4.2 L'amour d'un fils

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La population de la ville s’était donnée rendez-vous au pied du palais. La place, pourtant gargantuesque, était noire de monde et déjà les premières huées saluaient l’apparition prochaine du pontife et du prisonnier. Les gamins grimpaient aux murs de pierres grises et envahissaient les toits. Rean et Bren firent de même, adossés au dos d’une cheminée dont s’échappait un nuage de suie. Le bruit ambiant était oppressant. Les hommes hurlaient des insanités et chacun donnait son avis sur la situation, que ça intéresse un voisin ou non. Non loin de la place, une large garnison armée se tenait prête à engager le combat. Les armures renvoyaient un ciel chargé de nuages noirs et les fanions flottaient au vent. Autant dans le ciel que dans le cœur de Rean, l’orage approchait.

Il sentait l’anxiété lui tordre les tripes. La reconnaîtrait-il ? Le reconnaitra-t-elle ?

— Tu as déjà entendu parler du Tueur de vermine ? le questionna Bren. Il me donne des frissons rien que d’y penser.

— Pas vraiment, avoua Rean. J’ai ouï dire qu’il avait massacré des dizaines de personnes en ville.

— Des centaines selon les rumeurs, lui apprit Bren. Et massacré est un faible mot. On raconte qu’il aimait les découper avant de les manger.

Le garçon à la cicatrice haussa la voix lorsqu’il se rendit compte que les enfants autour d’eux l’écoutait. Il bomba le torse fier.

— On dit qu’il haïssait les pauvres des pauvres. Il chassait dans les basses couches de la ville, là où même le plus téméraire des hommes n’ose y mettre le pied. Beaucoup l’ont croisé, peu peuvent en témoigner, exagéra Bren en mimant un signe de mort. Il vous tuait d’un regard.

Rean pouffa devant son ami qui en faisait des caisses sous les yeux ébahis de leurs petits voisins.

— Quel genre d’animal est-il ? continua Bren en embrassant du regard ses admirateurs.

Alors qu’il allait surenchérir, du mouvement le fit taire.

Une vingtaine de gardes lourdement équipés firent leur apparition sur le balcon royal. Situé à quelques hauteurs des pavés polis, il était greffé au mur par trois larges poutres rouges. Constituée d’un maillage doré complexe, la balustrade attrapait l’œil. Dans la profondeur de cette dernière se découpaient les plus hautes tours du palais royal, composées d’une pierre blanche unique à l’île. Des dizaines de statues aussi larges que des maisons en gardaient l’entrée. Que l’on soit habitué ou non, le bâtiment royal impressionnait.

Enfin, le Gouverneur apparut au balcon, au bras de son épouse. Rean sentit son cœur se serrer. Elin Almandoran s'avérait bien plus mince que dans ses souvenirs. Son sourire apparaissait éteint et fané, ses yeux ternes et gris. Le souverain délaissa sa main qui pendit mollement, puis s’avança. Le diamant qu'il portait à l'oreille brillait sous les derniers rayons de soleil et il caressa du poing son bouc blanc. Il porta à sa bouche une large corne qui lui permettait d’accentuer la portée de sa voix. Elle ne suffisait pas à couvrir l’entièreté de l’assemblée, aussi une vingtaine d’orateurs vêtus de rouge étaient dispersés sur la place afin de relayer le discours. Ce qu’ils firent, dès que le silence s’abattit. Rean s’en étonna. Les gens veulent savoir, ils sont curieux, comprit-il en portant son attention sur le souverain qui s’exprima sans perdre de temps :

— On me dit qu’au cœur même de ma cité, règne l’insécurité. On me dit que les commerçants n’osent plus cheminer sur les routes. On me dit que le banditisme n’a jamais été aussi élevé… À cela je réponds que les sacripants seront châtiés !

Seules quatre phrases prononcées d’une voie puissante suffirent et la foule hurla, les poings levés. Une bonne moitié saluait les paroles du pontife, l’autre l’insultait allégrement.

