L'enterrement

5 minutes de lecture

 Paul accueillit Marine et Antoine qui n'eurent aucun mal à le reconnaitre tant il n'avait pas changé d'un poil en quinze ans. Ses cheveux blonds étaient toujours peignés de manière impeccable et son costume bleu nuit lui donnait des allures d'homme d'affaire important bien qu'il eût toujours ce même air angélique. Le jeune homme, en revanche, ne pût en dire autant d'Antoine qui avait laissé pousser sa barbe et s'était rasé le crâne. Si ce dernier n'avait pas été accompagné de sa sublime femme qui s'était encore embelli avec l'âge, Paul ne l'aurait sans doute pas remarqué.

 — Comment allez-vous, vous deux ? demanda-t-il, hésitant.

 — Avant ton coup de fil, tout allait très bien, répondit Antoine. Depuis, on pense pas mal à Eugénie et on regrette un peu de s'être perdus de vue, avec la bande.

 — Oui, c'est vrai. C'est dommage. Mais, ainsi va la vie, non ? Et pour la photo...

 Paul s'apprêtait à parler du dessin du pendu, mais Antoine, du regard et d'un signe de tête, lui fit comprendre qu'il n'avait rien dit à Marine.

 — La photo ? interrogea la jeune femme, étonnée.

 Les deux jeunes hommes se regardèrent l'air hébété, à la recherche de la première excuse qui leur viendrait. Antoine crût trouver le bon prétexte et se lança dans un mensonge peu crédible.

 — Paul a eu la super idée de commander une gerbe de fleurs pour nous, Hugo et lui. Il m'avait envoyé une photo mais j'ai oublié de t'en parler.

 — T'es bête, du coup, j'en ai fait livrer une aussi.

 — Marine, intervient une voix féminine. Quel plaisir de te voir, même si on aurait préféré de meilleures circonstances.

 Les parents d'Eugénie s'approchèrent et la mère prit la jeune femme dans ses bras. Les larmes commencèrent à couler le long de ses joues. Ses yeux rouges témoignaient que ce n'était pas la première fois de la journée. Marine, attristée de voir la mère de son ancienne meilleure amie ainsi, se mis à pleureur à son tour.

 Le père s'éclipsa pour accueillir de nouveaux arrivants alors que Paul et Antoine laissèrent les deux femmes se rappeler les bons moments passés avec Eugénie lorsqu'elle était encore au lycée.

 — Ouf, souffla Paul. Sauvez par le gong, on dirait. Pourquoi ne lui as-tu rien dit ?

 — Même si elle n'avait pas vu Eugénie depuis très longtemps, Marine a été choquée par son décès. Je n'avais pas envie de l'inquiéter avec ça en supplément.

 — Je comprends. Ah, tiens, voilà Hugo.

 Antoine tourna la tête et vu arriver son ancien camarade, le teint très pâle, habillé de la même manière qu'il y a quinze ans. Il avait toutefois pris soin de faire passer son pantalon par-dessus ses grosses bottes gothiques et de maquiller uniquement ses yeux de manière très légère. Pas de rouge à lèvres sombre, ni de vernis noir. Antoine était assez stupéfait de voir qu'un des leurs était resté dans leur trip de jeunesse.

 — Eh beh, tu es resté coincé dans tes années lycée ? se moqua-t-il.

 Hugo se renfrogna et l'ignora totalement. Il serra la main de Paul uniquement puis jeta un regard assassin à Antoine.

 — Euh, d'accord. Tu me reconnais au moins ?

 — Comment pourrais-je oublier celui qui a brisé notre groupe.

 — Ah ouais, on en est là. Ça fait quinze ans. Et on était tous d'accord pour dire qu'il était temps de grandir, non ?

 — Ouais, c'est ça.

 — Bon, allez, venez. On va s'installer, ça va commencer.

 Les trois hommes prirent place au fond de l'église où vint les rejoindre Marine. Paul s'était intercalé entre Antoine et Hugo pour éviter tout débordement pendant la cérémonie. La jeune fille fût aussi étonnée du look de leur ancien camarade que son mari quelques instants plus tôt.

 La cérémonie dura une petite heure durant laquelle plusieurs membres de la famille d'Eugénie firent des discours poignants sur la défunte qui laissait un mari et une petite fille de cinq ans. Sa mère demanda à ses anciens camarades s'ils désiraient lui rendre un dernier hommage et ce fut Paul qui s'y colla, rappelant à quel point leur bande était unie au lycée.

 Pendant le laïus de son ami, Hugo exprima son ahurissement quant à cette cérémonie religieuse alors que la jeune fille était autrefois sataniste. Il ne comprenait pas comment on pouvait changer de cette manière.


