33.3

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- Capitaine Aleysworth, vous me recevez ? s’égosillait le Général Amador dans sa radio.

Elle n’eut d’un grésillement insignifiant pour réponse. Elle échangea un regard inquiet avec le Gouverneur, qui se mordillait l’ongle, impatient, lui aussi. Elle décida de tenter un nouvel appel au bout de quelques minutes d'attente.

- Capitaine Aleysworth ? Capitaine Cardoso ? Bartoli ? Yukimura, n’importe qui !

Frustrée par l'absence totale de retour, Amador jeta son casque derrière elle. Elle se leva de sa chaise et commença à faire les cent pas dans la pièce. Plus aucune nouvelle de la Cavalerie depuis de longues heures. De plus en plus, elle perdait espoir de voir la réussite de cette opération.

Allen Markle alla récupérer le casque et le micro et tenta à son tour de joindre quelqu’un. Plus calme, il appela chacun des capitaines d'escadron, sans aucun retour de l'un d'eux. C’était comme si le camp de la Cavalerie avait été coupé de la zone rouge.

La situation avait échappé à tout contrôle, en peu de temps. Haziel avait tiré sur Ektra, lui donnant l’occasion de lancer son armée. Amador avait à son tour donner l’ordre de passer à l'assaut. Après cela, elle n’avait entendu que des tirs, de cris et des effusions, puis plus rien, à part ces grésillements.

- S’ils sont dans les égouts, les communications radios ne passent pas bien, supposa Weinberg pour calmer son Général.

Amador soupira et se rassit à côté d’Allen, qui tentait toujours ses appels radios.

- Si l’escadron Suicide est avec Bartoli dans les égouts, alors pourquoi nous n’obtenons aucune réponse des autres escadrons ? questionna rhétoriquement Amador, imaginant parfaitement la réponse.

Allen ravala sa salive et posa le casque devant l’écran. Ses tentatives de communication étaient infructueuses, il décida donc d'arrêter là. Il y avait forcément une bonne raison pour que la Cavalerie ne réponde à aucun appel du commandement, autre que leur extermination totale.

Après qu’un long silence pesant se soit installé dans la pièce, Amador se tourna vers son supérieur.

- Monsieur le Gouverneur, je vous rends compte de l’échec de l’opération de capture d’Ektra, annonça-t-elle solennellement. Étant sans nouvelles radios de la Cavalerie, nous les considérons tous comme perdus.

Elle se leva ensuite et quitta le bureau, tentant tant bien que mal de contenir un flot de tristesse et d'angoisse qui s'empara d'elle.

Une fois dehors, elle leva les yeux vers le ciel, de nouveau bleu. L’orage avait laissé place à un soleil luisant. Amalia Amador se demanda ce qu’elle allait devenir maintenant qu’elle n’avait plus d’hommes à commander. Comment pouvaient-ils continuer le nettoyage sur Terre, s'il n'y avait plus aucun Cavalier pour le faire ? Elle se demanda également comment faire pour supporter le deuil de toutes ces familles à qui elle devait annoncer une terrible nouvelle. L'échec de cette mission, et par conséquent la disparition de centaine de Cavalier, relevait de son entière responsabilité.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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