1. Prémices

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Les lueurs de l’aube glissaient sur la neige fraîche et, peu à peu, brillèrent entre rochers et sapins. Rean cligna des yeux un instant, gêné par la soudaine et étincelante clarté. Le souffle mordant qui balayait l'île depuis la veille, lui arrachait des frissons incontrôlés. À plat ventre entre deux rocs, le garçon attendait, la boule au ventre. Une vingtaine de ses compagnons demeuraient tapis à l'ombre des grands conifères et le poids de l'opération lui pesait sur les épaules. Dan 'Ge Terty, chef de la Troupe, lui avait confié l'organisation du guet-apens ordonné d'après les informations qu'il avait fourni quelques jours auparavant. Il jouait sa tête et l'appréhension le happait tout entier. D’un geste ankylosé, Rean chassa une mèche rebelle qui couvrait ses yeux et remonta son vêtement autant qu’il put. Maigre rempart face aux bourrasques chargées de glace, son habit peinait à conserver la chaleur de son corps et les mottes de terre gelées lui abîmaient les côtes. L'archer préféra ne pas y penser et reporta son attention sur le chemin qu’un fin manteau neigeux recouvrait. De son perchoir, il avait une vue plongeante sur le lac Emeraude et la voie qui le contournait. Nul arbre ne venait entacher son champ de vision ; si la cible approchait, il la verrait.

— J’espère qu’il viendra, chuchota à ses côtés Bren pour la dixième fois de la matinée.

Le regard de son ami vînt accrocher le sien et Rean observa de nouveau la large cicatrice fraîche courant sur sa joue droite. L'entaille avait évité de justesse son œil. Avait-elle laissé de plus profondes séquelles ? Rean douta un instant que son ami soit prêt à repartir au combat mais devant son visage soucieux, il assura :

— Bien sûr. Pourquoi ne viendrait-il pas ?

Au fond de lui, sa confiance s'affaiblissait à mesure que les minutes passaient. Ses derniers deniers s’étaient évaporés dans le repas de la veille et sa survie dépendait de la réussite de l’opération. Il marmonna, plus pour lui-même que pour son ami :

— Aucun marchand ne résiste à l’appel de l’or et l’or de la couronne vaut bien plus que tout autre. Il viendra.

Des pièces à l’effigie du premier souverain de l’île Blanche circulaient encore en sous-main. Bien que prohibées par le Gouverneur en place, elles valaient le triple des coupes d’or actuelles et s’échangeaient clandestinement. Rean avait appris que le marchand Dibenette, l’un des plus puissants importateurs d’épices, tentait de s’en procurer et le garçon l’avait berné.

— Si sa cupidité est aussi large que son ventre, ajouta Bren qui l’avait entendu, tout ira bien pour toi. Sinon…

— Tais-toi donc, oiseau de mauvais augure ! le coupa Rean exaspéré en attachant pour la énième fois ses longs cheveux noirs. C'est ta cicatrice qui te rend aussi défaitiste ? lança-t-il agacé avant de regretter cette mesquinerie.

— Tu sembles oublier le sort de ce pauvre Laugano, répondit Bren vexé. Ses informations étaient aussi précises que les tiennes, peut-être un peu moins fournies... Ça ne l’a pas empêché de couler comme une pierre lorsque Dan a découvert que son indic était un espion du quartier des tanneurs !

— Laugano était aussi idiot qu'avare ! Comment peut-tu me comparer à cet imbécile ? s’offusqua Rean. Son opération était vouée à l’échec, c'est évident ! Ecoute plutôt, ajouta-t-il en baissant la voix, on raconte que le marchand Dibenette transporte son or lui-même pour être certain qu’on ne le lui vole pas et qu’il le cache dans son carrosse. Imagine la quantité de sous d’or qu’il déplace pour acheter les cent pièces d’or de la couronne que je lui ai fait miroiter ? C’est du pain béni te dis-je !

