Chapitre 22 : le meurtre

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  Auriel sortit de la pénombre, devant un grand lit à baldaquin, aux rideaux violets. Les montures étaient faites d’un bois très clair, contrastant avec ces tissus. La pièce était ronde, richement décorée. Des toiles représentant les précédants rois étaient accrochées aux murs. Une grande baie vitrée ouvrait sur un balcon, à l’opposé d’une double porte en bois sculpté.

 L’adolescent s’approcha du lit. Le roi ! Il était dans la chambre du roi. D’instinct il recula et plaqua ses mains sur sa bouche, de peur qu’il ne se réveillât. Il se calma et se rappelant qu’il n’était pas vraiment là, juste spectateur de cette histoire. « Que fais-je ici ? Quel est le rapport avec la reine ? » se demanda-t-il. Il se dirigea vers la porte, mais dès qu’il toucha la poignée, il fut comme foudroyé et projeté quelques pieds en arrière. Il se retrouva au sol, paralysé par une immense douleur. Il manqua de s’évanouir tellement elle était intense. Il resta par terre, pris de légère convulsions. Il lutta pour redresser la tête, mais perdit son énergie. Il attendit, espérant que la douleur partît le plus vite possible.

  • Si… j’ai quel…que chose à… voir ici… j’aimerais bien… savoir qui…

 Cette phrase était sortie toute seule. Il réussit enfin à se relever, toujours tiraillé par la douleur, bien qu’elle fût plus faible maintenant. Il se retourna, la fenêtre était grande ouverte et trois silhouettes sombres se tenaient près du lit. Ils portaient une grande cape noire. Leurs têtes étaient couvertes d’une capuche de la même couleur. L’un deux, le plus petit du groupe, s’avança et poussa légèrement les rideaux du lit. L’adolescent hurla, bien que la douleur l’essoufflât encore :

  • Majesté ! Majesté ! Faites attention !

 Mais il ne pouvait pas l’entendre. La silhouette sortit une dague de son habit. Il entendit une voix féminine :

  • Le Kator vous salue, votre altesse !

 Le roi se réveilla, juste pour voir la lame s’enfoncer dans son cœur. Il fut pris de légers spasmes, cracha du sang avant que la vie ne le quittât. La porte s’ouvrit violemment, Amélya entra dans la pièce et s’approcha d’eux. Auriel était étonné de la voir.

  • C’était vous que j’ai senti venir, dit-elle
  • Vous avez réussi à nous percevoir, impressionnant. Qui êtes-vous ?
  • Ça ne vous regarde pas.

 La surprise de l’adolescent laissa place à de la stupeur. Il venait d’assisté à la mort du roi, mais surtout l’attitude de la grande femme avait changé du tout au tout. Elle arborait un air sérieux et très sévère, prête à se battre. Il avait l’impression d’être face à une tout autre personne. L’assassine reprit en sortant une autre dague de son vêtement :

  • Ah bon, voyez-vous ça. Dans ce cas, nous allons devoir vous faire disparaitre.

 Ses complices s’avancèrent aussi vers l’évadée. Elle s’approcha d’eux. Deux branches apparurent près de son coude droit et s’enlacèrent autour de son bras jusqu’à former une sorte de lance. Les régicides eurent un mouvement de recul avant de continuer. Cependant la femme du groupe restait sur place. Des bruits de pas commencèrent à résonner dans le couloir.

  • Il va bientôt y avoir beaucoup trop de spectateurs, soupira l’inconnue en capuche noire. On se replie.

 Les trois assassins coururent vers le balcon et sautèrent. Amélya et Auriel s’y précipitèrent à leur tour. Les intrus planaient et se dirigeaient vers le quartier noble. Au moins l’un d’eux devait maîtriser la magie du vent ou de l’éther. C’était les seules qui permettaient de léviter de cette manière. L’attention de l’adolescent fut attirée par des cris :

  • Père ! Père !

 La manipulatrice de bois se retourna et avança vers le lit. Le prince était à genoux au bord de celui-ci, les yeux en larmes. Une dizaine de chevaliers l’encadraient les armes pointées vers la grande femme. Le fils du monarque retira l’arme du cœur de son père, ferma ses yeux et se releva en la dévisageant :

  • Alors vous étiez vraiment une assassine ? Je suppose que tout ce que vous avez dit était un tissu de mensonge.

 Elle ne répondit pas. Elle resta sur place, à fixer le prince. L’arme en bois tomba de son bras et se décomposa.

