37.1

2 minutes de lecture


Haziel errait comme un fantôme dans les couloirs de la colonie. Cette histoire avec Andrew allait beaucoup trop loin. Les mots avaient dépassé sa pensée et il aurait énormément de difficulté à faire machine arrière. Cependant, répondre à son collègue le démangeait depuis des jours, ne supportant plus de se faire marcher sur les pieds.

Après de longues minutes à vagabonder, il arriva devant le quartier d’isolement de la station. Ektra se trouvait juste derrière ces portes blindées, dans cette cellule où il avait été lui-même enfermé, quelques années auparavant. Il eut un pincement au cœur en repensant à tous ces mauvais traitements que lui avait fait subir les Auxiliaires, lors de sa captivité.

Les Protecteurs en exo-combinaisons le laissèrent entrer dans l’enceinte, sans rechigner. Une main sur la crosse de son arme, Haziel pénétra dans la cellule d’isolement. Il s’attendait à ce qu’Ektra soit encore sous sédatif, mais il était bien là, debout au milieu de la cellule. Le Général Amador avait donc pris une décision finalement.

Son visage était dénué de toute émotion, comme s'il était totalement absent à l’intérieur. Son armure avait été retiré et à la place un pyjama marron, comme ceux des prisonniers, lui avait été enfilé.

Le Cavalier l’observa quelques instants, tout en approchant prudemment. Son ennemi ne cligna pas des yeux une seule fois. Ektra semblait vraiment absent. Rita pouvait-elle reprendre sa place ? Haziel prit le risque d'appeler la Cavalière et, en face de lui, elle tourna la tête. Son visage s’adoucit et une lueur de vie apparut dans son regard, suivit par un instant de panique, lorsqu’elle remarqua où elle se trouvait.

- Mais c'est quoi ce bordel ? s'écria-t-elle. Je suis sur la station ? Haziel je t’avais pourtant dit de ne pas les laisser me capturer ! lança-t-elle en haussant le ton, avant de faire de nouveau face à Haziel.

La colère et la peur se dessinèrent sur son visage. De l'autre côté, Haziel resta pantois quelques instants, se demandant comment Rita pouvait être de nouveau elle-même. Si c'était le cas, Ektra devait être extrêmement loin, dans son esprit.

- Mais comment… Comment as-tu pu reprendre le contrôle de ton corps ? Je croyais qu’Ektra t’avait tué ? balbutia le Cavalier.

- Ne soit pas stupide ! Je meurs, il meurt aussi, il a tout fait pour t’énerver et tu es bêtement tombé dans le panneau !

- Mais Riley sait comment te sauver !

- Ektra ne vous laissera pas le temps, son plan est en marche, il est exactement là où il voulait être. Tu dois me tuer Haziel c’est le seul moyen de sauver la colonie !

- Quoi ?

- Fais-le ! Haziel tue-moi !

Le Cavalier recula au fond de la pièce en secouant la tête. Jamais il ne pourrait, une fois de plus, faire du mal à son équipière. Cette situation lui rappelait tant de mauvais souvenir. Ces images de lui, attaquant Rita, depuis longtemps oubliées, lui remontèrent soudain en mémoire. Il fut submergé par la panique et quitta immédiatement la cellule, pour ne plus entendre les supplications incessantes de la Cavalière.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

Les chaînes résistent. Les tyrannies ne s'éteignent pas si facilement.

Horis Saiden croyait avoir trouvé sa voie. Jamais il n'a pourtant été aussi perdu.

Nafda a éliminé bon nombre d'ennemis de l'Empire Myrrhéen. Sa quête d'assassin ne fait pourtant que débuter.

Docini Mohild n'endosse plus fièrement son nom. Elle ignore même pour quelle cause se battre.

Jizo imaginait avoir reconquis sa liberté. Aujourd'hui il s'aperçoit qu'il a encore tant de raisons pour lesquels lutter.

À l'ouest, Oranne Abdi, marchande et diplomate de renom, entreprendra la mission la plus risquée de sa vie.

Au nord, Fliberth Ristag assume les conséquences de ses décisions risquées.
21
49
42
352
Cornedor
Avant, Blanche et Cornélia n’avaient guère de soucis à gérer, mis à part leur chat galeux mangeur de patates.
Mais lorsqu’un bel inconnu leur confie une petite créature noiraude aux yeux pourpres, c’est la fin de leur tranquillité.
Petit à petit, d'autres êtres étranges se mettent à graviter autour d'elles, se glissent dans leur monde et dans leur quotidien ; comme ce lièvre mangeur de chair, aux ailes de perdrix et aux bois de daim.
Ou ce dragon au plumage de coq, mutilé avec cruauté.
Ou encore cet homme aux écailles translucides et à la beauté impérieuse...

L'exode est proche. Un convoi se prépare.

En feront-elles partie elles aussi ?


[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
375
828
692
267
Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
557
439
521
301

Vous aimez lire Teresa Rey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0