39.4

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En face d’elle, Ektra baissa sa lame et tomba lourdement en arrière. Le bruit de son corps heurtant le sol résonna dans l'esprit de Lilly comme une nouvelle détonation. Elle sursauta et resta immobile quelques secondes. Sa respiration était saccadée et elle tenta de reprendre le contrôle de ses tremblements.

Lilly se releva péniblement et émit un gémissement en s’approchant du corps sans vie de son ennemi. Une flaque de sang se rependit autour de sa tête. Quelques gouttes coulèrent le long du front de la Main de Dieu, au niveau de l'impact de la balle.

Le sang d'Ektra lui avait éclaboussé le visage. La Cavalière essuya son front avec le revers de la main. Ce geste ne fit que l’étaler encore plus, se mélangeant au sien qui coulait de ses blessures réouvertes. Elle sentit également sa lèvre enfler et son œil bouffi, elle ne pouvait plus l'ouvrir désormais. Elle serra les dents pour faire passer la douleur qui se diffusait dans tout son corps, principalement au niveau de ses côtés, dont quelques-unes devaient être de nouveau fêlées, voir même cassées. Pendant un instant, cette odeur de sang frais lui donna envie de vomir. Elle réprima ses contractions en détournant le regard du corps de son ennemi.

Son plan, aussi fou soit-il, avait fonctionné. Ne pouvant pas l’atteindre avec des balles, elle avait dû l’approcher le plus possible. Nourrissant une haine sans limite envers sa sœur, Ektra n’aurait pas manqué l’occasion de la regarder dans les yeux au moment de la tuer. Cependant, sa vanité l’avait poussé à commettre une erreur et Lilly avait profité de cette faiblesse.

Sans perdre une seule seconde et se souvenant qu’elle était attendue, Lilly quitta l’entrepôt pour rejoindre le reste de son escadron au hangar à navette. Elle arpenta les couloirs en boitant, toujours une arme à la main, redoublant de prudence. Elle était obligée de faire quelques détours à cause de la présence de plus en plus accrue d’Exos dans l’enceinte. Ils risquaient d’avoir une sacrée surprise lorsqu’ils retrouveraient le corps de leur chef.

À l’entrée du hangar, Lilly remarqua d’emblée la dernière navette qui l’attendait. Tous les civils avaient été évacués, il ne manquait plus qu’elle. Le Général Amador lui faisait des grands signes, lui hurlant de se dépêcher. Le hangar était encore complètement vide, mais d'après les nombres d'Exos qu'elle avait pu voir dans les couloirs de la colonie, ce ne serait plus pour très longtemps.

L'étonnement se dessina sur le visage du Général Amador lorsque Lilly s'approcha de la navette. Elle ne sut quoi dire en voyant l'état dans lequel était la Cavalière. La jeune recrue se contenta de passer devant le Général, sans lui adresser un regard.

Le commandant de la Cavalerie n'avait aucune idée de ce qu'il s'était passé dans cette station, pendant cet affrontement, mais les traces de sang sur le visage de Lilly, ainsi que ses blessures, parlaient d'elle-même. Elle se comprimait les côtes et respirait bruyamment. Le combat avait dû être rude.

En entrant dans la navette, un spasme comprima l’estomac de Lilly, lorsqu'elle se rendit compte qu'elle devait annoncer à son Capitaine et Haziel la mort de Rita Aleysworth. Elle avait eu son consentement, mais son équipier ne se remettrait jamais de cette perte et ne pardonnerait jamais à Lilly d'avoir tiré le coup de feu qui avait mis fin aux jours de la Main de Dieu.

En remarquant le retour de la Cavalière, Haziel se releva soudainement, assis à côté du Capitaine, qui tourna simplement la tête.

Andrew se pressa la main sur la bouche, horrifié par l’état de sa subordonnée. Elle semblait encore plus en mauvais état que lors de l'opération de la capture d'Ektra. Une fois de plus, c'était un miracle qu'elle ne soit pas morte.

Lilly s’approcha d’eux en boitillant et tendit son arme à son supérieur. En voyant tout ce sang éclaboussé sur la Cavalière, Haziel et Andrew comprirent la tournure que le combat qui opposait Lilly et Ektra avait pris.

- Je n’ai pas eu le choix, Capitaine, sanglota Lilly.

Pris d’une douleur dans le flanc droit, il se leva et récupéra son arme qui glissa de la main tremblante de douleur de la Cavalière. Il l'enlaça ensuite afin qu'elle cesse de s'agiter en stoppant ces quelques sanglots. Andrew soupira de soulagement de voir revenir sa subordonnée en vie.

- Tu as bien fait, assura-t-il.

Au même moment, Allen Markle annonça le départ de la navette. Amador revint dans l’habitacle, alors que la passerelle d’abordage se fermait dans son dos. Elle ordonna à tout le monde de s'harnacher pour l'envol. Lilly prit place dans un fauteuil avec difficulté, mais tout de même moins que son capitaine, toujours en proie à quelques saignements, contenus par un pansement compressif.

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Brad Priwin
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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