32.1

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Haziel avait disparu, extrait de la chambre noire, mais pas par elle. Rita espérait qu’il avait compris ses propos et qu’il lui ferait aveuglément, confiance comme il l’avait toujours fait. La Cavalerie devait absolument abandonner l’opération de capture d’Ektra. La survie de la colonie toute entière en dépendait.

Son souffle était très rapide, son cœur palpitait, l’angoisse la gagnait à chaque fois que ce sentiment d’impuissance s’emparait de son corps. Laissant ensuite place à une haine immense envers Ektra. Cependant, à chaque apparition, elle n'arrivait jamais à l'atteindre. Il savait parfaitement comment faire pour la garder loin, enfermée, coupée du monde extérieur.

Lorsqu’elle se retourna en sentant une présence, il se dressa de nouveau devant elle, cet imposteur qui empruntait le visage de son défunt père, dans cet espace si sombre. Il tentait de la tourmenter pour la mâter, qu’elle devienne docile. Il n’y arriverait pas. Rita était bien décidée à se battre, jusqu’à ce qu’ils viennent la chercher, à crier si fort pour que quelqu’un puisse enfin l’entendre.

- Tu as essayé de le prévenir, avoua Ektra de sa voix grave.

- Tu ne m’as pas laissé le choix ! Je sais ce que tu comptes faire.

- Tu ne peux plus rien pour les sauver. Haziel est stupide et aveugle !

- Il est plus fort que tu ne le penses.

- Mon plan se déroule comme prévu et toi ? Tu vas rester bien sagement enfermée et ne pas me déranger. Tu n’as fait que servir mon but, tu ne t’en rends même pas compte.

- Détrompe-toi, même enfermée, j’ai un coup d’avance.

Ektra grogna et s’approcha de sa prisonnière en serrant les dents, en colère. Il détestait par-dessus tout que sa survie dépende du corps de cet ignoble insecte.

Sans baisser les yeux, Rita lui fit face et plongea son regard dans le sien. Elle n'avait pas peur de lui, elle ne craignait pas sa colère, connaissant parfaitement son importance pour la survie de ce parasite.

- Je l’ai mis sur la piste de tes plus grands ennemis, affirma-t-elle.

Il fronça les sourcils, se demandant si elle bluffait ou si elle avait vraiment avoué quoi que ce soit à son équipier. Remarquant ce regard troublé, Rita esquissa un sourire. Elle avait envoyé Haziel sur la bonne voie. Dans peu de temps, Ektra ne serait plus qu'un mauvais souvenir.

- Lucia est en marche. Et elle vient pour toi.

Irrité par son réceptacle, Ektra fit volteface et disparut de la chambre noire, déterminé à l'enterrer au plus profond de sa conscience pour qu'elle ne surgisse pas impunément dans les prochaines heures, perturbant le bon déroulement de son plan.

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Brad Priwin
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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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