6.2 Tunnel d'espoir

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Rean resta interdit quelques secondes : Chael s’était armé dans son dos. L'archer hésita, puis arracha la lame des mains de l’ancien soldat et l’enfonça dans la serrure qui céda rapidement. Ils s’élancèrent sur les marches et, malgré le peu de luminosité, eurent bientôt fait d’atteindre le haut de l’escalier. Il se trouvait fermé d’un autre panneau de bois que Rean crocheta avec aisance. Il choisit de garder l’arme et Chael ne protesta pas. L’archer en fut surpris et décida que le rebelle devait en avoir attrapé deux. Il n’est peut-être pas si vulnérable, se méfia-t-il en le surveillant du coin de l’œil.

Si en haut, la même odeur régnait que dans le couloir du dessous, un arôme plus fin venait titiller son odorat. Ce n’est qu’en identifiant que la plupart des occupantes des cellules étaient des prostituées qu’il comprit qu’une odeur de parfum bon marché flottait dans l’air, derrière les relents plus tenaces.

— Des filles de joie donc… murmura Rean.

— J’avais entendu les rumeurs, expliqua Chael, je m’en suis douté à mon arrivée.

Les deux garçons longèrent les cellules sous les regards insistants. Rean, la tête basse, tentait de ne pas ployer.  Il savait pertinemment que leur unique fenêtre vers la liberté était courte.

— Tu vas les ignorer longtemps ? l’apostropha Chael alors qu’ils atteignaient le bout du couloir.

— Tu sais aussi bien que moi qu’on n’a pas le temps ! J’entends déjà les pas des soldats, c’est maintenant ou jamais, répliqua Rean.

— Nous sommes leur dernière chance…

— Comme l’escalier est la notre ! À quoi bon jouer les samaritains si on ne peut pas sortir d’ici ? C’est la mort assurée !

Un silence déplaisant accueillit ses paroles et l’archer serra un peu plus fort le poignard qui ne quittait plus sa main.

— Nous sommes le seul espoir de ces femmes et tu veux t’enfuir ? Quel genre d’homme es-tu pour les laisser pourrir en prison alors que tu possèdes l’outil de leur délivrance ? Tu crachais sur les soldats, mais tu n’es pas mieux qu’eux.

L’insulte blessa Rean plus profondément qu’il ne s’y attendait. Une colère froide l’envahit devant l’injustice de la situation.

— Allons crever alors … s’énerva-t-il en se dirigeant vers la première geôle.

Crocheter les cellules fut relativement aisé, mais l’opération dépassa les dix minutes. Ils avaient entendu les bruits d’assaut et les cris des blessés, puis le silence qui avait accueillit la réédition des derniers prisonniers. Rean se doutait que devant le nombre de soldat, la plupart des détenus étaient retournés d’eux-mêmes dans les cachots.

Lorsque les deux garçons s’approchèrent de l’escalier libérateur, une vingtaine de femmes les suivaient. La plupart pouvait marcher, mais d'autres peinaient à le faire seules. L’archer s’émut de constater que la prison n'avait pas altéré leur solidarité. Rien à voir avec les hommes, pensa-t-il, elles ont vécu l’horreur et comprennent. Il n'osait les regarder dans les yeux, honteux d'avoir désiré s'enfuir sans elles.  

— Impossible de passer par là, murmura le garçon pour Chael, les gardes sortent les cadavres. On ne peut pas se faufiler à trente.

Il soupira puis sursauta au son d'une voix :

— Je connais un passage.

Tout le groupe se retourna vers une femme dont les traits fatigués contrastaient avec le sourire qui illuminait son visage. Malgré l’obscurité, elle semblait baignée dans la lumière.

— Une trouée dans la roche relie les prisons aux catacombes, sous le palais du gouverneur. Je l’ai déjà emprunté plusieurs fois, expliqua-t-elle. Je peux nous conduire.

— Vous êtes certaine ? interrogea Chael en s’approchant.

— Je suis déjà passé par-là, ajouta une jeune fille aux cheveux sales et aux yeux rougis.

— C’est par ce passage que viennent nous chercher les soldats, confirma une troisième en haussant les épaules. Ça pue et c’est long, mais discret.

Rean hésita un instant, vite rattrapé par la réalité.

— A-t-on le choix ? s’impatienta Chael.

Malgré son ton froid, Rean comprit que l’ancien soudard attendait sa décision. Il en fut aussi surpris que satisfait. Il acquiesça.

— Montrez-nous.

Le mécanisme était aussi rudimentaire qu’efficace. Une fois retirée, une pierre plus large que les autres dévoilait une poignée en bois. Actionnée, le pan de mur bougeait avec facilité. Ils se faufilèrent sans bruit dans l’ouverture et Rean remit en place l’installation. J’aimerais bien voir la tête des soldats lorsqu’ils s’apercevront de la disparition des demoiselles, jubila-t-il.

Le couloir sentait le renfermé et l’humidité mais, comparé aux odeurs fortes des cachots, Rean trouvait cela agréable. L’absence de lumière retardait leur progression. Personne n’émettait le moindre son, concentré sur leur pas. Chacune de ces filles comprenait qu’elle devait leur salut à leur discrétion. C’était une occasion en or pour elles de se refaire une vie.

Arrivée à une intersection la troupe emprunta la voie de gauche. Ils pataugeaient maintenant dans quelques centimètres d’une eau malodorante. Les égouts de la ville, identifia Rean partagé entre le dégoût et la joie de connaître ces lieux. Il savait qu’ils déboucheraient sur la côte. La liberté leur tendait de nouveau les bras.

Ses souvenirs ne le trompèrent pas et ils foulèrent bientôt une côte balayée par les vents. Les arbres ployaient sous les bourrasques et la poudre de neige s’envolait. Rean grelotta sous ses vêtements souillés par les couches d’excréments et de sang.

Les jeunes femmes ne se firent pas prier et s’évanouirent dans la nature, non sans des remerciements chaleureux. L’archer allait s’éloigner à son tour, mais se ravisa devant le regard perdu de Chael.

— Tu as un endroit où dormir ?

— Pas vraiment... je ne peux décemment me présenter à la caserne, railla l’ancien soldat.

Rean y vit une pointe de regret. Les cheveux sales du soldat juraient avec son visage juvénile et ses épaules s’affaissaient au fil de sa respiration. Rean n’hésita pas longtemps. D'un signe, il lui proposa de le suivre. 

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