 Paul avait réussi à convaincre ses anciens camarades de se regrouper autour d'un verre dans son salon afin d'évoquer le bon vieux temps. Le plus récalcitrant était Hugo qui tenait Antoine pour responsable de leur éloignement, mais les souvenirs comptés par Marine au sujet d'Eugénie l'avait apaisé.

 Très vite, la conversation tourna autour des rites satanistes qu'ils pratiquaient dans la grotte qui leur servait de repère. Puis il se rappelèrent les mauvais traitements que leur réservaient Steve et Kevin à l'époque, notamment la fois où le premier avait cassé le bras d'Antoine. Paul leur apprit au passage que leur tortionnaire avait été tué au Mali pendant une mission militaire, ce qui, d'une certaine manière, les touchait un peu. Il ne méritait tout de même pas cela. Ni Kevin, lorsque celui-ci s'était pendu.

 — En parlant de pendu, intervint Hugo, vous ne trouvez pas ça bizarre que le camion qui a percuté la voiture d'Eugénie en ait un dessiné sur sa carrosserie ? Le même que celui qu'on a trouvé dans la cave de ta grand-mère, Antoine.

 Les deux autres hommes rougirent et baissèrent les yeux, n'osant affronter le regard assassin que leur jetait Marine.

 — La photo, c'était ça ? fulmina-t-elle. Pourquoi ne m'avoir rien dit ?

 — J'ai pensé que tu étais assez mal comme ça, je n'ai pas voulu en rajouter une couche, s'excusa son mari.

 — Tu ne crois pas que c'était à moi d'en décider ?

 — Excuse-moi. De toute façon, je suis certain que ce n'est qu'une coïncidence.

 — Et moi, je suis certain que cela a quelque chose à voir avec notre dernier rituel, s'insurgea Hugo. Vous n'allez tout de même pas me dire que vous n'avez rien senti ce jour-là ?

 — Tu crois quoi ? s'énerva Antoine. Qu'on a invoqué le fantôme de Kevin qui cherche maintenant à se débarrasser de nous ? Un peu de sérieux, voyons. Et pourquoi aurait-il attendu autant d'années ?

 — Je n'en sais rien moi.

 Hors de lui, le gothique se leva et quitta la maison de Paul en claquant la porte, sous les yeux médusés de ses anciens camarades.

 — On va y aller aussi, dit Marine d'une petite voix. Merci pour tout, Paul.

 — Vous restez combien de temps dans le coin ? Vous avez le temps de passer prendre le petit déjeuner demain ?

 — On va rester trois ou quatre jours. Ça sera avec plaisir. À demain.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Kaneda DKaaen
Clément est un de ces hommes d'avant, élevé dans une réserve de mots. Il a été incapable de dire qui il est à ses proches et ce secret a fait de lui une victime.
Bloqué dans sa douleur, son mal-être, jusque dans son sommeil qui s'échappe, il se maintient tant bien que mal.

Gwen, lui, ne recule jamais, toujours prêt à éduquer les cons et à prendre des coups pour ce qu'il est et qu'il porte fièrement.
A la recherche d'un absolu flou, il commence à travailler auprès de Clément, ce collègue plus âgé mutique et étrange, qui malgré tout l'intrigue et l'attire.

Leur rencontre sera de celles qui réparent et élèvent.

Avertissement : Cette histoire traite des violences conjugales. Même si c’est surtout l’histoire d’une rencontre et d’une guérison, il y a des chapitres qui peuvent être difficiles à lire.
262
124
332
376
Hunter of Shadow
Au nord─ est d'Erganane, au pied de la montagne des Éléments, les forgerons du clan Arginanes cachent un grand secret. Sur cette montagne mystique vit Udiir le chaman forgeron, n'appartenant à aucune race connue, dissimulé au reste du royaume par le clan. Ignorant sa nature le jeune mystique vit replié sur lui─ même, auprès des esprits des éléments. Mais une rencontre va tout changer, et bientôt le nom du chaman de la montagne rugira dans tout Erganane comme un coup de tonnerre.
45
107
557
136
Merywenn1234
Quand la rencontre improbable entre une divinité et un sorcier prend une tournure encore plus inattendue...

Lorsque Lars se retrouve piégé dans un monde étrange et inconnu, sa route croise celle de Leïv, un dieu aussi séduisant qu'enquiquinant. Ce dernier accepte de l'aider, car la présence du magicien perturbe l'équilibre déjà fragile de son univers.

La collaboration n'est cependant pas simple quand les deux partis sont aussi insupportables l'un que l'autre, mais surtout lorsque l'attirance et les sentiments s'en mêlent...


Crossover entre "Incarnations" de Merywenn1234 et "DEATH is among us" de StianSamaelle.

Cover by kanedaDKaaen
60
46
110
202

Vous aimez lire John Lucas ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0