Un craquement derrière eux déchira l’air glacial et les deux garçons sursautèrent, avant de se retourner la peur au visage et l’arme au poing.

— Alors, ça roucoule ?

— Tu ne peux pas prévenir, Liamar ? Bon sang ! s’énerva Bren en abaissant son poignard. Tu m’as fichu une de ces trouilles !

— À plat ventre, idiot ! ajouta Rean en lui indiquant le sol. On peut te voir depuis la route !

Il observa le nouveau venu. De larges boucles brunes tombaient devant ses yeux et un léger duvet venait recouvrir ses joues, signe de masculinité naissante. Malgré tout, il lui trouvait un air juvénile et n'aimait pas l'idée qu'il soit présent. Un peu pataud, Liamar se débattait avec son équipement et Rean s’étonna d’y trouver un arc passé en bandoulière. Il retint un juron et tourna la tête pour fouiller du regard les arbres en contrebas, à la recherche de Dan. Le colosse, assis sur une branches et adossé au tronc, mâchouillait d'un air bête une fine brindille. Un immense sourire de satisfaction parcouru les lèvres du chef de la Troupe lorsqu’il croisa les yeux noirs de Rean. Celui-ci secoua la tête de désapprobation.

— Dan..., ragea à voix basse l'archer.

Rean détourna le visage et reporta son attention sur son voisin.

— Quel bon vent t’amène ? ironisa-t-il lorsque Liamar s’immobilisa contre les roches gelées.

— Celui du combat ! Dan m’a confié à vous...

— Tiens donc, s’empressa de répondre Rean avant que Bren n’exprime son désaccord. Je croyais qu’il te trouvait trop jeune ? Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis ?

L’adolescent haussa les épaules avant de contracter puis de désigner son biceps avec un grand sourire. Rean leva les yeux au ciel.

— Moi, je vais te dire, commença Bren, tu l’as soûlé avec tes demandes incessantes et il a craqué. Voilà tout. C’est de la folie de te faire participer à ton âge et crois-moi, tu vas te faire tuer ! À quatorze ans, je jouais encore avec des épées en bois et jamais, mais alors jamais, je n’aurais osé demander à accompagner la Troupe, alors de là à contribuer au combat…

— Tu n’étais pas très dégourdi faut dire, s’amusa Rean. À cet âge là, j’avais déjà participé à plusieurs batailles.

Bren s’empourpra et balança un flot d’injures à voix basse, puis reporta son attention sur le chemin, ignorant ses deux compagnons.

Rean sentit alors qu’il serait seul responsable de Liamar et s’étonna d'en éprouver un peu de fierté.

— Tu vas faire exactement ce que je te dis et pas un pas de travers. Les épées en bois, les secondes chances, il n’y en a plus. Es-tu certain d’être prêt ?

Le regard dans le vide, le garçon hocha du chef, incertain. Il sembla perdu un moment et Rean s'apprêtait à le secouer lorsque ses yeux revinrent croiser les siens. Leur pétillant habituel rayonna de nouveau.

— Le choix ne m’appartient plus depuis longtemps.

Il rit jaune un instant avant de reprendre son sérieux.

— Je veux faire parti de la Troupe, Rean. Ces chiens de soldats ont tué ma famille et, crois-le ou non, je vais être leur pire cauchemar ! 

L'archer acquiesça lentement. Il retrouvait dans le garçon la même fougue et les mêmes motivations qui, des années auparavant, l’avaient poussé à démontrer ses qualités. Sa place, il l’avait gagnée à la force de son arc et il se jura de tout faire pour que son nouveau poulain l’obtienne aussi.

— Liamar, souffla Bren, voici le moment d'exposer ton talent...

Loin à l’horizon s’éleva une nuée d'oiseaux, signe d'une présence bruyante. Rean évalua que cinq minutes suffiraient au convoi pour franchir l’écart qui les séparait. Il porta la main à son arc.

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