4.3 L'amour d'un fils

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Jamais Bren n’avait vu autant de détresse dans les yeux d’un seul homme. Il suivit le regard de son ami et découvrit le passage qu’il voulait emprunter. Un saut de trois mètres, loin au-dessus du sol, depuis les casernes jusqu’au balcon où se tenait la garde rapprochée du Gouverneur. Il s’interposa les poings levés.

— Si tu ne meurs pas du vol, que tu ne te fais pas arrêter sur les casernes et que tu échappes aux cerbères du balcon, ça peut le faire, conclut Bren essoufflé.

Les deux amis se jaugèrent. Finalement Bren, s’écarta et invita son ami à s’élancer d’un geste du bras :

— Après toi.

Rean en fut déstabilisé. La stupidité de l’opération lui apparut si nettement qu’elle lui coupa le souffle. Du coin de l'oeil, il aperçut la traîne d'Elin s'avanouir dans l'ombre.

— Elle a disparu de nouveau, chuchota-t-il en baissant le regard. Bren, elle était si proche…

— Tu ne peux rien y faire, Rean. Tu te serais fait embrocher. Le temps tourne à l’orage, viens, il est temps de partir.

Rean ne sut jamais si son ami parlait du temps qui se dégradait rapidement ou de la foule qui avait attaqué le bourreau et les quelques gardes qui accompagnaient le prisonnier. Ce dernier avait perdu la vie, non à cause d’une corde, mais bien des coups de poignards d’une dizaine de furieux. Les cors sonnèrent autour de la place et une centaine de soldats, en armures aussi sombres que le ciel, entra dans l’arène, prêt à rétablir l’ordre.

Quelques minutes plus tard, Rean et Bren claudiquaient dans une petite ruelle déserte qui sentait bon le bois. L’artisan qui assemblait une table leur jeta un regard méfiant tandis que sa femme fermait la fenêtre. Le volet claqua et elle les regarda passer en secouant la tête. Rean ignora leurs insultes silencieuses. Le vent soulevait les dernières feuilles de l’hiver et les bourrasques jouaient dans leurs cheveux. Les premiers coups de tonnerre roulèrent dans le ciel tandis que de larges gouttes de pluie vinrent frapper le sol. Rean était transi de froid. Plus que la température, c’était la déception qui lui arrachait des frissonnements. Ils finirent par s’abriter sous la corniche d’une échoppe dont la devanture signalait l’approvisionnement de nouvelles épices. Le panneau parut si vide de sens à Rean. Alors que le déluge doublait d’intensité, Bren reconnut Liamar qui courait dans la ruelle et le héla. Celui-ci traversa à la hâte le manteau de pluie et Rean s’étonna de distinguer une seconde silhouette qui le suivait. Il n’eut pas le temps de porter la main à son poignard que le géant perça à son tour le rideau pluvieux.

— Vous y étiez ? les interrogea Dan en se calant sous la protection.

Sa voix roque peinait à recouvrir le bruit sauvage de l’orage. Comme eux, il grelottait de froid. Rean acquiesça puis interrogea du regard Liamar qui haussa les épaules. Comment diable s’était-il retrouvé à courir à côté de Dan, pensa-t-il. Il n’eut pas le loisir d’explorer toutes les options ; le chef de la troupe reprenait la parole.

— Ces chiens avaient tout prévu. Ils savaient qu'en insultant le peuple ça réveillerait les rebels. En un instant les soldats ont identifié et encerclé les meneurs.

— J’ai vu passer des carrioles aux barreaux d’acier, elles transportaient au moins une vingtaine de prisonniers, ajouta Liamar. Que dieu leur vienne en aide.

Dan renifla.

— Dieu n’a rien à voir là-dedans, c’est Satan qui est aux commandes. Ils veulent la guerre ? Ils vont l’avoir. Demain un soulèvement massif est prévu, tous les corps de société répondront présent. Nous, on en profitera pour se servir un peu, assura le géant dans un sourire énigmatique. Nos espions sont très efficaces, s’esclaffa-t-il.

— Que veux-tu dire ? l’interrogea Bren. Tu parles d’une… émeute ?

Rean sentit un délicieux frisson lui remonter le long de l’échine et sentit l’excitation le gagner tout entier lorsque Dan répondit :

— Exactement !

Le géant gloussait de toutes ses dents, fier de la surprise qu’il lisait sur les visages des trois garçons.

— Au soleil levant, nous agirons. Les gardes seront bien trop occupés sur les rues principales pour imaginer que l’on puisse attaquer…

Il se tut, conscient d’en dire trop. Il sembla réfléchir, ce qui surprit Rean, avant d’ajouter d’une voix désinvolte :

— Préparez des sacs, demain vous serez riches. Si vous croisez des compagnons, informez-les. Le temps nous manque, mais pas les ressources, expliqua-t-il mystérieusement avant de rabattre son capuchon sur son crâne et de quitter le refuge précaire.

L’attitude de Dan surpris Rean et il garda le silence quelques minutes, digérant l’information. Il pensait depuis plusieurs semaines à rejoindre la révolution, il rêvait de voir un soulèvement massif qui puisse le mener au palais. Pourtant, maintenant que la rébellion semblait toute proche, il ne savait plus qu’en penser. Tout cela semblait précipité. Bren capta ses pensées :

— J’imagine que la pendaison sur la place publique a été le déclencheur.

— Est-on vraiment préparé à nous battre contre des soldats armés jusqu’aux dents ?

Liamar secoua la tête.

— Je ne pense pas qu’on rentre dans le tas. On va contourner et voler par-derrière, comme d’habitude.

Rean détecta une pointe d’agacement dans sa voix. Il se promit de lui en toucher deux mots.

— À quoi faisait référence Dan ? demanda-t-il plutôt. Il a commencé une phrase avant de se stopper. Que ne veut-il pas nous dire ?

Bren haussa les épaules.

— Depuis quand essayes-tu d’interpréter ce qu’il dit ? La moitié du temps il ne comprend pas plus que nous ses propres paroles…

Liamar ne semblait pas plus concerné et marmonnait qu’il savait comment tuer un soldat à mains nues et qu’il préférait se battre au front. L’archer acquiesça lentement, désarçonné par le manque de considération de ses deux compagnons. Il lui semblait que le géant avait été sur le point de révéler un point important, mais lequel ? Se faisait-il des idées ?

Tard dans la soirée, allongé sur une paillasse élimée, Rean sentait le sommeil le fuir. Les quelques heures qui le séparait du levant était interminable. L’excitation et l’indécision lui tordait les tripes. N’avait-il pas attendu toute sa vie un signe de la révolution ? Elle semblait si proche mais inatteignable. Il avait entendu nombre d’histoires et de récits sur ses membres insaisissables. Personne ne pouvait trouver le cœur de la révolte sans y avoir été invité. Pourtant, elle était partout. Il avait entrevu aujourd’hui la puissance d’une foule en colère et s’était senti ivre de vie. La certitude qu'un soulèvement pourrait lui permettre de rejoindre sa mère l’avait envahi tout entier et, l’espace d’un instant, il avait entrevu une possibilité. Aussi infime soit-elle, ne valait-elle pas d’être explorée ?

Il se décida : demain il tentera de rejoindre la révolution.

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