31.4

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Haziel eut un sentiment étrange en arrivant aux limites du camp de la Cavalerie, comme de l’insécurité. Il n'était pas très heureux de revenir ici, s'attendant à des remontrances de la part de son Capitaine ou même du Général Amador. Il commença tout d’abord à se diriger vers le bureau du commandant de la Cavalerie. Il secoua la tête pour faire disparaitre cette sensation, dans un coin de sa tête. Il n'avait pas de temps à perdre en retrouvaille avec son escadron ou le reste de la Cavalerie. Le sauvetage de Rita était bien plus important et il y jouait un rôle clef.

À quelques mètres seulement de celui-ci, il croisa Lilly qui sortait tout juste du bureau. Ses cernes touchaient le haut de ses joues et son teint était blafard. La fatigue se remarquait grandement sur son visage. Elle leva la main vers le Cavalier en avant en lui faisant signe de ne pas avancer plus.

- Tu ferais mieux de ne pas rentrer dans cette pièce, expliqua-t-elle.

- Ravi de te voir aussi Lilly, mentit Haziel en levant les yeux au ciel.

- Le Capitaine est vraiment remonté contre toi.

- Mais ne dis pas n’importe quoi, plaisanta-t-il en dépassant la jeune femme.

Lilly le retint par le bras et l’obligea à s’arrêter. Haziel se retourna en soupirant, persuadé qu'elle en faisait trop.

- Il est vraiment très en colère. À cause de cette opération qui se profile, nous ne pouvons pas assister aux funérailles d’Owen. Une bonne partie de la Cavalerie est bloquée ici, y compris le Général. Tout le monde est sur les nerfs. N'ajoute pas de l'huile sur le feu en te pointant là-dedans.

Haziel baissa les yeux et serra les poings, soudainement ému en entendant le prénom de son défunt collègue d’escadron. Il était loin de se douter que le Général Amador avait mobiliser tant de monde pour cette opération ou encore que toute la Cavalerie était si tendue, concernant cette histoire avec Ektra.

- Si tu rentres dans cette pièce, continua Lilly, tu vas te prendre une chaise à travers la gueule. Le Capitaine est concentré, alors laisse le terminer de monter le plan. On viendra te chercher quand on sera prêt à partir et je te donnerais les détails en chemin.

Le Cavalier soupira, troublé par ce revirement de situation les concernant. Il ne manqua tout de même pas de rendre compte à son équipière de l’entrevu troublante avec Rita un peu plus tôt. Lilly acquiesça et, tout en le remerciant, retourna dans le bureau du Général, afin de mettre en place les derniers préparatifs.

Alors qu’il ne pouvait qu’attendre le lancement des opérations, Haziel décida d’aller s’installer dans le mess. Il salua le Capitaine Yukimura qui sortait de la clinique, après sa convalescence, puis d’autre l'accostèrent et lui posèrent des questions sur son départ et sa mystérieuse mission à l’extérieur.

Il discuta longuement avec ses collègues Cavaliers qui lui demandèrent des nouvelles, avant que Riley ne débarque dans le mess, en compagnie du Docteur Yan Rosebury. Tous les deux ressemblaient à deux cadavres ambulants et n’avaient pas vu la lumière du jour depuis longtemps. La situation actuelle des habitants du camp sur Terre avait de gros effets néfastes sur leur santé. Cette position avait assez duré, elle devait se terminer rapidement, avec la fin du règne de terreur d'Ektra.

Les deux rats de laboratoire se jetèrent sur Haziel en l’obligeant à aller s’assoir dans un coin du mess à une table, le séparant ainsi de ses collègues. En face de lui, ils prirent tous les deux un air extrêmement sérieux.

- Vous me faites peur avec vos têtes de fouines, vous savez ? lança Haziel déstabilisé.

Les deux Docteurs échangèrent un regard et Riley haussa les épaules, comprenant qu’elle devait prendre la parole.

- As-tu ressenti des changements depuis ta possession ?

Interloqué, Haziel fronça les sourcils. Tout le monde était au courant de ses changements ! Pourquoi Riley lui posait-elle la question ?

- Mais Riley, tu sais déjà tout. De quoi tu me parles ?

