Désaccord

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 Après avoir déposé leur fils chez la mère de Marine, Antoine et sa femme se rendirent chez Paul, très heureux de les revoir à la suite de la déconvenue de la veille. Il avait ruminé toute la soirée et regrettait que les choses se fussent ainsi mal passées entre eux et Hugo. Il faut dire que ce dernier avait une attitude des plus étranges et aimait provoquer. C'était celui qui avait le moins changé depuis le lycée, le seul à ne pas avoir évoluer, à être resté coincé dans le trip sataniste.

 Paul ramena un plateau de la cuisine, remplis de viennoiseries. On y trouvait les classiques pains au chocolat, croissants mais aussi des chaussons aux pomme.

 — Tu adores toujours autant ? demanda-t-il en désignant ces derniers.

 — Encore plus qu'avant, s'égaya Marine comme une petite fille devant sa friandise préférée.

 — Tu m'en vois ravi. J'aimerais m'excuser pour l'attitude de Hugo, hier. Mais, avouez que cette histoire de dessin de pendu est très étrange, non ?

 La femme se retint de croquer dans la pâtisserie et prit un air faussement vexé, qui mis mal à l'aise Paul.

 — Ah, ouai. En fait, les chaussons, c'était juste pour m'amadouer avant de parler de choses qui fâchent.

 Elle fixait son ancien camarade avec insistance tandis que lui évitait un maximum son regard et devint rouge pivoine, ce qui ne manqua pas d'amuser Antoine qui ne put retenir un rire moqueur. Alors que Paul s'apprêtait à bredouiller des excuses, il fut sauvé par la sonnette qui retentit à quatre reprises très rapprochés. Les trois reconnurent le style et Antoine s'emporta.

 — Ne me dit pas que tu l'as aussi invité ?

 — Euh... Bah... Je voulais juste apaiser les tensions entre vous. Tu me connais, je n'aime pas les conflits.

 Paul n'attendit pas de réponse et partit ouvrir à Hugo, habillé et maquillé de manière beaucoup moins sobre et discrète que la veille. Lorsqu'il entra dans la pièce et vit le couple, il les salua en serrant les dents, visiblement aussi peu enthousiaste qu'eux par la tentative de conciliation de leur hôte, et un calme absolu et pesant s'installa. Las de voir sa vieille bande aussi désunie, Paul brisa le silence pour essayer de faire avancer les choses.

 — Hugo a quelque chose à vous dire.

 Le concerné le regarda avec des yeux remplis de furie puis se résolut à faire un effort, et surtout le premier pas vers la paix.

 — Bon, d'accord, ça va. T'es toujours aussi chiant, toi. Antoine, Marine, je suis désolé pour mon comportement d'hier. Mais, mais, mais. Je pense toujours que ce qu'il se passe est lié à notre dernier rituel chez ta grand-mère.

 — Et nous y revoilà, maugréa Antoine.

 — Ne fais pas comme si tu n'y croyais pas. À l'époque, si tu as voulu qu'on stoppe nos rituels, ce n'est quand même pas par hasard. Tu as bien senti quelque chose, non ?

 — On avait dix-sept ans. On se tapait des délires satanistes, rien de plus. Oui, ce jour-là, j'ai flippé, mais ça ne va pas plus loin.

 — Vous vous souvenez de ce fameux pacte au moins ? Si l'un de nous mourrait, les autres devaient se suicider. Perso, je pense que nous devrions le respecter.

 — Tu t'entends ? Je te le répète. On était des gamins. C'était n'importe quoi ce qu'on faisait. Rien n'était réel. Mais merde, tu n'as pas évolué depuis ? Désolé si ce n'est pas le cas pour toi, mais nous, on a une belle vie, un enfant adorable et on ne croit plus à ces foutaises.

 Hugo sourit et attrapa son sac à dos qu'il avait déposé à ses pieds en s'installant dans le fauteuil plus tôt. Il en extirpa une boite en bois qu'il ouvrit et posa sur la table basse. Les autres furent stupéfait de voir qu'il avait ramené une planche Ouija. Antoine commença à avoir le front humide de transpiration tandis que les mains de Paul et Marine tremblotèrent.

 — Et si on demandait l'avis d'Eugénie ?

 — T'es un grand malade, s'énerva Marine, plus angoissée que vraiment énervée. Laisse-la en dehors de ça.

 — Bah quoi, je pensais que vous n'y croyez plus. Vous ne devriez pas avoir peur. Si vraiment ce sont des conneries, il ne se passera rien.

 — Pfff, tu vas faire bouger la goutte. On connait le truc.

 — Je n'y toucherais pas. Voilà, plus d'excuse.

 — Bon, faisons-le, intervient Paul. C'est le seul moyen pour qu'il nous fiche la paix.

 Antoine et Marine s'éclipsèrent quelques instants dans la cuisine pour en discuter et revinrent bien décidés à en finir le plus rapidement possible. Hugo se mit à l'écart et Paul positionna la goutte au milieu de la planche, chacun venant poser un doigt dessus. L'homme commence à interpeller l'esprit de leur amie défunte et rien ne se passe. Il effectue plusieurs autres tentatives, toujours sans succès. Marine retrouve peu à peu le sourire et jette un regard de défi à Hugo qui, lui, affiche un rictus des plus effrayants. La goutte commence alors à se déplacer sur la planche, sous les yeux effarés de ceux qui ont le doigt dessus. Marine déglutit, fixe Paul et le menace avec beaucoup d'autorité dans la voix.

 — Si c'est toi, je t'enfourne toutes tes viennoiseries, mais pas dans la bouche, clair ?

 Pour répondre à la véhémence de son ancienne camarade, l'homme lève ses deux mains au-dessus de sa tête. Marine se tourne alors vers son mari qui en fait de même. Elle retire aussi son doigt de la goutte qui arrive sur une première lettre. L'objet accélère ensuite et enchaine les lettres pour composer la phrase suivante : « Le pacte doit être respecté, vous devez mourir ». Après avoir indiqué le r final, la goutte se mit à léviter puis fut propulser vers Hugo qui réussit à l'esquiver au dernier moment et la vit se planter dans le mur derrière lui, sous le regard médusé de ses amis de lycée.

 — Et maintenant, vous y croyez ? rigola-t-il.

 — Tu as dû la truquer, tordu comme t'es.

 Hugo se mit à leur hurler toutes sortes d'obscénités et injures à l'encontre du couple et récupéra sa planche de Ouija ainsi que la goutte qu'il décrocha de la cloison. Il leur reprochait de ne pas assumer la promesse qu'il avait faite avec leur sang. Paul dut s'interposer entre lui et Antoine qui n'en pouvait plus des insultes. Il raccompagna Hugo vers la sortie et le jeta presque dehors. Lui aussi avait ses limites.

 — Puisque vous ne voulez pas respecter le pacte, c'est moi que vous tuerais ! hurla la sataniste avant de prendre la porte.

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