalisables. On a tous eu des envies de meurtre. Soit au boulot après un entretien avec un responsable non seulement plus jeune, mais de plus sous-qualifié, ou dans la vie de tous les jours et là, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Prenez simplement n’importe quel jour dans la semaine, normalement, vous avez votre cas. Si vous ne vous sentez pas concernés et que vous n’avez jamais envie d’étriper votre chien qui vient de chier sur votre lit, ou votre gosse qui vous traite de tous les noms en hurlant et courant partout ! Ou Jeff parce qu’il a eu votre promotion pour laquelle vous avez dû bosser dur !!… Ou toute autre personne pour une raison x ou y, félicitations.
La différence entre vous, personnes concernées, et Monsieur Joe West, ce sont les barrières morales, culturelles, logiques, humaines tout simplement que vous avez et peu importe le nombre de fois où vous y penserez, cela n’ira jamais plus loin que de la colère bête ou qu’un simple fantasme isolé, du moins jusqu’à atteindre votre point de cassure.
Pour Monsieur West, ce n’était plus une pulsion issue de la colère ou de la frustration, mais une envie anodine. Pensez au fait de vouloir vous acheter ce paquet de chewing-gum à côté de la caisse en vous disant : « tiens, pourquoi pas » et vous avez le point de vue de Monsieur West sur le râpage de peau. Une fois, il s’était retrouvé à suivre un couple qu’il avait croisé en se rendant à son entraînement. Ils avaient quelque chose d’attirant, quelque chose qui lui parlait, et ce quelque chose était leur bonheur. Il se voyait très bien dans la manière dont ils se baladaient ensemble, discutaient, s’embrassaient et se tenaient la main. Généralement, les pulsions destructrices étaient poussées à la réalisation par des émotions négatives comme la colère ou la haine ou la jalousie, ce genre d’émotions primaires et explosives particulièrement puissantes.
Cependant, Monsieur West n’éprouvait rien de cela à leur égard, bien au contraire, il les trouvait particulièrement charmants et beaux, mais d’une étrange façon, cette sensation se traduisait chez lui par l’envie de leur râper la peau, de les violer et de les cuisiner. Où était le rapport entre ces deux phénomènes ? Comment une personne pouvait-elle être autant corrompue par son propre cerveau ? C’était bien là le but et le défi du travail du docteur Willmann : trouver le problème, le régler et bien sûr, redonner aux patients le contrôle de leur vie. C’était ce qu’il avait appris à aimer et ce qui allait rendre ce mercredi intéressant et finir sur une migraine carabinée et un nanar pour laisser le cerveau refroidir. Il aimait bien les séries des octoserpents contre vermigator, ça et quelques verres de champagne « Duchatel » et tous les soucis du monde s’envolaient en un instant. Ce cas peut vous paraître obscur parce que vous avez peut-être du mal à comprendre comment c’est possible, car dans l’incapacité de vous mettre à la place de Monsieur West, et c’est très bien comme ça, il vaut mieux ne pas se balader dans le chaos d’un tel esprit sans avoir les outils pour s’y repérer. Tournons donc cette page, vu que ce n’est pas le sujet de cette histoire.
