31.1

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Lilly revint dans le bureau du Général Amador, sur Terre, sourire gêné aux lèvres, se sentant misérable d’avoir dû mentir de la sorte à son équipier, pour qu’il revienne. Elle rendit compte qu’elle avait pu contacter Haziel et qu'il avait pris la décision de rentrer. Le Général et son Capitaine échangèrent un regard interrogé, se demandant comment elle avait pu le convaincre aussi vite.

- Je lui ai simplement dit que Riley avait trouvé un moyen de sauver Rita, expliqua-t-elle remarquant la perplexité sur le visage de ses supérieurs.

- Tu lui as dit qu’on la sauverait ? s’étonna Andrew. Tu es devenue complètement folle ? On n’en sait rien !

- Vous vouliez qu’il revienne Capitaine non ? C’était le seul moyen, affirma la jeune Cavalière en balayant la remarque cinglante de son supérieur d'un signe de la main.

Amador lâcha un rire moqueur, étonné par la fourberie de cette recrue. Elle se tourna vers son officier qui semblait désormais bien plus pensif, fronçant les sourcils. Il commença à se frotter le visage. Faire revenir Haziel constituait la partie la plus simple du plan.

- Maintenant qu’on a Haziel, comment procède-t-on pour capturer Ektra ? interrogea le Capitaine Aleysworth.

Lilly haussa les épaules, n'ayant aucune réponse à apporter. Sa mission était simplement de faire revenir son équipier le plus rapidement possible. Le reste incombait aux officiers, bien plus qualifiés qu'elle dans le domaine.

Le Général garda cependant le silence, se plongeant dans la réflexion. Aucun d’entre eux n’avait d’ébauche de plan en tête afin de fournir à Riley Scarola ce dont elle avait besoin.

Après un certain temps de cogitation la Cavalière se risqua à lever la main. Il fallait bien que quelqu'un se lance et d'après ce qu'elle constatait, personne dans ce bureau ne comptait émettre une idée.

- J’ai peut-être un début de quelque chose, mais cette idée va nécessiter la présence d’énormément de monde. Peut-être la Cavalerie toute entière, se risqua-t-elle à expliquer.

- Nous n’avons rien pour le moment, alors foutu pour foutu... On vous écoute Jones, concéda Amador en soupirant.

Lilly s’approcha d’une carte projetée sur l'écran du bureau du Général et pointa un endroit. Cette zone se trouvait être la place sur laquelle le bâtiment scientifique de la première brèche avait été réduit en poussière. Désormais laissé à l'écart par les sans-visages et par la Cavalerie, il ne devait rester plus que des ruines de ce bâtiment.

- C’est une immense place, entourée de grands immeubles. Il n’y a pas plus dégagé que là. Si nous arrivions à attirer Ektra ici, nous pourrions lui tomber dessus depuis toutes ces hauteurs, proposa-t-elle en pointant lesdites hauteurs sur la carte.

- Ton idée n’est pas stupide, si tu oublies le fait qu’Ektra a constamment une horde d’Exos et de sans-visages à ses trousses, compléta Andrew. Et nous savons maintenant que les sans-visages peuvent tuer instantanément.

- Capitaine, avec une opération pareille, il y aura forcément des pertes dans les rangs, révéla Amador. Nous comptons nous attaquer à leur chef, je vous rappelle. Ils ne se laisseront pas faire. Nous ne pouvons malheureusement pas éviter un bain de sang. De plus, nous avons désormais des armes pouvant exterminer les sans-visages.

Cette affirmation jeta un froid dans le dos des deux officiers. Cette mission allait s’avérer être un véritable coup dur pour la Cavalerie. Beaucoup de soldats y resteraient, sans aucun doute.

- C’est pour ça que plus nous avons d’escadrons disponible pour cette opération, mieux ce sera, reprit Lilly.

- Est-ce qu’il est possible qu’Ektra sente notre présence ? s’interrogea Andrew. Avant même qu’on ne se montre ?

- Normalement, et de ce que nous a expliquer le Docteur Scarola, Ektra peut sentir uniquement la présence d’Haziel, annonça Amador. Nous devrions être tranquille de ce côté.

- OK mais encore autre chose, comment peut-on s’assurer qu’Haziel va réussir à le faire venir ? Ou qu’il n’expliquera pas à cette soi-disant Rita qu’il voit ce que nous avons en tête ? S’il fait ça, Ektra sera au courant.

- Le Cavalier Jones soulève deux points essentiels, avoua le Général en s'enfonçant dans son fauteuil les bras croisés.

- Dans tous les cas c’est une mission suicide, qui va mal se terminer pour nous, alors qu’il soit au courant de la supercherie ou non ne change rien. Ektra veut contrôler Haziel, il aura plusieurs soldats à posséder pour ses troupes et également l'occasion de rayer une bonne fois pour toute l'escadron Suicide et la Cavalerie de la carte. Il viendra c’est sûr. L'offre est beaucoup trop alléchante.

Lilly resta sans voix. Dans cette opération, son Capitaine ne se souciait que d’une chose ; sa réussite. Le fait que son subordonné allait prendre des risques énormes il s’en fichait éperdument. La jeune Cavalière ne s’était pas rendu compte que leurs relations étaient devenues aussi tendues.

Par la suite, les trois Cavaliers commencèrent à monter un plan qui leur paraissait de bonne qualité. Cependant, avec Ektra ils pouvaient s’attendre à n’importe quel revirement de situation. Dans tous les cas, la Cavalerie perdrait des membres. Avant de lancer l’opération, les soldats du Général Amador devaient bien se rendre compte de la possibilité de ne jamais revenir.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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