30.3

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Haziel arriva de nouveau sur ce point, où il avait cru halluciner. À première vue, il ne remarqua aucune présence ennemie dans les environs. Il avait cependant une impression étrange, comme si un sans-visage se trouvait dans les parages. Cette sensation, bien trop familière, n'inspirait jamais rien de bon. Il ne pouvait pas faire comme s'il ne sentait rien. Ce qui lui parut tout de même curieux. Jamais un de leurs ennemis ne se déplaçait sans Exos. Et autour de lui, il n’y en avait aucun.

Le Cavalier entra dans le bâtiment que Rita lui avait indiqué. Il devait trouver ici quelque chose dont Ektra avait peur. Était-ce cette femme qu’il avait discerné au travers d’une fenêtre ? En quoi était-elle capable de détruire leur plus grand ennemi ?

En arpentant les différentes pièces de l’appartement où il se trouvait, il eut de plus en plus cette impression de présence quelque part, non loin de lui. Cette essence s’approchait de lui. Haziel comptait bien la laisser l’atteindre pour qu’elle se comprenne qu’il n’était pas un danger. Il sentit alors un couteau se glisser sous sa gorge, un souffle chaud lui caressa le haut du dos.

- Es-tu un sbire d’Ektra ? interrogea la personne qui s’était glissée dans son ombre.

Haziel attrapa le poignet de la femme derrière lui et réussi à reprendre le dessus. Il tenait désormais son attaquante par le cou, gardant dans l’autre main son poignet, le serrant si fort qu’elle lâcha son couteau.

- Je suis ici pour tuer Ektra, lui murmura-t-il à l’oreille.

Il poussa l’assaillante violemment en avant et elle fit quelques pas maladroit, manquant de trébucher. Elle se retourna et serra les dents, déçue d’avoir perdu l’avantage. Haziel se retrouva en face d’une jeune adolescente aux long cheveux blonds, noués en une longue natte, entremêlées dans des bandes de tissus et quelques plumes.

Elle fronça soudainement les sourcils et commença à grogner, adoptant cet air enfantin comme une gamine en plein caprice. Elle portait à la cuisse une dague aiguisée et plusieurs petits couteaux, accrochés à des lanières autours de son buste. Haziel remarqua que ces lames constituaient sa seule arme. Son débardeur était sali par la terre et son pantalon troué aux genoux. Ses bottillons en cuirs étaient également très abimés. Son visage rond et enfantin arborait également des traces terreuses et sa peau claire laissait penser qu'elle ne voyait que très peu la lumière du jour. Paradoxal, pour quelqu'un qui semblait vivre dans ces ruines, constamment exposées au soleil.

Haziel se demanda immédiatement comment une jeune adulte comme elle, avait pu survivre seule ici tout ce temps, avec seulement quelques couteaux. Qui plus est, comment connaissait-elle Ektra ?

- Tu ne peux pas le tuer, affirma-t-elle d'une voix qu'elle tentait de faire paraitre grave.

- Parce que tu m’en empêcheras ? se moqua Haziel.

- Non, mais tu n’as pas ce qu’il faut.

- Comment tu peux le savoir ? Tu es une gamine complètement perdue ! Tu as quoi quinze ans ? plaisanta le Cavalier.

Irritée par cette réflexion, elle attrapa un nouveau couteau et le lança dans la direction d’Haziel dans un geste très vif. Surpris par la violence de cette agression, il n’eut cependant aucun mal à le rattraper, avant qu’il n’atteigne le milieu de son front.

- Je ne suis pas une gamine, mon réceptacle l’était. Et je suis loin d’être seule. Et toi comment arrives-tu à faire ce que tu fais ?

Haziel s’interrogea en lâchant le couteau. Son réceptacle ? De quoi parlait-elle ?

- Tu pus le sans-visages, mais je ne ressens la présence d’aucun d’entre eux à l’intérieur, expliqua-t-elle ensuite.

Le Cavalier hésita à répondre. Cette jeune fille avait-elle été aussi posséder par un sans-visage ? Ce qui lui permettait de sentir sa présence. Tant de questions fusaient dans l'esprit d'Haziel. Cependant, en étant parfaitement honnête avec cette femme, il pensait obtenir toutes les réponses à ses questions en retour.

- J’ai été possédé, il y a deux ans, par un sans-visage et je lui ai fait sa fête, il est mort. Maintenant, à toi de répondre à mes questions. Comment peux-tu savoir que je ne pourrais pas tuer Ektra ?

Dayi avait sa réponse. Cet homme n'était pas un sbire d'Ektra. La raison de son aura était simplement dû à cette possession, dont il s'était défait. Elle décida finalement de répondre à ses questions, en toute honnêteté. Peut-être aurait-il du mal à la croire au premier abord ? Pourtant, elle ne pouvait pas laisser passer cette chance de se trouver un nouvel allié.

- Nous sommes les seuls à pouvoir l’arrêter.

- Et vous attendez quoi pour le faire ? s'énerva-t-il.

- Nous ne pouvons rien faire pour vous. Ce n’est pas notre combat. Nous n’avons pas le droit d’interférer.

- Ektra a pris le contrôle d’une personne qui m’est très chère et si je dois te torturer pour savoir comment le buter je n’hésiterai pas une seule seconde !

Dayi eut un moment d’hésitation alors qu’elle s’apprêtait à attraper un autre couteau, afin d'assurer sa sécurité. Cet homme venait de faire un pas en avant et semblait perdre tout contrôle, lorsqu'il évoqua le réceptacle d'Ektra. Elle fit un pas en arrière et se plaça en position de combat. Au même moment, elle remarqua la peur et la colère se dessiner sur le visage du Cavalier. Il prenait très à cœur cette histoire avec leur ennemi.