  • En tout cas, je dois avouer que vous êtes une très bonne actrice. Je ne pensais absolument pas que le danger pouvait venir de vous. Pour qui travailler-vous ? Le Kator ? L’Endaoren ? A moins que ce soit ce groupe de rebelles prétendant que ma famille sont des imposteurs ?

 Elle pencha son cou sur le côté. Auriel entendit ses cervicales craquer. Ses doigts se plièrent et produisirent un bruit similaire. Elle fléchit les jambes et s’élança vers les hommes lui faisant face. Trois chevaliers se placèrent devant leur nouveau souverain. Dès qu’elle fut à portée, ils tentèrent de l’embrocher de leurs lances. Elle exécuta un bond prodigieux, d’une incroyable grâce et passa au-dessus d’eux. Elle arriva vers le prince, tendit le bras et posa sa main sur la tête de l’héritier. Elle resta juste au-dessus de lui, les jambes vers le ciel, le regardant droit dans les yeux. Les autres gardes n’eurent pas le temps de réagir. Amélya se servit d’Alphonse pour se propulser vers la sortie, ce qui le fit tomber au sol. Elle atterrit sur ses pieds, toujours nus, et courut vers la porte. En un instant elle disparut dans le couloir.

 Le prince fut relevé par ses hommes, mais il leur hurla :

  • Laissez-moi ! Poursuivez-là !

 Ils s’exécutèrent et partirent. Il se retrouva seul avec Auriel dans la pièce. Il s’approcha du lit, regarda la dague ensanglantée qu’il tenait toujours en main et craqua. Les larmes coulèrent de nouveau sur ses joues. Il baissa la tête et s’adossa au sommier du lit.

 L’adolescent ne comprenait plus rien, à part la détresse du prince. Il avait vécu la même chose. Mais il lui fallait plus de réponse. Il était sûr que c’était elle, la reine qui se ferait dévorer par un démon bientôt. Il voulut partir à la poursuite d’Amélya cependant, lorsqu’il passa l’encadrure de la porte, il fut encore une fois frappé par la foudre et se retrouva dans le même état que la fois précédente. Malgré tout il put se relever beaucoup plus vite. La douleur disparut en à peine vingt minutes. « Je suis toujours coincé ici » soupira-t-il.

 Une vieille femme entra dans la chambre. Elle portait une robe gris argenté. Son dos était vouté, son visage couvert de rides. Ses yeux étaient blanc, comme ses cheveux. Elle se maintenait debout grâce à un long bâton surplombé d’un cristal transparent.

  • Mon prince ! Mon prince ! cria-t-elle.

 Il essuya ses larmes, se releva et demanda :

  • Oui, oui… Que se passe-t-il, dame Mia ?
  • Dès que j’ai appris la nouvelle, j’ai accouru. Mes sincères condoléances, c’était un homme bien…
  • Venez-en aux faits, s’il-vous-plait.
  • J’ai décidé de coordonner nos hommes par télépathie. Et ils viennent de la retrouver.
  • Déjà ?
  • Oui et non, en faite. Elle a juste arrêté de courir et elle attend. Elle a d’ailleurs demandé à vous parler.

 Il soupira, se tapota la tête pour essayer de reprendre ses esprits et se frotta les yeux pour faire disparaitre les dernières traces d’humidités de son visage.

  • Où est-elle ?
  • Au parc du cerisier, dans le quartier noble.
  • Très bien, prévenez nos hommes que j’arrive. Où se trouve Mickael ?
  • Déjà sur place, mon prince.
  • Parfait. Pouvez-vous vous occuper de mon père sil-vous-plait?
  • Oui, bien sûr, Votre majesté.

 Auriel vit apparaitre de nouveau les textes magiques et se retrouva dans la pénombre. Il réapparut dans le parc, près de l’arbre central. Il aperçut et s’approcha de nombreux chevaliers et mages encercler l’arbre étrange sous lequel il avait parlé avec Natasha. Amélya était assise dessus.

 L’atmosphère était oppressante. Ils semblaient tous sur le pied de guerre. L’adolescent pouvait sentir la magie emplir l’air, prête à se déchainer. Le prince arriva, un chevalier s’approcha de lui :

  • Votre majesté, n’y allez pas, je vous en prie. Elle est dangereuse.
  • Je sais !
  • Mais elle a tué votre père. Laissez-nous…
  • Je sais Mickael !

