Eugénie

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 Les cinq amis tinrent leur promesse, ce qui eut pour conséquence de les éloigner un peu plus d'avantage chaque jour de leurs convictions d'adolescents un peu pommés. C'est ainsi qu'après le lycée, ils s'étaient petit à petit perdu de vue, chacun se trouvant de nouveaux centres d'intérêt qui divergeaient. Hugo, Antoine et Marine avaient ensuite déménagé de leur petite ville du Nord, ne s'y sentant plus à l'aise depuis le suicide de Kevin. Le premier s'était installé dans la métropole Lilloise alors que les autres avaient opté pour la région parisienne. Seuls Paul et Eugénie demeurèrent encore dans leur coin perdu qu'ils affectionnaient trop pour le quitter, sans pour autant se côtoyer de manière fréquente. Quant à leur ennemi de toujours, Steve, il s'était engagé dans l'armée dès ses dix-huit ans et avait été tué lors d'une mission au Mali, quelques mois plus tard, ce qui lui valut des honneurs dans tout le département, au plus grand dam de ces anciennes victimes de brimades.

 Eugénie avait désormais trente-deux ans et travaillait pour un cabinet d'avocats dont elle était toute proche de devenir associée. Elle s'était mariée, avait fondé une famille et possédait une très belle maison. Elle en avait presque oublié ses anciens camarades, auxquels il lui arrivait de repenser avec nostalgie, mais sans regrets. Eugénie aimait sa nouvelle vie.

 La jeune femme s'apprêtait à quitter son domicile pour se rendre au bureau. Elle attacha avec soin ses cheveux blonds, qu'elle ne teintait plus, en chignon, ce qui dégagea son visage maquillé de façon très sobre, et passa un manteau long par-dessus son tailleur beige. Son nouveau look contrastait avec son style gothique de son adolescence, qui était bien loin derrière elle. Elle repassa en coup de vent au salon pour embrasser sa petite fille avant de se presser jusqu'à sa voiture, dans le garage.

 La route la menant au travail n'avait plus aucun secret pour elle et c'est très dissipée par le souvenir de son cauchemar de la nuit qu'elle l'arpentait de manière machinale. Si bien qu'elle en oublia de faire un stop qui se présentait et qu'elle vit un poids lourd venir la percuter avec une grande violence côté conducteur. Le choc fut tel que le véhicule se brisa en deux, le camion emportant l'avant dans sa course et laissant l'arrière sur place.

 Eugénie mourut presque sur le coup, le regard posé sur la carrosserie du poids lourd sur laquelle elle distingua le même dessin de pendu que dans le sous-sol de la grand-mère d'Antoine des années plus tôt.


 Marine préparait le dîner dans la cuisine lorsqu'elle entendit une faible sonnerie. Elle crut d'abord que cela provenait de la télévision du salon avant de se rendre compte qu'il s'agissait de son téléphone fixe sur lequel, à l'air du smartphone, plus personne ne la contactait. Elle hésita un instant, pensant à un appel commercial, puis décida tout de même de répondre. Sa voix changea quand la personne au bout du fil s'annonça.

 — Salut Marine, c'est Paul. Tu sais, le petit BCBG sataniste du lycée.

 Elle n'en revenait pas d'avoir de ses nouvelles si subitement alors que cela faisait presque quinze ans qu'ils ne s'étaient pas parlé. Il avait dû se passer quelque chose de grave. Son petit garçon de deux ans, mû par sa grande curiosité s'approcha d'elle et tira sur sa robe.

 — Maman. Mamie ? Maman. Mamie ?

 — Chut, Théo. Maman parle avec un monsieur. Non ce n'est pas mamie. Va chercher papa.

 — Ah, tu as un petit, dit Paul d'un ton joyeux. C'est bien ça. Et le père c'est...

 — Oui c'est bien Antoine. Mais, tu ne m'appelles pas pour ce genre de discussion futile, n'est-ce pas ?

 — Non, tu as raison.

 Le ton du jeune homme était devenu plus sinistre et confirma les craintes de Marine.

 — C'est à propos d'Eugénie. Elle a eu un grave accident de voiture et elle ne s'en est pas sortie.

 Malgré les années passées et la distance qui s'était creusée entre les deux jeunes filles, Marine fut très touchée par cette horrible nouvelle et des larmes se mirent à couler le long de ses joues alors qu'Antoine la rejoignait, étonnée de voir sa femme dans cet état. Il passa une main dans ses longs cheveux bruns et lui embrassa le front avec beaucoup de tendresse. Les sourcils froncés, il lui demanda, d'un geste de la tête, ce qu'il se passait. Elle mit une main sur le combiné et chuchota à son mari ce qu'elle venait d'apprendre, ce qui le chagrina sans qu'il ne le montre vraiment.

 — Tu es toujours là, Marine ? demanda Paul, face au silence de sa correspondante.

 — Oui, oui. Désolé.

 Comme elle avait une grosse boule dans la gorge et beaucoup de difficultés à parler, elle tendit le téléphone à Antoine qui prit le relais.

 — Salut, Paul. Marine a un peu de mal à encaisser ce triste événement. Et toi, ça n'a pas été trop dur ? Je sais que vous étiez assez proches.

 — Plus depuis des années, à vrai dire. J'ai appris ce qui est arrivé en lisant le journal. D'ailleurs, tu pourrais me donner ton numéro de mobile pour que je t'envoie l'article. J'aimerais que tu jettes un œil à la photo qui l'accompagne.

 Antoine s'exécuta sans rechigner et quelle ne fût pas sa surprise quand il l'observa. Celle-ci montrait les deux véhicules dans un piteux état. Le jeune homme remarqua très vite le dessin de pendu, qu'il connaissait très bien, sur la carrosserie. Un frisson parcourut son corps en entier et une sueur froide lui coula le long du dos.

 — C'est quoi ce délire, Paul ?

 — J'aimerais bien le savoir. Et je t'avoue que ça me fait flipper.

 — Attends. Tu ne t'imagines quand même pas que cela a un rapport avec nos stupides rites satanistes de quand on était ados.

 — Je n'en sais rien... Bref, l'enterrement est dans deux jours si vous voulez venir. J'ai déjà contacté Hugo qui a pris la route aussitôt après avoir raccroché. Je pense que ça serait sympa de se réunir tous les quatre pour dire au revoir à Eugénie.

 — Je dois en parler à Marine mais ça me paraît une bonne idée.

 Antoine raccrocha le téléphone et enlaça sa femme dans ses bras pour la consoler. Il prit soin de lui cacher l'histoire du dessin sur le camion pour ne pas l'inquiéter et supprima la photo envoyée par Paul.

 Une fois la jeune femme calmée, ils discutèrent de la proposition de Paul et décidèrent d'aller rendre un dernier hommage à leur ancienne amie, en souvenir du bon vieux temps.

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