Without a Sound

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Et je froisse le papier, encore et encore. Un soupir s'échappe, alors que je lève les yeux au ciel. Je laisse mon petit carnet retomber sur le sol, couvert de boulettes de papier.

Non, je ne parviendrai jamais à lui dire ce que j'ai sur le cœur.

C'est quand même drôle, la vie. Cette chose si fragile, et pourtant si... difficile. Personne ne l'a demandé, personne n'a jamais eu son mot à dire. Parfois, on la déteste, on la hait de toute notre âme, et c'est lorsque nous commençons à l'aimer, à la chérir, qu'elle nous est retirée.

Ironique, non ?

Encore ce bruit, ce goutte-à-goutte incessant. L'eau, au contact de ma peau, me fait frissonner. Elle ne doit pas être assez chaude, je crois, mais je n'ai pas la force de me relever pour augmenter la température.

Mon dos reposant contre le bord de la baignoire, je suis plongée dans mes songes. Mes réflexions m'emportent, je suis complètement déconnectée de la réalité.


Depuis le début, je savais que les choses ne seraient pas simples. Je l'ai compris, dès la première fois où nous nous sommes parlés, lui et moi. Oui, c'est à cause de ça que j'en suis là, aujourd'hui. Que j'en viens à ce genre d'extrémité, que je ne parviens plus à dormir, ni même à respirer sans penser à lui. Comment tout a commencé, déjà ? Ah oui, ce message. Ce fameux message. Un mauvais destinataire, apparemment. Un simple bonjour, qui a pourtant chamboulé nos vies.


Nous aurions pu nous en tenir là, ne pas aller plus loin. J'aurais pu lui expliquer que je n'étais pas la bonne personne, qu'il s'était trompé. Mais je n'en ai rien fait. Il en avait conscience, je crois. Peut-être voulait-il simplement engager la conversation, trouver un moyen de nouer un dialogue. Les jours ont passé. Les uns après les autres, un message en entraînant un autre.

Et nous voilà aujourd'hui. Lui six pieds sous terre, et moi, nue, dans ma baignoire, à mariner dans mon propre sang.

Dans une dizaine de minutes, ma mère tambourinera certainement à la porte, me hurlera de sortir de là. On n’a pas les moyens d'utiliser trop d'eau pour les douches. Je ne suis même pas censée prendre de bain. Mais c'est la dernière fois, c'est promis.


Son visage me revient en tête. Je le revois me sourire. Je revois ses yeux plongés dans les miens. Je revois son cadavre, écrasé contre le macadam.

La vie, si fragile, et pourtant si douloureuse. Pour certains, du moins.

Mon poignet me lance, encore. J'y ai peut-être été un peu fort. J'ai l'impression que le froid me pique de plus en plus, alors que mes forces semblent me quitter. Pourtant, je me sens bien. Je souris, même. Je sais qu'à chaque seconde, je me rapproche un peu plus de lui. Lorsque je serai passée de l'autre côté, aurai-je la chance de le revoir ? Après tout, ce n'est pas vraiment ma faute, tout ça.


À peine quelques heures auparavant, nos messages étaient plutôt clairs, explicites. Il disait qu'il m'aimait. Il disait qu'il tenait à moi. Alors pourquoi m'avoir repoussée, lorsque nous étions sur le balcon, à observer les étoiles ? Cette émotion étrange... Je ne sais pas très bien ce qui m'a poussée à le rapprocher du rebord. Un élan de désespoir, sans doute.

Et voilà, j'entends ma mère monter les escaliers, d'un pas précipité. Il sera bientôt l'heure de manger. À cette heure-ci, je devrais déjà être sortie. Je devrais déjà me trouver dans la cuisine, et être en train de mettre la table. Non, pas cette fois.

Elle tambourine à la porte, la martèle, et m’interpelle plusieurs fois. Je n'ai pas la force de lui répondre. Les mots que je tente d'articuler s'évaporent en des murmures inaudibles.
Je ne l'entends plus. Sa voix stridente a disparu, pour laisser place à un silence pesant, presque effrayant. Pourtant, je me surprends à sourire, encore. La douleur aussi, s'est estompée. D'ailleurs, je crois bien que je ne ressens plus rien.

Oui, je sens que je m'en rapproche. Bientôt, je serai à nouveau avec lui. Bientôt, il sera à moi. Bientôt, je le serrerai à nouveau dans mes bras... cette fois, il ne tombera pas. Ce sera inutile.

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