Chapitre 10

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Toute l'équipe de gendarmes était sur le pied de guerre : tous les véhicules banalisés disponibles furent lancés sur les routes des alentours. Suivant l'idée du capitaine Mangin, reprise par Soubeyrol, le suspect n'ayant pas de véhicule personnel, hormis son tracteur, il devait encore circuler dans le véhicule dérobé à Condat, quelques jours avant l'enlèvement. En tout cas, on n'avait pas retrouvé celui-ci et aucun autre vol n'avait été signalé. Des barrages équipés de herses furent mis en place sur les principales départementales autour de Collonges, à une distance qui fut difficile à déterminer, mais qu'on fixa arbitrairement à vingt kilomètres, en pensant que l'homme était un loup solitaire qui rechignerait à s'éloigner de son territoire.

Le meurtre de Joss Vanderlaeren et l'enlèvement du reste de la famille avaient eu lieu vingt heures auparavant. C'était beaucoup. L'expérience montrait que dans les cas d'enlèvement, chaque heure qui passait diminuait les chances de survie des victimes.

Le problème posé était double : Edmond Favart connaissait parfaitement la contrée où il avait toujours vécu et celle-ci regorgeait de cachettes possibles : de nombreuses zones boisées, des grottes naturelles, des abris troglodytiques, des masures inhabitées... Si l'on y ajoutait un relief accidenté, cela donnait un ensemble peu favorable aux poursuivants. Il faudrait un peu de chance aux forces de l'ordre pour aboutir rapidement. Et on ne pouvait pas lancer un ratissage sur un secteur aussi étendu. Il leur fallait un indice supplémentaire.

C'est alors que la cellule de crise décida de recourir au plan alerte enlèvement. Jusqu'alors, il avait presque toujours abouti à un résultat positif, mais cette fois, il était lancé bien tard et dans un contexte différent : celui d'un meurtre.

Des bandeaux informatifs défilèrent bientôt sur tous les écrans, téléphones, tablettes, téléviseurs, autoroutes, villes et villages ; toutes les radios relayèrent aussi le message : "deux enfants, garçon et fille, dix et sept ans, Joris et Jana Vanderlaeren, ont été enlevés avec leur mère, hier dans la nuit, au domicile de la famille, au bourg de Collonges-la-Rouge, par un homme d'une quarantaine d'années, brun, trapu, sans doute au volant d'une camionnette volée Renault Express blanche, immatriculée 325 XY 46. Ils sont vêtus, pour le garçon d'un pyjama en jersey bleu nuit, pour la fille d'une chemise de nuit à fleurs. Pieds nus. Leur mère Annelore est grande, blonde paille, yeux bleus lavande. Sa tenue n'est pas connue. L'homme peut être armé ; il est dangereux. Toute personne pouvant fournir un renseignement à leur sujet doit immédiatement appeler l'un des deux numéros de téléphone qui s'affichent maintenant : 03 XX XX XX XX ou 03 XX XX XX XX".

C'est le mitron du boulanger, alors qu'il poursuivait sa tournée autour de Chasteaux, après le départ des secours pour l'hôpital de Brive, qui croisa le premier le véhicule dont la radio venait de donner l'immatriculation. Il voulut composer aussitôt sur son portable l'un des deux numéros d'appel fournis, mais impossible de se souvenir des quatre derniers chiffres ! Trop focalisé sur l'immatriculation ! Il fit néanmoins deux tentatives au hasard, infructueuses, hélas. Alors que faire ? Attendre la rediffusion du message, mais dans combien de temps ? Enfin, il eut la présence d'esprit de rechercher sur son smartphone l'alerte enlèvement qui venait d'être lancée et, là, trouva, le numéro recherché.

Une sonnerie retentit :

— Alerte enlèvement Corrèze, j'écoute...

— Je crois que je viens de croiser le véhicule que vous recherchez.

— Vous avez pu noter l'immatriculation ?

— Celle que vous avez donnée, 325 XY 46.

— C'était où ?

— Sur la D 158, Larche-Montplaisir avant Lissac-sur-Couze, kilomètre 12.

— Comment pouvez-vous être aussi précis ?

— Je suis arrêté devant la borne kilométrique.

— OK. Dans quel sens allait le véhicule ?

— Vers Lissac.

— Qui conduisait ?

— Un homme, je pense, mais il faisait encore nuit.

— Très bien. Merci de votre appel. On va prendre vos coordonnées.

Une batterie de téléphones se mit en branle aussitôt. Mangin, Soubeyrol, le Préfet, le Maire décrochèrent :

— Un signalement du véhicule volé à Condat sur la D158, kilomètre 12, en direction de Larche.

Soubeyrol regarda la carte et répondit le premier :

— On resserre le dispositif à 10 km autour de Lissac. Je veux dans l'heure qui vient la position de toutes les maisons inhabitées, les grottes, abris sous roche et autres cachettes possibles dans le périmètre. Survol de la zone en hélico.

— Compris.

À l'hôpital de Brive, Joris avait été transfusé et l'épaule de Jana remise en place assez aisément. Le garçon, dès qu'il fut conscient, commença à s'agiter :

— Il faut délivrer maman, celui qui nous a enlevés lui fait du mal !

La cadre de santé du service appela aussitôt la Gendarmerie, qui relaya l'appel vers la cellule de recherches. Florence Mangin demanda à parler au garçon :

— Tu sais où elle est retenue, ta maman, Joris ?

— C'est une espèce de grotte, pas très loin du ravin où il nous a jetés, Jana et moi, parce qu'on n'a pas roulé longtemps. Dix, quinze minutes, peut-être. J'ai compté dans ma tête treize fois jusqu'à soixante.

— Ça nous aide beaucoup, Joris. Merci. On va la retrouver, tu sais.

La voix du garçon chevrotait à présent :

— Je vous en supplie, faites vite, j'ai trop peur....

(à suivre)

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