Cette fois-ci, Scarola tourna le regard vers son confrère qui prit la parole à son tour.

- Des changements plus profond elle veut dire, continua-t-il. Est-ce que tu te sens moins fatigué, plus en forme, moins… malade ? supposa-t-il.

- Écoutez tous les deux, je ne sais pas ce que vous cherchez à me dire, mais on est à deux doigts de lancer une très grosse opération dans laquelle je joue le rôle principal. Alors si vous avez quelque chose à me dire, c’est maintenant ou jamais.

Hésitant à lui dire la vérité sur leur découverte, ne sachant pas comme leur patient allait prendre la nouvelle, les deux Docteurs restèrent silencieux quelques secondes, puis Haziel les rappela à l’ordre.

- J’espère que tu aimes vivre ! lança Riley, pour une fois à court de mot.

- C’est quoi ces conneries ? questionna Haziel en se tournant vers le second spécialiste.

- Nous avons découvert que le vieillissement de tes cellules a été ralenti après ta possession, avoua Rosebury.

- En gros tu vas vivre très très longtemps, compléta Riley.

Abasourdi par cette nouvelle, Haziel resta sans voix quelques instants. Le Docteur Rosebury ne manqua pas de lui expliquer, par des faits scientifiques, comment ils étaient arrivés à une telle conclusion, mais le Cavalier n’écoutait pas un seul mot.

Tout ce à quoi il pensait, c’était Rita. Serait-elle touchée par le même vice ? Bien sûr que oui. Elle était possédée à l’heure actuelle. Lui vint à l’esprit un autre élément : cette vagabonde qu’il avait rencontrée. Cette jeune fille prétendait être un sans-visage de la première vague. Avec cette annonce, Haziel commença à croire qu’elle disait bien la vérité.

- J’ai une question, coupa le Cavalier alors que le Docteur Rosebury continuait son allocution. Imaginons que vous dites vrai, ça voudrait dire qu’une personne qui aurait été possédé au moment de l’ouverture de la première brèche, pourrait être encore en vie ?

- Tout dépends de son âge au moment de la possession, répondit Rosebury.

- Estimons que cette personne a dans les quinze ans, de nos jours.

- Alors elle aurait été possédée a… commença à calculer Riley, huit ans et des brouettes. C’est une estimation, hein

- Mais ce serait possible, affirma Haziel.

- Parfaitement plausible oui, accorda Rosebury.

Le Cavalier se laissa tomber sur le dossier de sa chaise. Cette gamine disait donc la vérité. Il avait besoin d’être seul afin de se remettre les idées en place concernant cette adolescente qu’il avait croisé. Pourquoi rester caché tout ce temps ? Pourquoi Ektra avait-il peur d’eux ? Haziel devait à tout prix retourner la voir afin d’obtenir toutes les réponses à ses questions.

Il remercia les deux Docteurs pour ces précieuses information puis quitta le mess. En se dirigeant vers les locaux du septième escadron, il se sentit de nouveau faible, la vue trouble accompagné par cette sensation de vertige désormais bien connue. Il se dépêcha d’aller s’assoir contre la porte d’entrée des locaux avant de fermer les yeux.

En les ouvrant de nouveau, son souffle se coupa et il commença à paniquer. Un grand espace sombre se dressait devant lui. Il n’était plus du tout au camp. Haziel se tourna et se retourna, tentant désespérément de retrouver où il était. Sa respiration se calma soudainement lorsqu’il comprit enfin ; une chambre noire. Il fit volteface une nouvelle fois et Rita apparu devant lui, accourant vers Haziel à toute vitesse, paniquée.

- Rita, est-ce qu’on est…

- Dans ma chambre noire oui, coupa-t-elle. Je dois absolument de prévenir. Ne les laisse pas me capturer, c’est ce qu’il veut !

- Quoi ? Tu parles d’Ektra ?

- Je n’ai pas beaucoup de temps, je prends des risques en te faisant venir !

Elle commençait à disparaitre, comme s'évanouissant dans les airs. Elle le supplia une dernière fois et sa voix résonnait comme un écho dans cette pièce.

- Ne les laisse pas m’emmener là-haut, pria-t-elle en s'effaçant.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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