2.1 Embuscade

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Rean sentit l’anxiété le gagner. Il vérifia du coin de l’œil que chacun était masqué de la route et s’énerva de distinguer des traces de pas dans la neige fraîche. Si les gardes du convoi s'avéraient attentifs…

— Tu penses qu’ils pourraient tenter de rebrousser chemin ? devina Bren qui suivait son regard.

— La voie est trop étroite, assura néanmoins Rean. J’ai choisi cet endroit volontairement, il n’y a pas d’issue. Mais je n’aime pas voir un accroc au plan, encore moins lorsque ma tête est en jeu.

— Ils arriveront trop vite et le virage est serré, même s’ils tentaient quoi que ce soit, en un instant nos gars seraient sur eux. Rassure-toi, c’est parfait.

Rean acquiesça en considérant les visages concentrés de ses compagnons terrés en contrebas. Dans l’espoir de calmer ses appréhensions, le garçon caressa du plat de la main le bois de son arc et tenta de ralentir sa respiration. Débuta alors l’attente pénible.

Enfin, le roulement de tambour des sabots de l'attelage sur les caillasses se fit entendre et l’excitation gagna la Troupe.

— Attendez le signal, rappela Rean surtout à l’intention de son élève. Liamar, tu ne descends sous aucun prétexte. Même si tu penses pouvoir aider, tu restes en haut !

— Mais…

— Ne discute pas, intima-t-il à voix basse.

Le bruit sourd se rapprochait tendit que son pouls s’emballait. En quelques secondes, il ne sut plus bien qui de son cœur ou du martèlement des canassons, le son envahissait ses tympans. Enfin, la voiture apparut. Elle était moins imposante qu’il ne l’avait imaginé et seuls quatre Frisons à la robe noire la tractaient. Toutefois, des dorures soulevaient les contours et un ornement digne d’un prince soulignaient l’importance de son propriétaire. Une dizaine de soldats en armure l'escortait et Rean s’en réjouit.

— Je sens l’or, murmura-t-il en roulant avec délicatesse entre ses doigts une flèche de son carquois.

Soudain, une corne résonna dans l’air glacé et les guerriers dissimulés se levèrent d’un bond. En une poignée de secondes, trois mastodontes aux hallebardes acérées se dressèrent sur le chemin, obligeant les chevaux à stopper leur course et deux autres coupèrent toute retraite. Rean se sentit ivre de vie.

— Bren, ajuste celui de droite, Liamar celui de gauche ! ordonna-t-il en désignant du menton les trois soldats les plus en retrait.

L’instant d’après les traits transpercèrent l’air en un sifflement. Rean ne ressentit aucune émotion lorsque sa flèche se logea dans le cou de sa cible, l’abatant sur le coup. Bren dut s’y reprendre à deux fois pour achever sa proie tandis que Liamar fixait la sienne s’écrouler sans un bruit. Rean ne le laissa pas se morfondre.

— Rebande ton arc !

Le combat ne dura pas. La surprise combinée à une supériorité numérique écrasante eu rapidement raison des soldats et seul un guerrier de la Troupe trouva la mort. Le carrosse fut vidé de ses voyageurs, puis fouillé de fond en comble, sans que la moindre pièce ne soit découverte. Rean sentit son assurance fondre tandis que le regard de Dan le transperçait. Il frissonna.

Les occupants du carrosse furent mis à genoux sans ménagement et Dan 'Ge Terty s’avança.

— Monsieur Dibenette, minauda-t-il en se courbant, merci de nous faire l’honneur de votre présence.

L’intéressé ne répondit que d’un gloussement de terreur et grimaça au contact de la pointe glacé d’un poignard qui souligna les lignes de sa gorge.

— Allons, pas de gémissements entre nous, s’adoucit le géant, vous savez ce que nous cherchons n’est-ce pas ?

Rean s’étonna de distinguer le marchand courber l'échine. Nombreuses étaient les rumeurs à son égard et il l’avait imaginé plus combatif. À ses côtés une dame pleurait en silence en serrant son garçon dans ses bras.

— C’est votre petite famille ? demanda Dan en s'approchant de l'épouse du marchand. Un si beau minois, ce serait dommage...

— Arrêtez ! mugit Dibenette en tirant sur ses liens. Je n'ai rien qui puisse vous intéresser !

Le rictus du chef de la Troupe se fit plus menaçant.

— Je n'en suis pas aussi certain. Allons, dites-moi où vous cachez vos pièces, prononça-t-il d’une voix sinistre.

Dibenette garda le silence. Il fixait avec un intérêt naissant la boue mêlée de neige. Devant l’absence de réaction du marchand, le colosse caressa avec délicatesse les cheveux de l’enfant qui le regardait avec de grands yeux terrifiés.

— C'est votre dernier mot ?

L’homme ne broncha pas. Dan ordonna.

En un éclair, le petit fut arraché des bras de sa mère qui glapit de terreur. Elle hurla plus fort quand la pointe d’une épée transperça le cœur de l’héritier qui se débattit avec la vie quelques secondes. Elle ne cessa de crier que lorsque son fils livra son dernier râle. Rean détourna le regard, les jambes chancelantes. Liamar vomit.

— L'argent ! tonna le chef en secouant par le col Dibenette.

— Il y a un second fond sous un des bancs, gémit-il. Laissez ma femme vivre, elle n’y est pour rien, pleurnicha le marchand, laissez ma femme vivre.