Après avoir pris une autre gorgée de son café qui lui passa agréablement par la gorge, le docteur Willmann posa sa tasse sur un sous-verre dans le coin gauche de son bureau impeccablement bien rangé et simpliste. En termes de décoration, il n’y avait qu’une petite statue ronde extrêmement rare et coûteuse d’un vieil homme à la longue barbe blanche et tout de noir vêtu : Kvasir, ancien symbole de la sagesse à une époque où les hommes étaient à peine plus intelligents que des animaux. Du moins, c’était la prétention des hommes modernes. Quant à la réalité, eh bien, c’est une question complexe. Ce n’est pas de celles qui peuvent tenir éveillé la nuit pour finir par un orgasme intellectuel, mais juste, deux minutes OK ? Juste deux minutes... Si l’on prenait un adulte d’il y a 100 ou 300 ou 500 ans pour l’inclure dans la société moderne, quelles seraient ses chances de s’acclimater ? Et si l’on prenait un enfant d’il y a 100 ou 300, bref vous avez compris, et que l’on faisait la même chose, quelles seraient ses chances de s’adapter ? L’espèce humaine a-t-elle évolué intellectuellement depuis ses origines ? Et par « intellectuellement », comprenez la capacité à traiter l’information. Ou cache-t-elle sa stagnation derrière le progrès amené par quelques-uns ? Parce qu’il était, selon Willmann, une erreur de considérer le progrès comme synonyme d’évolution. Donc voilà, vous avez eu vos deux minutes de réflexion par jour, et avez conclu par un « mouais », on peut donc continuer notre histoire. Et pour ceux qui ont poussé la réflexion au-delà du temps conseillé, il n’y a qu’une chose à leur dire : cool… Mais assez tourné autour du pot, focalisons-nous sur le problème, et par nous, j’entends « je » bien évidemment.
Une fois le verre posé, et ce sera la dernière fois que le café sera évoqué, Willmann pressa le bord inférieur de l’écran au milieu de son bureau en poussant légèrement vers le bas dans le but d’ajuster l’inclinaison à sa convenance. Ensuite, il appuya sur le premier nom de la liste de rendez-vous : Jacob Moire. Immédiatement après, la fiche personnelle de ce dernier défila sur l’écran. Jacob souffrait d’un cas d’agoraphobie au départ (simplement expliquée par la peur de l’extérieur) et chez lui, c’était la peur des gens et non des espaces ouverts. Donc plus de la phobie sociale que de l’agoraphobie, mais permettons-nous un degré de non-professionnalisme dans le choix des mots. Les visites de Monsieur Moire étaient espacées à raison d’une tous les deux mois, c’était le temps nécessaire pour qu’il trouve le courage de mettre les pieds hors de son appartement. Le docteur Willmann faisait un point d’honneur à ce qu’il se déplace, qu’il se stresse. Parce que sans cela, il n’avait aucune raison de respirer l’air de l’extérieur. Aujourd’hui, vivre en « reclus » n’est plus une bizarrerie : boulot, courses, divertissements, absolument tout peut se faire de chez soi dans le réel comme dans le virtuel et c’est un véritable choix de vie plus qu’autre chose. Et pour compliquer les choses, pourquoi pas après tout, personne n’aime la simplicité, ce choix de vie lui réussissait. Jacob était un excellent spéculateur financier et avait plusieurs bons placements, alors vivre dans un appartement de plus de 2 000 mètres carrés n’aidait pas à créer une sensation d’enfermement pour contrebalancer l’agoraphobie. Quelquefois, ça pouvait marcher.
Cependant, ce n’était pas l’agoraphobie qui faisait l’objet de leurs entretiens récents, Jacob avait développé un cas de sommeil éveillé encore appelé paralysie du sommeil. Elle était survenue sans raison apparente.
Malgré ses réticences, Jacob avait essayé des solutions médicamenteuses, mais évidemment, elles furent sans effet. Un problème d’origine psychologique n’avait pas forcément de solution pharmaceutique. Les médicaments étaient loin d’être la solution à tout et Jacob subissait cette réalité. Il se réveillait tous les jours en étant plus fatigué que la veille à tel point que l’idée du suicide, rejetée violemment au début du problème, était devenue particulièrement attirante. Nausées, migraines, hallucinations et troubles visuels n’étaient que quelques-uns des symptômes qu’il éprouvait au quotidien. Si l’on rajoutait aussi le paradoxe du riche qu’il vivait (de manière simple, il a toujours été coutume d’associer bonheur et réussite, fortune et tout ça. Presque aussi loin que remonte l’histoire de l’humanité, la quête de la richesse à tout prix est devenue un but en soi et certains vont jusqu’à y inclure le principe du « à tout prix ». Maintenant, si toute votre vie, vous pensiez que devenir riche était indispensable à votre bonheur comme du café le matin… et qu’au bout du compte, vous vous rendez compte que soit vous êtes passé à côté des choses importantes ou que vous rencontrez un problème que toute votre fortune réunie ne peut résoudre, eh bien, vous l’avez dans le cul. Ces personnes développent des cas de sévères dépressions tant qu’elles ne changent pas de perspective) la vie de Jacob était loin d’être enviable.
