Hugo

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 Antoine, qui n'avait jamais fait la route jusque chez lui aussi vite de sa vie, entra dans sa demeure, affolé, et cria après Marine, qui ne répondit pas. Il avait essayé de la joindre avec son mobile sur le trajet, mais n'avait obtenu aucune réponse. Et pour cause, le portable de celle-ci reposait sur la bibliothèque du salon. La gorge de l'homme devint sèche, ses mains moites et il se mit à s'imaginer le pire, quand le rire enfantin de son fils retentit dans son dos.

 — Papa, rentré, balbutia Théo.

 — Chéri, ça va ? demanda Marine, la voix tremblante.

 Elle était inquiète de voir son mari rentré si tôt et dans un tel état psychologique. Il devait s'être encore passé quelque chose d'étrange. Antoine se ressaisit, prit l'enfant dans ses bras et embrassa sa femme.

 — Beaucoup mieux maintenant. Tu ne répondais pas au téléphone, j'ai eu peur.

 — Désolé, je l'ai oublié en partant ce matin. Mais il n'y a pas que ça, si ? C'est Hugo, il a encore fait des siennes ?

 — Pas vraiment. Il était dévasté et semblait avoir enfin abandonné ses idées absurdes. Il faisait vraiment peine à voir. Je suis même certain qu'il n'a rien à voir dans la mort de Paul.

 — Ça n'explique pas pourquoi tu es déjà là et complètement chamboulé.

 — J'y viens. La mère de Paul nous a montré un post-it qu'elle a trouvé près du corps de son fils.

 — Ne me dis pas que...

 — Si. Toujours le même message : « Le pacte doit être respecté ». Forcément Hugo est reparti dans ces délires et figure-toi que je commence à y croire moi aussi.

 Marine blêmit et fut secouée par un frisson qui lui remonta le long de son échine. Elle mit sa main devant sa bouche pour étouffer cri et sanglots, évitant ainsi d'effrayer son fils. Cette histoire tournait au cauchemar.


 Quelques jours passèrent et la petite famille reprit son train-train quotidien. Le couple évitait un maximum de parler de leurs anciens camarades disparus jusqu'au jour où Antoine proposa à Marine de regarder d'anciennes photos. La jeune femme fut d'abord réticente puis se laissa convaincre que ça pourrait les aider à affronter la situation, plutôt que de faire comme si de rien était et de se faire ronger intérieurement, par la tristesse et l'angoisse.

 Antoine sortit de vieux albums et le couple commença à les feuilleter. Ils se remémoraient chaque moment passé avec leur petite bande d'adolescents rebelles et satanistes. Marine ne put contenir ses larmes devant des clichés d'Eugénie ou de Paul. Elle retrouva néanmoins le sourire quand son mari lui tendit une photo sur laquelle il la mangeait du regard, montrant à quel point il était déjà épris d'elle à l'époque. Cela la rendait nostalgique et elle repensa à leur premier bisou lorsqu'il avait le bras dans le plâtre, et à sa réaction plutôt maladroite de prendre la fuite. Antoine lui demanda ce qu'il lui prenait quand elle laissa échapper un petit rire.

 — Non, rien. Je repensais à notre premier bisou.

 — Je préfère oublier, rigola le jeune homme. Tiens, Eugénie n'était pas là lors de notre sortie au zoo ?

 — Bien sûr que si, répondit Marine, intrigué. Fais voir un peu.

 Elle prit le classeur sur ses genoux et sa gorge se noua tandis qu'elle examinait la photo. Elle était plus que certaine qu'Eugénie était présente sur ce cliché. Mais ça ne s'arrêtait pas là, puisque sur une autre photo, c'était Paul qui manquait à l'appel. Et là encore, elle était sûr qu'il devait y apparaitre. Antoine s'efforça de se rappeler où et quand ces clichés avaient été pris, et fut contraint d'admettre qu'elle avait raison.

 Le couple se regarda en silence durant de longues minutes. Le silence devenait pesant et c'est Antoine qui se décida à parler en premier.

 — Si Hugo était là, il nous bassinerait avec ses histoires de démons.

 — Arrête, s'il te plait. Moi aussi, je commence à y croire. Et ça me fout une frousse bleue.

 Marine sursauta quand le smartphone de son mari bipa. Elle l'observa, les yeux grands ouverts, tendue au possible, pendant qu'il examinait la notification. Le visage d'Antoine changea alors de couleur pour devenir blanc comme un cachet d'aspirine qui lui aurait justement fait le plus grand bien à ce moment-là.

 — Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a encore, s'enquit Marine.

 Le choc était tel qu'il ne parvint pas à répondre. Il tendit alors son portable à sa femme qui s'en saisit puis le lâcha après avoir lu le message sur l'écran. Celui-ci provenait d'un numéro inconnu et disait : « Vous voulez voir une photo super intéressante ? ». L'appareil émit un nouveau bip. Antoine le ramassa mais sa femme retint son bras.

 — Attends ! paniqua-t-elle. Tu es sûr de vouloir regarder ?

 — Je pense qu'il le faut.

 Antoine accompagna l'acte à la parole et découvrit, avec effroi, une photo de Hugo, pendu au bout d'une corde. Il l'effaça immédiatement et composa le numéro des parents du nouveau défunt. Marine, devant la réaction horrifiée de son mari, l'interrogea du regard mais celui-ci engageait déjà la conversation.

 — Bonjour, monsieur Boucheau. Je suis Antoine, j'étais au collège et au lycée avec votre fils.

 — Ah, bonjour, Antoine. Oui, je me souviens de toi. Je suis désolé, tu tombes assez mal.

 Le jeune homme venait sans doute d'avoir la confirmation du drame qui venait de se produire, mais feignit de ne rien savoir.

 — Oh, rien de grave au moins, répondit-il, la voix tremblante.

 — À vrai dire, si. Nous venons d'apprendre le décès de Hugo.

 — Je suis vraiment désolé. Un accident ? Une maladie ?

 — Ni l'un, ni l'autre. Il s'est pendu. Il était très agité ces derniers temps, avec les décès de ces anciens camarades, mais avec sa mère, on n'aurait jamais imaginé qu'il puisse en arriver là.

 — Quel drame. Je suis vraiment navré. J'ai une question qui va peut-être vous sembler étrange. Avez-vous trouvé une lettre ou un mot d'adieu ?

 — Juste un post-it.

 — Le pacte doit être respecté, murmura Antoine.

 — Pardon ? Comment sais-tu ça ?

 — Les parents de Paul ont retrouvé le même. Je vous laisse, monsieur. Encore toutes mes condoléances.

 Le jeune homme raccrocha avant que le père de Hugo ne pose d'autres questions et informa enfin sa femme, qui faisait les cents pas dans le salon, du décès de leur ancien ami et des circonstances de celui-ci. Elle s'effondra dans ses bras, prise de panique. Lui-même était bouleversé et se demandait lequel entre lui et sa femme serait le prochain.

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