 Ils s’avancèrent vers un mage en robe rouge, jeune, roux. Alphonse lui demanda :

  • Thomas ?
  • Oui, votre majesté ?
  • Je suis encore prince. Qu’a-t-elle fait depuis ?
  • Rien. Elle a demandé à vous voir et n’a plus bouger ou parler depuis, mais…
  • Quoi donc ?
  • Vous sentez cette aura magique ?
  • Oui, je me suis dit que c’était tous nos mages, prêt à se défendre si elle attaquait.
  • Non, nous avons ressenti cela nous aussi en arrivant. Tout émane d’elle.
  • Quoi ?

 Alphonse se tourna vers l'assassin présumée. Il fallait une telle puissance pour créer une aura de cette taille. Avec cela, si elle avait voulu s'échapper plutôt, résister à son arrestation, elle n'aurait eu aucun mal à le faire.

  • Sa puissance magique est incroyable, continua le mage. Elle a totalement envahi l’espace autour d’elle. De plus, elle a tué trois hommes.

  Il s’avança, Auriel aussi. Il ressentit l'effet de sa magie, son corps devint lourd, la peur le saisit. Il repensa à sa soeur, se tenant au dessus de lui, l'écrasant de sa présence. Le jeune homme réussit à reprendre ses esprits et poursuivit. En effet, trois cadavres en cape noire gisaient au sol, une branche plantée dans leur cœur. L’adolescent s’écria :

  • C’est elle qui a donné cette forme à l’arbre !

 Aucunes traces de lutte ou de combat, ils n’avaient même pas eu le temps de se défendre. Le prince s’approcha. Mickael tenta de l’en dissuader mais sans succès. Il s’arrêta à dix pieds d’elle.

  • Que voulez-vous de plus ?
  • Plait-il ?
  • Vous avez tué mon père. Cela ne vous a pas suffi ?
  • Mais ce n’est pas moi !

 Elle gonfla les joues, comme vexée.

  • Si ce n’était pas vous, pourquoi avoir fui ?
  • Vous ne m’auriez pas cru.
  • Non, en effet.
  • Du coup, j’ai poursuivi les vrais coupables, et je les ai tués ! annonça-t-elle fièrement. Enfin, presque tous. L’un d’eux a réussi à m’échapper. Mais j’ai réussi à la blesser.

 Elle ramassa quelque chose à côté d’elle et le lança. Un bras arraché, ensanglanté, atterrit près du prince, non loin des morts. Alphonse regarda ce membre et les trois cadavres. Amélya exécuta un signe de la main. Tous les soldats firent un pas en avant, les armes pointées vers elle. Elle termina son geste. Les trois branches empalant les morts les poussèrent puis se replantèrent à leurs places. Elle sourit et reprit :

  • Est-ce que je peux baisser ma garde ou vos amis risquent-ils de m’attaquer ? Car je vous préviens, je ne me laisserais pas faire !

 Sur cette dernière phrase, son ton devint plus grave, son air amusé et enjoué laissa place à une expression sévère, à la limite de la colère. Elle sauta et atterrit devant son interlocuteur.

  • Pourquoi les avoir tués ?
  • Pour vous prouver que c’était pas moi. Vous ne m’auriez pas cru sinon. D’ailleurs je doute que ça ait changé.
  • En effet c’est toujours confus.

 Il se retourna et s’adressa aux soldats et mages présents :

  • Laissez-nous.
  • Mais… votre majesté ? demandèrent en chœur Thomas et Mickael.
  • Laissez-nous ! hurla-t-il.

 Une bourrasque de vent les repoussa tous d’un pied. Ils s’exécutèrent et partirent. Auriel vit cependant que Mickael et Thomas restaient non loin de l’entrée du parc.

  • Ah c’est beaucoup plus agréable comme ça, dit-elle.

 Elle s’étira, balança sa tête de gauche à droite pour faire craquer son cou. Auriel sentit l’aura magique se dissiper. Elle reprit un visage enfantin tandis qu’Alphonse s’assit. Il semblait épuisé.

  • Vous allez bien ?
  • Oui, vous avez fais ça juste pour prouver votre innocence ?
  • Oui, sans ça je n’aurais pas pu finir d’explorer la ville. Puis je n’aurais pas pu non plus vous revoir. Désolé de mettre servir de vous comme point d’appui, mais vous ne m’auriez pas laissé passer.

 Il écarquilla les yeux, puis éclata de rire.

  • Si vous voulez, je vous servirais de guide.

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