Ce cas était des plus fascinants, pas unique à la connaissance du docteur Willmann, mais néanmoins fascinant. Avoir un tel sujet entre ses mains était une véritable chance. Le sommeil éveillé de Jacob était un phénomène durant lequel il était pleinement conscient au moment du réveil, mais se retrouvait dans l’incapacité de ne serait-ce que bouger le petit doigt. Le degré d’immobilité variait d’une personne à l’autre et dans le cas de Jacob, elle était totale et touchait même certains de ses organes internes comme les poumons. Il avait du mal à respirer ce qui pouvait expliquer les expériences extracorporelles, comme il les définissait, qu’il avait à ces moments. Le fait de manquer d’air réduisait l’apport d’oxygène au cerveau. En combinant cette défaillance respiratoire aux qualités inhérentes à la paralysie du sommeil, on pouvait vivre de violentes hallucinations visuelles et auditives.
Mettez-vous en condition, faites votre gymnastique mentale et imaginez... Vous vous réveillez, les yeux fixés au plafond. Vous avez l’impression qu’il est trop tôt et pour une raison étrange, le plafond est mobile et changeant de forme comme une illusion dans le désert. Vous vous dites que c’est la fatigue, vous essayez de tourner la tête pour regarder quelle heure il est, mais vous ne pouvez pas.
· Hein ? vous vous dites encore dans le cirage.
Alors vous essayez à nouveau, mais votre tête ne bouge pas d’un millimètre. Vous vous dites que peut-être vous avez mal dormi, il y a un truc qui s’est passé durant le sommeil et peut-être que ça va passer ? Peut-être un auto massage rapide ? Pourquoi ne pas voir ce qui se dit sur le net ? Il y a peut-être des trucs à faire pour aider avant de prendre rendez-vous chez le médecin, histoire que ce soit moins désagréable. Le téléphone est sur votre chevet, et dans votre tête, vous tendez le bras pour le saisir, mais la réalité vous dit non. Votre bras reste dans la même position.
Le « Hein ?? » devient plus important et fait écho dans votre esprit
· Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je ne bouge pas ? Putain, c’est quoi ce délire ? paniquez-vous. La peur vous envahit parce que vous ne comprenez pas ce qui se passe, et elle grandit, grossit en vous, alors que la réalité de votre situation devient plus concrète : vous êtes complètement immobilisé, de la tête à la pointe des pieds. Et c’est là que vous entendez des bruits, comme des bruits de pas venant de l’autre côté de la porte de votre chambre. Elle est entrouverte, mais pourtant, vous vous rappelez l’avoir fermée.
· Il y a quelqu’un ? essayez-vous de demander, en vous disant que c’est peut-être... C’est peut-être qui ? Qui peut bien être chez vous à cette heure ? Mais non seulement aucun son ne sort de votre bouche, mais de plus vous entendez des rires tout autour de vous. Vous voyez des ombres partout où votre regard se pose. Ces ombres prennent des formes cauchemardesques en bougeant vers vous et là, vous entendez votre porte grincer. Vous voyez quelque chose, une silhouette fine, bossue et recouverte de piques suintant une matière boueuse à l’aspect dégueulasse et à l’odeur épouvantable, se faufiler. Votre cœur bat à cent à l’heure alors que vous essayez encore de bouger, de faire quelque chose, mais vous restez cloué à votre lit. Imaginez la créature avançant à quatre pattes dans le noir en direction de votre lit. Vous entendez ses pas sur le parquet, vous entendez son souffle se rapprocher jusqu’à ce qu’elle soit toute proche. Vous voyez la silhouette grimper sur votre lit en prenant tout son temps, vous faisant bien comprendre que vous êtes complètement impuissant, démuni même de la capacité de fuir. Vous ne pouvez que la regarder, défiant ou apeuré. Cela n’a aucune importance, parce qu’elle va placer ses mains griffues et chitineuses autour de votre cou et serrer fort sans que vous ne puissiez vous débattre, comme un nouveau-né. Votre souffle est coupé, la peur commence à vous posséder si ce n’était déjà pas le cas. Vous sentez la douleur, le froid de la chitine sur votre cou, la puissance de sa prise et vous voyez également le visage défiguré et horrible de la créature se rapprocher du vôtre, très près, trop près. Vous sentez son souffle froid et putride, comme venu d’outre-tombe, vous brûler la peau. Vous voyez ses lèvres s’écarter, sa bouche s’ouvrir dévoilant une rangée de dents pointues. Vous sentez sa bave vous tomber dessus, mixte de salive et de sang. Et vous l’entendez vous murmurer sur un ton excité alors qu’elle vous sert encore le cou :
· Je reviendrai te prendre lorsque le temps sera venu !
