39.1

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Le Capitaine Aleysworth et Haziel avait enfin repris leur route vers les navettes. Lilly devait impérativement leur faire gagner du temps. Après s'être enfin retrouvée seule, les deux Cavaliers loin, elle arpenta les couloirs de la colonie afin de retourner au dernier endroit connu où se trouvait Ektra. Ses mains tremblaient de peur autour de la crosse de ses armes. Elle avait du mal à croire qu'elle était la dernière sur la station. Dans quelques secondes, elle se retrouverait devant Ektra qui avait déjà tenté de la tuer. Il était devenu tellement puissant, en si peu de temps. Lilly doutait fortement de sa victoire dans ce combat.

En arrivant à l’entrée du couloir qui menait à l’isolement, Ektra ne se trouvait qu’à quelques mètres d’elle. Il prenait soin de réduire en poussière chaque parcelle du secteur d'isolement rien qu'en levant la main gauche. Lilly prit une grande inspiration et, mettant son ennemi en joue, elle hurla le nom de Rita. Ektra se retourna et fronça les sourcils. Les morceaux métalliques qu'il manipulait tombèrent, comme inactifs. Lilly sursauta lorsque ces plaques provoquèrent un bruit sourd, en heurtant le sol. Elle tenta de rester concentrée pour maintenir sa visée en dépit de son agitation.

- Si un jour on m’avait dit que je me battrais contre la Main de Dieu pour ma survie, je ne l’aurais pas cru, se lança-t-elle à elle-même.

De l’autre côté un cri de rage d'Ektra résonna dans le couloir, suivit d’un souffle puissant, qui projeta Lilly quelques mètres en arrière. Sa tête heurta le sol, la sonnant quelques instants, lui provoquant un vertige. Un léger ultrason lui brouilla les oreilles. L'une de ses armes avait volé de l'autre côté du couloir. Au sol, Lilly se redressa sur les coudes et pressa la main sur son front pour revenir à elle. Ce n'était pas le moment de flancher.

Rita, méconnaissable, venait d’entrer dans une indescriptible fureur. Son visage semblait foncé par des lignes veineuses et marbrures qui prirent une couleur sombre, entourant ses yeux dont les pupilles étaient devenues unilatéralement noire, se propageant sur son bras gauche et ses pieds nus. Ses cheveux volaient dans les airs, lui donnant un air possédé encore plus terrifiant.

D'un pas surnaturellement rapide, il entreprit sa marche vers Lilly. La Cavalière comprit qu’il avait mordu à l’hameçon. Elle se redressa maladroitement et récupéra son arme à feu. Elle entama une course effrénée dans les couloirs de la colonie. Elle devait maintenant le distraire en l'attirant loin du hangar à navette.

Ektra se lança à sa poursuite à son tour, projetant à tout va ce qui tombait sous sa main ; des plaques de métal, des restes de verres brisés, de la tuyauterie, ... Les lampes explosaient après le passage de Lilly. Son ennemi mettait tout en œuvre pour l’atteindre, tout en essayant de préserver l'intégrité matériel de la station. De son côté, la Cavalière tira maladroitement quelques salves ; mais aucune balle ne se logea dans sa cible. En prenant un virage à un carrefour, elle s'écrasa contre la paroi du couloir, de nouveau prise par un violent vertige. Elle eut l'impression d'avoir le souffle court et sa respiration était bruyante. Elle secoua la tête et se redressa afin de reprendre sa course. Elle devait rapidement trouver une solution pour neutraliser Ektra, sans quoi, elle y passerait.

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Brad Priwin
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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