Elle avait vu le nouveau réceptacle d’Ektra. Cette femme était d’une beauté époustouflante et déroutante à la fois. Qui plus est, son bras droit était impressionnant et représentait une arme terrifiante.

- Tu aimes cette femme, pas vrai ?

- Plus que tout au monde, souffla-t-il en se détendant quelques instants.

- Eh bien tu es stupide ! s’énerva-t-elle en rangeant son couteau. Désolée pour ton amie, mais tu ne peux plus rien faire pour elle. Ektra est beaucoup trop puissant.

- Je n’en peux plus d’entendre constamment ce genre de réponses ! Je l'ai fait, je me suis défais de l'emprise d'un sans-visage. Elle est là, je le sais, c’est elle qui m’a pointé cet endroit sur la carte ! Affirmant qu’ici, je pourrais trouver quelque chose dont Ektra a peur, quelque chose qui pourrait le détruire.

- Ektra sait où nous sommes ? questionna Dayi en commençant d'ores et déjà à paniquer.

Haziel eut un mouvement de recul, ne comprenant pas la question, pensant également qu’il allait faire fuir cette jeune demoiselle. Effectivement, si Rita lui avait indiqué cette position sur la carte, l’information venait forcément de l’esprit d’Ektra. Le Cavalier remarqua soudainement la peur qui se dessina sur le visage de la jeune femme.

- De toute évidence oui ! Sinon je ne serais pas là !

- Alors tu dois partir. Pour notre sécurité à tous, assura-t-elle en quittant la pièce.

- Je ne partirai pas ! s’écria Haziel en la poursuivant. Pas tant que tu ne m’auras pas expliqué comment tu peux savoir tant de chose sur Ektra, et pourquoi il a peur de toi !

Il marqua une pause alors qu’elle se retourna en levant les yeux au ciel.

- J’ai besoin de réponses ! De comprendre comment je peux ressentir ta présence ! Alors que de toute évidence, tu n'es pas un sans-visage et encore moins un possédé !

- Eh bien, quelque part si, je suis un possédé, avoua-t-elle.

Un profond trouble prit forme sur le visage du Cavalier. Dayi soupira, s’auto-flagellant d’en avoir déjà trop dit. Autant tout raconter à ce Cavalier, il ne la lâcherait pas de sitôt.

- Lors de l’ouverture de la toute première brèche, commença-t-elle, nous étions très excités à l’idée de prendre place dans un nouveau monde. Cependant, lorsque nous nous sommes rendu compte que ce monde était habité, il y a eu des désaccords dans nos troupes.

- Attends, je te coupe. Tu n’arrêtes pas de dire nous mais tu parles des sans-visages ?

- Tout à fait. Contrairement à Ektra, je fais partie des sans-visages qui ont refusé de participer à l’extermination de votre race.

Accablé par une telle nouvelle, Haziel resta sans voix quelques instants, tentant tant bien que mal de digérer cette révélation. De ce qu’il comprenait, un sans-visage habitait le corps de cette fillette depuis l’ouverture de la première brèche. Par conséquent, elle se révèlerait avoir dans les trois cents ans.

La radio du Cavalier grésilla et l’extirpa de ses pensées.

- Haziel, c’est Lilly tu me reçois ?

Haziel n’y prêta pas tout de suite attention, toujours pétrifié. La jeune femme se racla la gorge alors que sa radio continuait de grésiller afin de signaler cet appel. Il attrapa le combiné dans sa poche et l’approcha de sa bouche.

- Je te reçois cinq sur cinq, Lilly.

- Tu dois absolument rentrer.

- Je ne peux pas, j’ai bien plus important à faire actuellement.

- Écoute, Riley à trouver un moyen de sauver Rita, mais pour ça on a besoin de toi pour attirer Ektra.

De nouveau, Haziel fut à court de mots. Il releva le regard vers la vagabonde tout en confirmant à Lilly son retour.

- Je dois partir, expliqua-t-il.

- Vous faites une grave erreur en vous attaquant à lui. Jamais vous ne pourrez gagner, il est beaucoup trop puissant.

- Vu que tu n'as pas l'air décidé à nous aider, il faut bien qu'on fasse sans toi !

- Il va tous vous tuer, vous ne faites pas le poids.

- Du moins, il va essayer. Mais je serais très bientôt de retour, parce que ton histoire de rébellion interne, j’ai vraiment envie de l’entendre !

- Tu ne dois parler à personne de notre existence ! s'énerva la jeune fille. Ektra nous exterminera tous. Et les tiens, nous ne savons pas comment il réagirait en apprenant la vérité sur nous.

- Je ne dirais rien à personne, mais en échange, tu devras tout m’expliquer, en détail, quand je reviendrais.

La nomade acquiesça à contre cœur, entendant d’ores et déjà les remontrances de Lucia. Le Cavalier quitta ensuite rapidement l’appartement avant de retourner à son camp.

Ces soldats se lançaient dans une mission purement suicidaire. Dayi mourrait d’envie de les en empêcher ou d’intervenir pour les aider, mais ce n’était pas son rôle, ou celui des siens. Elle avait déjà dépassé les limites en entrant en contact avec cet homme ou même en faisant diversion pour le permettre de fuir. Ils avaient réussi à rester discret jusqu’à présent, cachés durant tous ces siècles. Il était hors de question que ses envies personnelles de sauver tout le monde mettent en péril leur havre de paix.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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