Avant de disparaître dans un éclat de rire à vous glacer le sang.
Ceci est un exemple parmi tant d’autres d’expérience liée à la paralysie du sommeil.
Dans le cas de Jacob, c’était encore plus particulier.
Les « visions » de Jacob étaient très souvent étranges, et quelquefois sans queue ni tête. Il y avait un rêve sur des pêcheurs, garants de la survie de leur peuple au bord de l’extinction. La seule nourriture qu’ils pouvaient trouver provenait de la mer, mais cette dernière était peuplée de créatures marines assoiffées de sang et de démons des mers. Il avait également eu un rêve psychédélique avec des pièces de l’espace changeant perpétuellement de couleur de manière chaotique, c’était à n’y rien comprendre de prime abord. Un autre encore était un carnaval des plus particuliers avec des dragons et des hommes qui volaient côte à côte au milieu d’un océan d’étoiles qui chantaient une sorte d’hymne se rapprochant de celui chanté par les anges. Quoique ceci était un cas vraiment particulier que le docteur Willmann devait débattre avec ses collègues. Il s’agissait là du cas de rêve collectif le plus important de l’histoire, et trouver une explication logique à tout cela allait être un véritable challenge… Une mélodie de violon le sortit de ses pensées, il pressa sur la photo de sa secrétaire qui venait d’apparaître en bas, à droite de son écran, puis il entendit la voix synthétique de la dame.
· Monsieur Willmann, votre rendez-vous de 8 h, Monsieur Jacob Moire, est arrivé.
· Déjà ? Bien ! Faites-le entrer s’il vous plait, Madame Flintstone, répondit le docteur.
La porte du bureau fut ouverte de l’extérieur et un homme dans la trentaine passa timidement la tête en cherchant le docteur du regard.
· Bonjour docteur Willmann, dit-il d’une petite voix.
· Ah Monsieur Moire, entrez donc, entrez donc, l’invita Willmann d’un geste de la main qui se voulait respectueux et rassurant. Jacob sortit de derrière la porte qu’il referma doucement après être entré.
C’était un homme de taille moyenne, à la physionomie moyenne, ni particulièrement bel homme, ni particulièrement moche non plus portant un t-shirt et un pantalon de ville. Personne ne penserait en regardant cet homme qu’il était dans le top 30 000 des plus grandes fortunes de la CEDEP (Communauté Économique Des États Parlementaires, dénomination complexe pour définir des démocraties qui se partagent 15 systèmes solaires pour l’instant, mais leur stratégie d’expansion après guerre allait probablement doubler ce nombre dans les 10 à 12 prochaines années. Mais laissons la politique de côté et revenons-en à notre petite histoire).
À la mine qu’il avait, il donnait l’impression d’être un drogué en manque : yeux rouges et teint pâle, presque blanc papier.
· Comment allez-vous, Monsieur Moire ? demanda Willmann en se levant pour serrer la main moite de Jacob, même si la réponse était évidente.
· Je ne sais pas trop docteur, je commence à croire que je suis vraiment fou, j’avais besoin de vous voir en urgence, répondit ce dernier.