Rean n’écoutait déjà plus, les mots ne l’atteignaient pas. Son regard glissa et quitta le visage d’Elin pour se concentra sur la droite du balcon. Une idée folle lui traversa l’esprit. Il était certain qu’avec de l’élan il pourrait franchir l’espace qui séparait le bord du balcon au toit de la caserne voisine. C’était un long saut, mais avec une bonne course, il pouvait réussir. Il s’en convainquit.

— Notre cité n’a jamais été aussi prospère ! Les bateaux marchands ne trouvent même plus de place dans notre port qui ne désemplit plus. Citoyennes, citoyen, soyez patients. La garde fait son travail mais elle a besoin de vous.

Après une pause théâtrale, il reprit d’un sourire enjôleur :

— Aussi toute information sera récompensée.

L’archer tenta d’identifier le chemin qui le mènerait au bâtiment militaire. Depuis les toits des maisons, ce n’était pas difficile. Il fallait jouer l’équilibriste, mais en prenant son temps, il s’en sentait capable. Il voyait déjà les tuiles susceptibles de céder, il ne se ferait pas piéger.

Le souverain raccrocha le bras de son épouse et tourna les talons. Son apparition n’avait duré que quelques minutes mais avait suffi à déchaîner la foule.

Une dizaine de gardes portèrent le prisonnier au centre de la large place et le hissèrent à la potence. La corde autour du cou, l’homme braillait des insultes et se débattait comme une mule. Une large partie de son visage était en sang, l’autre tuméfiée.

Le peuple beuglait. Littéralement. Les femmes comme les hommes s’abimaient les cordes vocales. Bren aussi cria. Il leva le poing, menaçant. Il détestait l’homme qui se tenait sur le balcon. Depuis toujours on lui avait appris à le haïr, à ne croire aucune des paroles qui quittaient sa bouche perfide. Finalement, ses yeux accrochèrent le visage de la femme qui se tenait en retrait. Était-ce vraiment la mère de Rean ? Il n’en savait rien. Autant il adorait son ami et lui confierait sa vie, autant il lui était difficile de croire en son histoire. Certains jours l’archer lui faisait peur. Bren voyait la folie au fond de ses prunelles et acquiesçait pendant que son ami lui contait une nouvelle fois comment il allait sauver Elin.

Bren supposa que le moment présent devait être difficile pour lui et tourna la tête pour s’en assurer.

— Merde, jura-t-il devant l’absence de l’archer.

Il se leva et fouilla du regard la foule en contrebas. Rean aurait-il sauté sans qu’il s’en aperçoive ? C’était peu probable. Finalement, il eut la bonne idée d’explorer les toits et le repéra en équilibre entre deux maisons.

— Mais qu’est-ce que, étouffa-t-il à mi-voix en s’élançant à son tour sur les tuiles instables.

Il slaloma entre les enfants aux yeux grands ouverts partagés entre horreur et fascination, les quelques adultes qui avaient réussi à grimper sur les toits et les tuiles disparues qui laissaient de larges trous béants dans la toiture. Il leva le regard juste à temps pour attraper la silhouette de Rean qui s’élançait entre deux maisons. Ce dernier rata sa réception. Il réussit tout de même à agripper un morceau de bois qui empêcha sa chute vers le sol. Bren ne réfléchit pas et sauta à son tour. Sous ses pieds s’effaça la toiture et un vide de plus de trois mètres s’ouvrit sous-lui. Il sentit l’adrénaline l’envahir tout entier. Il atterrit contre une cheminée et jura lorsque son poignet frappa avec force les pierres brutes.

— Rean ! l’interpella le garçon à la cicatrice. Rean, putain !

— Je gère t’inquiètes ! lui répondit l’intéressé en se relevant difficilement.

Il avait la jambe droite en sang et boita en s’élançant de nouveau. Bren n’eut aucun mal à le rattraper et le força à s’arrêter.

— Tu gères que dalle, crétin ! Putain je me suis éclaté le poignet.

Il se força au calme et l'interrogea :

— Tu vas faire quoi ?

— La sauver ! répondit Rean crânement.

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