39.2

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Lilly décida de trouver un moyen de prendre son ennemi à revers. Pour y arriver, elle pénétra dans le garde-manger principal de la colonie. Étant sans issue, Ektra n'avait qu'une seule porte d'entrée possible, celle que Lilly venait d'emprunter.

Elle verrouilla la porte, une fois à l’intérieur et se réfugia derrière une étagère depuis laquelle elle avait une parfaite vue sur l’entrée. Elle envoya valser les conserves et paquets sous-vide pour dégager la place. Elle se servit de l’une de ces planches pour stabiliser sa visée et attendit bien sagement l’arrivée de son ennemi avec ses deux armes en mains. Les lumières n'étant pas allumées, Ektra ne la remarquerait pas tout de suite, lui laissant le temps de tirer.

La porte en métal vola en éclat et Ektra entra enfin au bout de quelques secondes. Lilly n’hésita pas et vida son chargeur. Aucune balle ne blessa sa cible. Elles s’arrêtèrent toutes devant lui, comme s’il était protégé par une barrière invisible. Sans qu'Ektra ne bouge, les balles se retournèrent et fendirent l'air en direction de Lilly. Elle eut le réflexe de se baisser mais une balle se logea dans son épaule. Elle étouffa son cri de douleur en mordant sa main. Déconcertée par ces nouvelles capacités, la Cavalière reprit sa fuite en s'enfonçant dans l'obscurité du garde-manger.

Quand est-il devenu aussi puissant ? s’étonna Lilly. Aucun escadron n’avait jamais fait référence à de tels aptitudes qui ressemblaient à de la télékinésie.

- Tu ne peux pas m’échapper ! hurla Ektra d'une voix rauque alors qu’il arpentait les allées de l’entrepôt.

Respirant à peine afin de ne pas être repérée, Lilly tentait tant bien que mal de se fournir une ouverture pour tenter un nouveau tir. À chaque balle qu’elle tirait, celle-ci était stoppée et Ektra à son tour l’attaquait en envoyant valser tout ce qui se trouvait à sa hauteur. La Cavalière commença à se dire qu'elle n'allait pas s'en sortir aussi facilement. Elle devait ruser plus que jamais pour rejoindre les dernières navettes sans avoir Ektra à ses trousses.

De loin, dans les allées, Lilly progressa tel un félin silencieux, en gardant toujours un visuel sur son ennemi, en quête d'une nouvelle ouverture. Son ennemi récupéra une barre en métal et la fit tournoyer entre ses doigts avec une agilité déconcertante.

- La colère de mon réceptacle m’octroie une telle puissance que je suis invincible ! hurla Ektra en avançant dans le garde-manger. Ta résistance en devient ridicule. Tu ne peux rien contre moi, tout comme Mila Jones ne pouvait rien pour se sauver.

En entendant le nom de sa sœur, les doigts de Lilly se serrèrent autour de ses deux armes. Ektra essayait juste de la mettre en rogne pour qu’elle sorte de sa cachette. Elle ne devait pas se faire avoir aussi facilement. Elle se contenta de prendre une grande inspiration pour ne pas se faire envahir par la rage. L'assassin de sa sœur se trouvait à quelques mètres d'elle. Ce sans-visage avait complètement détruit sa vie.

- Ta sœur était faible et naïve !

- Vous l’avez harcelé, vous lui avez menti ! Elle n’aurait jamais accepté de vous aider sinon ! vociféra Lilly depuis sa cachette.

Un rire cinglant résonna dans l'entrepôt. Ektra avait réussis à faire craquer la Cavalière. Il se rapprochait de plus en plus de sa position.

- Je n’ai même pas eu besoin de la convaincre, elle m’a supplié de l’aider.

- Ma sœur n’était pas un traître !

Il n’attendait qu’une chose, que sa cible se montre pour engager un combat au corps à corps et voir une nouvelle fois un Jones succombé sous ses coups. Il mourrait d'envie de voir de nouveau cette souffrance sur son visage, comme sur celui de sa sœur.

Lilly rangea son arme après avoir changé de chargeur et dégaina son épée. Elle prenait probablement la plus stupide des décisions, mais c’était la seule façon d’approcher Ektra. Il cherchait à la faire sortir de sa cachette en l'énervant et pour le moment, il réussissait parfaitement à la mettre en rogne.

Elle sortit dans l’allée centrale. Tout en avançant vers Ektra elle fit racler la pointe de son épée sur le sol pour qu’il l’entende. Ektra se retourna et un sourire s’afficha sur son visage. Lilly se mit en position d'attaque, le regard pointé vers son ennemi. Elle espérait qu'un vertige ou pire, un malaise, ne vienne pas troubler son combat.

- Alors, on joue au chat et à la souris, Jones ?

- Tu veux jouer ? Alors jouons.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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