38.3

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Haziel et Andrew se trouvaient déjà à la moitié du couloir qui reliait le secteur de détention au reste de la colonie, lorsqu’Ektra y entra à son tour. Il gagnait de plus en plus de terrain. Dans son dos, le métal qui formait l’allée s’écrasait après son passage, condamnant le secteur d'isolement.

À la sortie du couloir d'accès, dans le virage, Andrew et Haziel percutèrent Lilly, qui avait surgit de nulle part.

- Mais qu’est-ce que vous foutez ? On attend plus que vous ! hurla-t-elle.

- Ektra est à nos trousses cours, cours ! vociféra Andrew, alors que des éclats de verres et de métal virevoltèrent soudain au-dessus de leurs têtes.

Lilly alla à son tour supporter son Capitaine pendant leur fuite et ils continuèrent d’arpenter les couloirs déserts de la colonie.

Arrivés dans une impasse, Andrew poussa un cri de douleur et demanda à s’assoir un instant pour reprendre son souffle. Sa blessure saignait abondamment, malgré le morceau de verre qui servait de bouchon à l’hémorragie.

- Combien de munitions il te reste Andy ? questionna Haziel en vérifiant ses pochettes.

- Un chargeur, pas plus. Et toi ?

- Que dalle !

Ektra n’allait pas tarder à les rattraper et quand il le ferait, il n’hésiterait pas une seule seconde à leur planter la Main de Dieu dans le torse. Lilly commença à presser les deux Cavaliers, jetant des rapides coups d'œil dans le couloir afin de surveiller l'arrivée d'Ektra. Elle n'entendait au loin que les dégâts de sa colère, mais il se rapprochait de plus en plus. Ils devaient absolument reprendre la progression, jusqu'aux navettes.

Le Capitaine Aleysworth avait besoin de soin et Haziel était le seul à pouvoir supporter le poids de l'officier, en l’emmenant jusqu’au hangar. Lilly devait donc leur faire gagner du temps. Elle avait encore quelques douleurs dans le crâne, mais faire diversion était la seule option pour permettre leur survie.

- J’ai une idée, Capitaine donnez-moi vos munitions.

- Wow ! s’écria Andrew alors que sa subordonnée lui tendait la main. Tu comptes faire quoi avec ça ?

- Vous faire gagner du temps pour atteindre la navette !

- C’est moi qui devrais aller affronter Ektra, suggéra Haziel.

- Ah oui ? Et tu me laisses porter le Capitaine qui pèse deux fois mon poids ?

- Eh ! se vexa Andrew.

- Sérieusement Capitaine ?

- C’est hors de question ! ordonna Andrew. On est tous les trois, on reste tous les trois. Point final.

Frappe plus fort qu’il ne cogne, se souvint Lilly.

- Capitaine ! Laissez-moi gérer la situation, cette fois-ci ! Haziel, tu l’embarques, ils vous attendent à la navette et vous Capitaine ? Je ne veux plus vous entendre. Vous n’êtes plus en état de vous battre, je prends le relais !

Andrew hésita, espérant ne pas perdre une autre recrue. Devant la détermination dans le regard de sa subordonnée, il se résigna et lui tendit son arme et le reste de ses munitions. Avant qu’elle ne parte, il l’attrapa par le col de son exo-combinaison et l’obligea à se rapprocher pour qu’elle entende bien ce qu’il avait à dire.

- Ne laisse pas Ektra gagner. Et toi ? Ne perds pas.

Comprenant de quoi il parlait, Lilly leva le regard vers Haziel qui hocha la tête, comme pour donner son accord également. Par ce geste, elle recevait l’autorisation de faire tout ce qui était en son pouvoir pour revenir en vie, y compris neutraliser définitivement Ektra, s’il le fallait.

Alors qu'elle se releva et s'élança à la rencontre d'Ektra, Andrew eut un pincement au cœur. Cette impression de perdre de nouveau un être cher l'envahit.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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