Dépendre d'autre chose que de la mort

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Bonsoir tout le monde ^^ Je sais, j'écris toujours la nuit ^^ Je tenais déjà à remercier les personnes qui ont lu mon précédent texte et celles qui ont commenté. Je reviens avec un nouveau texte, un peu dans la même veine que l'autre mais pas traité de la même manière. Je préviens une nouvelle fois les âmes sensibles. J'aborde des sujets durs donc voilà.

Enjoy !


Tu étais allongée sur le sol, le corps à moitié nu. Je n’ai pas regardé tes formes car la pudeur retenait la curiosité masculine. Peut-on seulement penser à ce genre de choses dans de telles situations ? Trouvons-nous une frêle distraction quand l’horreur éclate nos pupilles ? Pourtant, et malgré l’urgence qui me criait de t’emmener à l’hôpital, la contemplation s’est glissée au creux de mon esprit. Tes paupières closes, ta bouche en coeur, ton teint de porcelaine. Tout en toi me rappelait les poupées parfaites que ta mère t’achetait et pour lesquelles tu éprouvais une tendre admiration. Le mascara avait coulé le long de ta joue et soudainement tu broyais du noir. Pourquoi ne t’étais-tu pas démaquillée ? Voulais-tu rompre le mythe d’une barbie sans failles ? Le temps d’une étreinte, tu t’étais laissée bercer par ce monde aux promesses aguicheuses. Tango endiablé, à tes amants tu avais promis l’amour d’une vie tandis qu’avec tes espérances tu nouais la corde de ta fin. Valseuse nostalgique esseulée sur le parterre, ta peau égratignée n’inspirait qu’un piètre dégoût. Il est si aisé d’enlacer les anges et d’embrasser nos démons. Ensembles vous avez festoyé, bouffant ta chair jusqu’à la dernière miette, créant cet ode au suicide. Aiguilles au creux du bras, tu as rêvé un paradis inaccessible dans cette salle de bain moisie. Il y a encore une semaine tu étais là devant moi, les yeux stones, un joint à la main à me parler de ta nouvelle vie. Tu avais décidé d’être libre ne donnant à la société qu’un geste vulgaire. Savais-tu ce à quoi tu étais enchaînée ? Tu n’arrêtais pas de déblatérer comme pour m’empêcher de te poser la moindre question. Tu tordais le cou au silence faisant fi de tes larmes. Je n’avais retenu que tes cicatrices sur ton avant-bras, mélange de piqûres et d’automutilation.

« Faut pas croire y a pas autant de place que ça sur le corps humain » m’avais-tu balancé avec sarcasme.

  • « Et… Et ça te fait pas trop mal ? »

Question débile. Cependant, elle me titillait depuis que je te voyais te dandiner devant moi faisant toute sorte de mouvements avec tes bras. Fasciné par tes marques profondes aux couleurs violacées, j’y décelais tantôt quelques crevasses tantôt de petits monticules que ta souffrance gravissait avide de plus d’espace.

  • « Essaye et puis tu me donneras tes impressions, d’accord ».

Je ne crois pas que nous soyons altruistes. Nous nous amusons à contempler le puit de la douleur depuis tout là-haut. Parce qu’il est insupportable à l’homme de demeurer ignorant. Et s’il n’y avait que des dommages collatéraux face à cet intérêt macabre ? Sommes-nous capable d’émotion ou cherchons-nous seulement à connaitre le fond du trou sans jamais le vivre ?


Ce jour-là, j’ai été stupide et je le suis encore plus aujourd’hui. Il me semblait alors évident que tu avais consommé jusqu’à ton dernier gramme de liberté. Ton visage était paisible. Ton corps criait à l’aide. Je fus alors subjugué par ce contraste. Ta chair quémandant les battements d’un coeur trop affaibli, ton âme priant pour qu’il s’arrête à tout jamais. Avais-tu des désirs par delà les murs imperméables de ta souffrance ? Tu n’avais pas laissé de notes et je ne pouvais logiquement pas accéder à ta requête.

Les choses s’enchaînèrent rapidement. Un coup de fil, mes mains moites supportant ton corps, les gyrophares, un pompier, puis deux entrant dans mon champs de vision, un brancard et puis s’en va. Plus rien. Comme s’il fallait éradiquer la mort, l’effacer de nos mémoires.

Quelques semaines plus tard, il me fallut te rendre visite. Par attachement ou bien par convenance ? Je ne sais pas. Tes cheveux éparpillés sur l’oreiller, tu avais des bandages tout autour des bras. Ils avaient jugé plus prudent de t’attacher. Les yeux boursoufflés, sans doute par la dose assommante de cachets qu’on te faisait avaler, tu pris néanmoins un instant pour m’observer.

« Quel beau spectacle n’est-ce pas ? Tu peux me donner à boire s’il te plaît, j’ai la gorge en feu et ses salopards de médecin n’entendent à priori pas la sonnette. »

  • « Bien sûr. »

Je m’attardais une fois de plus sur ton visage mais ton air déconcerté me ramena à la réalité. Après ce bref silence, tu repris la parole, la voix encore enrouée.

  • « Alors, ça va ? »

Quelle drôle de question. Ce n’était pas moi qui trônait dans un lit d’hôpital.

  • « Euh… Oui… et toi ? »

Surpris par la normalité de cette discussion, mes mots tardaient à venir et je pris l’initiative de m’asseoir afin de calmer l’angoisse qui traversait mon corps. Soyons normaux.

« Et bien la nourriture est dégueulasse, ils ne me donnent rien pour me sevrer et les infirmières me regardent avec dédain. Mais hormis ça, oui c’est un bon squat ici. »

Devais-je aborder le sujet où avions-nous tacitement décidé de tomber dans l’hypocrisie sociale ?

« Arrête d’être apeuré. J’ai pas oublié. Je sais bien que j’ai failli crever. J’ai fais un bad trip et je me suis coupée un peu trop fort. Et puis j’ai perdu connaissance. C’était une sacrée sensation. L’eau, le sang, la drogue. Putain, j’te jure je me croyais au paradis. Plus rien ne comptait. Je flottais. Gracieusement. Je me voyais étendue dans la baignoire, la souffrance s’évaporant si loin… J’aurais pu voler et ne jamais plus me retrouver. Après tout, il n’y a pas d’autre fardeau que moi-même. Adieu esprit mal pensant ! Dans l’eau, j’ai noyé mon autre moi. Mais vois-tu pour le faire dépérir je devais partir avec. Parce qu’il était trop fort, trop ancré, trop moi. Tu m’as soulevé, tu m’as ramené alors est-ce que tu peux m’aider ? »

-  A quoi ?

- A dépendre d’autre chose que de la mort.

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