Retour aux sources

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 Malgré l'angoisse, le couple passa tout de même la nuit dans leur maison avec leur fils. Ni Antoine, ni Marine ne réussit cependant à fermer l'œil et ils se relayèrent à la surveillance de Théo. Les heures passèrent très lentement et le moindre bruit, le moindre mouvement du petit garçon, les firent sursauter. Au petit matin, les cernes commençaient à se dessiner nettement sur leur visage pâle. Seuls les litres de café et la crainte d'un éventuel nouvel évènement surnaturel les maintenaient éveillés.

 Quand le soleil daigna enfin se lever, le couple réveilla leur enfant en douceur, l'installa dans son siège auto, et prit la direction de leur ville natale. Théo se rendormit presque aussitôt, bercé par les secousses de la route, au plus grand soulagement de ses parents, alors qu'un silence pesant s'immisça entre ceux-ci. Antoine, mal à l'aise, alluma la radio. Grésillement. Changement de station. Grésillement. L'homme répète l'opération avec une dizaine de stations et toujours un grésillement.

 — Éteints-ça, dit Marine, paniquée. J'ai un mauvais pressentiment.

 Son mari suivit ses recommandations et éteignit la radio, qui continua malgré tout à grésiller.

 — Éteins, je te dis, vrilla Marine.

 — J'ai éteins, ma chérie. Regarde l'écran est tout noir.

 La femme tapota avec frénésie sur toutes les touches de l'autoradio, en vain. Le grésillement ne voulait pas s'arrêter malgré son acharnement. La voix caverneuse de la veille résonna alors dans l'habitacle, semblant provenir de partout à la fois.

 — Dernier avertissement ! gronda-t-elle. Le pacte doit être respecté. Vous devez mourir. Ne cherchez pas à échapper à votre destin.

 Marine se retourna immédiatement pour observer Théo. Le petit garçon dormait toujours paisiblement, un petit sourire aux lèvres, signe qu'il devait faire un joli rêve. Sa mère fut rassurée mais demanda tout de même à son mari d'accélérer. Il était plus que temps de confier l'enfant à sa mère et de trouver un moyen de rompre ce fichu pacte. Le grésillement disparu et le silence revint dans le véhicule.


 Antoine resta dans la voiture en marche tandis que Marine déposa leur fils chez sa mère, ravie. Cette dernière ne put s'empêcher de remarquer que quelque chose n'allait pas. Elle trouva cela étrange que son beau-fils d'habitude si jovial ne descendît même pas lui dire bonjour. Sans parler de la mine affreuse de sa fille.

 — Qu'est-ce qu'il se passe, ma puce ? s'enquit-elle.

 — Rien, pourquoi ?

 — Tu t'es regardée dans une glace, aujourd'hui ? Tu ferais peur à un épouvantail.

 — Toi et tes expressions, rigola Marine malgré elle.

 — Ne change pas de sujet. Pourquoi êtes-vous si pressés ?

 — Je t'expliquerais tout plus tard. Promis. Merci de garder Théo alors que je t'ai prévenu à la dernière minute. Je t'aime maman.

 — Moi aussi, ma puce. Mais je n'oublierais pas que tu me dois des explications.

 Marine se força à sourire pour rassurer sa mère et embrassa Théo avant de rejoindre Antoine dans le véhicule. Celui-ci fit signe de la main par la vitre ouverte et démarra. Le trajet jusque chez sa grand-mère si déroula à nouveau dans un silence pesant. Le couple fut tout heureux lorsqu'il arriva enfin devant la maison. Elle était comme dans leur souvenir en moins entretenue. Plus personne n'y habitait depuis plusieurs années, sa seule occupante étant désormais en maison de retraite.

 Quand Marine entra la première, une forte odeur de renfermé lui attaqua les narines, si bien qu'elle en eut presque la nausée. Son mari entreprit d'ouvrir toutes les fenêtres afin d'aérer et de chasser ses effluves. Sans perdre un instant de plus, les deux se mirent à rechercher tous les livres qu'Antoine avait pris l'habitude d'amener ici dans sa jeunesse. Ils en trouvèrent un peu partout. La chambre à coucher qui lui était réservée lorsqu'il passait ses vacances ici. Le salon. Le bureau.

 Le couple réunit une belle quantité de grimoires en tout genre, ainsi que des ustensiles dont il se servait pour leurs rituels de l'époque. Mari et femme tournèrent les pages à la recherche d'une éventuelle incantation qui pourrait les débarrasser d'un démon envahissant et poussant au suicide.

 Après plusieurs heures à lire et à relire les livres, en vain, Antoine devint perplexe et se remit à fouiller.

 — Qu'est-ce que tu cherches ? demanda Marine.

 — Le grimoire qu'on a utilisé pour le fameux pacte. Il n'est pas dans ces livres.

 — Tu peux le laisser où il est, celui-là.

 — Non, justement. Si le rituel pour invoquer le démon est dedans, peut-être que celui pour le faire disparaitre aussi.

 — Il est peut-être encore dans la cave. Je ne me souviens pas qu'on l'ait remonté et je vois mal ta grand-mère y descendre.

 — On va aller voir.

 — Sans moi. Je ne retourne pas là-dedans.

 Antoine, compréhensif, hocha la tête et se dirigea vers la porte du sous-sol. Il fit un détour à la cuisine pour se saisir d'un gros couteau de boucher puis actionna la poignée. C'était verrouillé. Il ne put cacher sa surprise car il n'y avait aucun verrou ni aucune serrure. La panique le gagna et il se demanda si c'était vraiment une bonne idée. Après réflexion, si on l'empêchait de descendre, c'est peut-être que la solution à ses problèmes se trouvait en bas. Il prit de l'élan et s'élança sur la porte qui sauta facilement de ses gonds. L'homme alluma la lumière. Ouf, celle-ci fonctionnait. Il s'enfonça lentement, marche par marche, dans ce qu'il voyait comme l'antre du démon.

 Après ce qui lui sembla une éternité, Antoine arriva sur le lieu du dernier rituel de sa bande. Les souvenirs lui revinrent en mémoire, puis les visages de ses amis disparus défilèrent mentalement devant ses yeux. Une fois l'émotion passée, il constata que tout était resté comme ce jour-là. Le crâne, le pentacle, les bougies. Et le grimoire. Antoine avança à petits pas, serra si fort son couteau que ses phalanges blanchirent, et se saisit promptement du livre avant de faire demi-tour à toute vitesse.

 À la moitié de l'escalier, chaque marche qu'il gravissait l'éloignait de la porte. Complètement désorienté, il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Il essaya d'enjamber plusieurs marches à la fois, rien n'y faisait, il avançait à reculons. Antoine tenta alors de redescendre, mais subit le même scénario. Il finit par s'asseoir recroquevillé sur lui-même quand une main vint le saisir à l'épaule et l'entrainer. L'instant d'après il se retrouve à l'étage dans les bras de sa femme.

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