· Aucun problème Monsieur Moire, je regrette simplement de ne pas avoir énormément de temps à vous consacrer. Asseyez-vous donc et racontez-moi ce qui vous arrive, demanda Willman en invitant Jacob à s’asseoir sur un divan, le seul utilisé dans quelques cas rares demandant la relaxation du patient, placé à gauche du bureau à côté de la fenêtre qui s’assombrit aussitôt pour couper la pièce des yeux et oreilles indiscrètes. Musique ? ajouta-t-il en activant également l’enregistrement de la séance et en prenant place dans un fauteuil luxueux non loin du divan où son patient était allongé.
· Euh oui, merci docteur, répondit Jacob confortablement installé. Le meuble épousa immédiatement les formes de son corps, puis il s’ajusta à la température idéale de son corps et pour finir, il commença à vibrer sur une fréquence à peine perceptible, mais qui incita Jacob à se relaxer, ce qui était un exploit en soi.
Des quatre coins de l’énorme pièce d’une simplicité et propreté clinique s’échappa une symphonie calme et apaisante, des bruits de vagues associés à un son de flûtes, de piano et de violons entre autres. Et pour finir, une odeur agréable se propagea partout dans la pièce, une odeur de gâteau aux amandes avec un cœur de myrtilles. Le docteur Willmann avait dû passer des dizaines de coups de fil pour trouver les bons composants, mais il ne regrettait pas de l’avoir fait. Le souvenir olfactif projetait Jacob dans sa tendre enfance, aux côtés de sa grand-mère qui l’aimait plus que tout au monde.
· Comment vous sentez-vous ? demanda Willmann.
· Très bien docteur, répondit Jacob et c’était sincère. Il se sentait partir, ses soucis, ses problèmes, sa fatigue étaient comme emportés par une brise agréable. Là, il pouvait fermer les yeux et sombrer, sombrer...
· Parfait ! Vous arriverez à vous souvenir par vous-même ou on procède à l’hypnose ? demanda Willmann.
· L’hypnose, répondit Jacob. Je ne suis pas certain de me rappeler tous les détails dont vous aurez besoin.
· Parfait. Avant de commencer, je dois vous préciser que la séance sera enregistrée et que vous pourrez y accéder comme d’habitude en vous connectant à votre compte. Maintenant que c’est fait procédons, dit Willmann en claquant nonchalamment des doigts et instantanément, Jacob ferma les yeux et posa ses mains sur la poitrine. Racontez-moi ce qui vous préoccupe, Monsieur Moire, ordonna calmement le docteur.
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mivoceu
Mindful Voices of Europe is a book of discovery, but it is no
travel guide. This is a collection of short stories from 44
European writers capturing the heartfelt atmosphere of their
native countries in Europe. The book seeks not only to capture
the spirit of individual countries but also to cultivate a deep
belief in cultural exchange. It is an authentic celebration of the
pleasure of words and an invitation to share in the inner-joy that
travel brings.

Travelling with mindfulness at the forefront of the
experience leads the mindful team of writers to tap into the
inexhaustible powers of deep nature, the wild and untouched
peak hiking trail less travelled, the soul talk with an overseas
retreat, the migratory bird they are, the timeless sanctuary they
live by, the introspective freedom of a city walk...while watching
leaves dancing in the wind. Those slow life experiences will give
you goosebumps of simple and pure pleasure and will enhance
your own spiritual growth, like a path to serenity and your true
self. All the stories resonate in unison, following the “La” heart
being given by the conductor.
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Adrielle
Un roman collaboratif dans lequel deux points de vue seront à l'honneur : Celui de Rigel, ainsi que celui de Calyopée.
Je m'occupe donc de Calyopée.
Le titre n'a pas encore été prédéfinie et le fil de l'histoire se crée au fil des envies sans avoir été prédéfini au préalable grâce à un "jeu de rôle", afin d'avoir des dialogues similaires, donc aucun résumé ne peut en être fait.
Je vous laisse découvrir mon univers ! ;)
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