Dan n’y prêta aucune attention et se dirigea vers le carrosse dont il entreprit de détruire les assises à coup de fer blanc. Enfin, les chocs laissèrent place à un cri de joie et Dan quitta le véhicule, triomphant. Des morceaux de bois accrochés à son vêtement, il tenait dans ses mains un petit coffre. Rean respira enfin.

— Faut croire que tu n’as pas commis une Laugano, se réjouit Bren en lui tapant l’épaule. Viens, on va chercher notre part, tu l’as mérité !

Joignant le geste à la parole, il entreprit de rejoindre Dan qui jouait avec le loquet. Rean s'apprêtait à le suivre lorsqu'il croisa le regard de Liamar. Le pétillant avait de nouveau disparu.

— Si ça peut te consoler, ils étaient à la solde des plus puissants. Les mêmes qui ont tué tes parents et qui nous laissent crever la dalle.

— Je sais, soupira-t-il. Mais ce garçon…

— N’y penses plus. Suis-moi plutôt, tu as mérité ton dû. Tu mangeras ce soir, ajouta-t-il d’un sourire espiègle qui sonnait faux.

Bren s’empressait de ranger les pièces au fond de son vêtement lorsque Rean et Liamar se mêlèrent à l’attroupement autour de Dan.

— Vingt pièces ! s’enthousiasma-t-il ! Vingt ! Le coffre était plein à craquer, tu avais vu juste. Quand Dan a fait sauter la serrure, ça débordait ! Je n’ai jamais observé autant d’argent. C’était beau et…

— D’accord, d’accord, s’amusa Rean. Mon plaisir, se moqua-t-il en saluant le plus bas possible. Je…

— Rean ! l’appela Dan d’une voix forte. Viens voir par là !

Le géant l’impressionnait. Si Rean n’était pas bien grand, il n’était pas petit pour autant. Pourtant, il se sentait minuscule, écrasé souvent, par la masse et la carrure de Dan. Vêtu d’un long manteau sombre mangé aux mites et d’une barbe plus longue que large, il faisait respecter sa loi depuis plusieurs mois sur la Troupe. La légende racontait qu’il était un ancien mercenaire à la solde des plus grands, rejeté par sa bande après un coup raté. D'aucuns voyaient en lui un soldat venu du continent, expatrié ou chassé. Rean, lui, ne savait qu’une chose : Dan le terrifiait.

— Tes infos étaient bonnes, commença le géant, excellentes même, continua-t-il en fixant d’un regard entendu le coffre encore plein, un plan sans accroc, préparé minutieusement du début à la fin… Je sais récompenser mes meilleurs soldats, mais…

Rean se crispa.

— … Qui est ton indic ? Comment as-tu su où chercher ?

Le garçon se figea tandis que son cerveau fonctionnait à plein régime. Que lui dire ? Que son espion n’existait pas et que c’était lui-même qui avait rencontré Dibenette ? Non, jamais. Dan se servirait de lui pour toucher les plus puissants et Rean y laisserait sa peau, il en était sûr. Il croisa le regard impatient du chef de la Troupe et se décida :

— J’ai entendu des rumeurs au marché et en suivant les pistes j’ai rencontré un des esclaves qui travaillait pour Dibenette.

Rean s’efforça de calmer sa voix qui menaçait de trembler.

— C’est lui qui a arrangé le rendez-vous d’aujourd’hui. L’esclave a confié à Dibenette avoir vu de ses propres yeux les pièces de la couronne et sa cupidité a fait le reste.

Le mensonge était plausible. Il n’aurait pas été le premier esclave à trahir son maître en échange de liberté. Le géant acquiesça lentement puis lui offrit une large poignée d’or que le garçon s’empressa de dissimuler dans ses poches. Il mourrait d’envie de compter les coupes, mais jugea plus prudent de saluer d’un bref coup de tête et de s'éloigner. Quelques regards jaloux le suivirent toutefois et il se promit d’être attentif. L’euphorie de la récompense le baignait tout entier et c’est avec un sourire ravi qu’il rejoingnit ses deux compagnons.

— Et eux ? demandait Liamar à Bren lorsque Rean s’approcha.

L’intéressé haussa les épaules.

— Rien de bon pour Dibenette et sa sorcière. Mais ce n’est que justice après toutes ces années à s’empiffrer, s’irrita Bren. Il a asservi des dizaines d’hommes et de femmes, affamé des centaines d’autres. Cet homme dirige l’un des plus gros empires de contrebande de l’île et les rumeurs racontent que sa femme était inhumaine avec les employés et les esclaves. Tu veux que je te dise ? ajouta-t-il avec une mine de dégoût, ça ne me fait ni chaud ni froid. C’était de sacrés animaux !

Rean approuva en silence. L'époux assassiné, l'archer ne s’étonna pas d’entendre les hurlements de détresse de la femme du marchand lorsqu'elle se retrouva entre les pattes de la Troupe. Il s’en désintéressa.

— Tiens, lança-t-il à destination de Liamar, voici ta part.

Le jeune garçon resta quelques secondes ébahis devant l’or brillant.

— Tes premiers gains, prends-le, l’encouragea Bren.

— On se tire, ajouta Rean dont les cris de détresse le mettaient mal à l’aise.

Tous trois prirent le chemin du retour vers Fortlointain, capitale de l'île, non sans un regard vers l’attroupement, partagés entre l’horreur et le dégoût.

En quelques minutes, la forêt de conifères les entoura complètement. Dense, elle ne laissait passer qu'une petit partie des rayons solaires mais protégeait de la neige. Lichens, mousse et champignons se rompaient sous leur pas. L’adrénaline redescendue, Rean sentit une grande lassitude l’envahir. Les pièces gagnées valaient-t-elles le prix du sang ?

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