33.2

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Haziel serra les poings, furieux. Il eut de nouveau cette impression d’avoir un pic qui lui traversa la tête. Il s’agrippa le front et ferma les yeux pour tenter d’oublier la douleur. Il secoua la tête pour revenir à lui alors qu'un vertige le prenait à nouveau de cours. Il fut obligé de lâcher la crosse du pistolet à fléchette. Il se frotta ensuite vigoureusement les yeux et fit un pas en arrière, déstabilisé par ce bourdonnement dans ses oreilles.

- Ta résistance est inutile tu sais, je finirais par entrer, lança Ektra dans un rire.

Mais qu’est-ce qu’ils attendent pour tirer ? se demanda intérieurement Haziel.

Qu’est-ce qu’Andrew attendait pour donner l’ordre à Lilly de tranquilliser Ektra ? Il devait bien se douter qu’en pareille posture, il était incapable lui-même de le faire. Haziel vacillait trop, toute la Cavalerie l'avait forcément remarqué. De son côté, il décida donc de tenter une autre approche afin d'avoir une chance de sauver Rita sans engager le combat.

- J’ai un marché à vous proposer.

Intrigué, Ektra demanda plus d’information. Jusqu’à ce moment, son plan se déroulait comme prévu. Il n'avait donc rien à craindre de la part de ces Cavaliers. Il connaissait chacune de leur position tout autour de la place, dans les bâtiments. Les neutraliser un par un serait une partie de plaisir pour lui. Il avait juste à lever le petit doigt pour que ses sbires lancent l'attaque.

- Laissez Rita et prenez-moi à sa place.

- Parce que tu crois que ta vie vaut plus que la sienne ? rit Ektra. Tu es plus imbécile que je ne le pensais. Ce réceptacle à un potentiel illimité. Tu n’es rien à côté. Tu as déjà été possédé, ça ne me servirait à rien.

- Vous devriez sincèrement nous la rendre. Vous n’avez pas idée de ce qui vous pends au nez.

- Tu fais sûrement référence à votre ridicule tentative de me capturer ?

Ektra pointa à l'aide de sa lame plusieurs fenêtres autour de lui : les points exacts où se trouvait les Cavaliers. Il savait tout de leur plan.

- Tu pensais sincèrement que ça allait fonctionner ? Une idée pareille ? Laisse-moi deviner, elle vient de Lilly Jones je suppose. Aussi naïve que sa sœur, celle-là !

Haziel se remémora alors un détail qui lui avait échapper, tout ce temps. Il a compris, avait annoncé Rita avant de disparaitre. Ektra avait deviner que quelque chose se tramait dans son dos et il avait pris la place de Rita. Cette fois où elle lui avait paru si distante, ce n'était pas elle. Sans le savoir, Haziel avait fait part de tous les projets de la Cavalerie à Ektra. Rita avait tenté de le prévenir avant leur départ, mais il avait pris la décision de ne pas l’écouter, n’ayant pas assez d’informations et ne comprenant pas ce qu’elle avait cherché à lui dire.

Peut-être l’a-t-il donc bien faire taire une bonne fois pour toute ? s’inquiétait Haziel.

Haziel dégaina son arme de poing et mis Ektra en joue. En face, son ennemi ne se sentit pas menacer, persuadé qu’il serait incapable de tirer. Il lâcha un rire moqueur et secoua la tête, cherchant à ridiculiser le Cavalier en face de lui.

- Je veux parler à Rita, réclama Haziel en haussant le ton.

- Elle est morte. Elle m’a désobéi en prenant contact avec toi et l’a donc payé de sa vie.

Prit d’une rage devenue incontrôlable, Haziel pressa la détente. Il n'avait jamais réagi de façon aussi impulsive, comme si Ektra avait tout de même réussi à contrôler une partie de son esprit afin de le faire céder à la colère. Ainsi, il obtenait une bonne raison d'attaquer la Cavalerie.

Une balle ricocha sur l’épaule d’Ektra. Son sourire s’effaça et, à la place, l’hystérie l’envahit. Le sans-visage ordonna à ses Exos de répliquer à leur tour avec l'ordre de ne laisser aucun Cavalier s'échapper en vie.

Depuis sa position, Lilly observa la scène, impuissante. À côté d’elle, le Capitaine Aleysworth donna l’ordre à la tous les soldats de lancer l’assaut. En quelques secondes, la Cavalerie s’élança sur la place, se mélangeant à l’armée d’Exos.

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Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
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Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
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