28.4

3 minutes de lecture

Lilly attendait depuis de longues heures dans sa chambre, avec pour seule compagnie ce silence pesant et terrifiant. Elle n’osait pas s’endormir, par peur de ne pas trouver le sommeil, ou que celui-ci soit gâché par un nouveau cauchemar. Elle décida de passer en tenue de sport et d’aller s’entraîner, espérant qu’une séance de renforcement musculaire et de cardio guérisse un peu son cœur brisé. Owen et sa bonne humeur lui manquait terriblement. Son visage radieux ne cessait de lui coller à l’esprit, comme un rappel de son inaction lors de sa mort.

La Cavalière quitta sa chambre et prit une profonde inspiration afin de contenir ses émotions. Elle passa devant la porte fermée de son supérieur et s’arrêta. Elle jeta un coup d’œil à l’horloge et remarqua qu’habituellement, il était l’heure pour eux d’aller s’échanger quelques coups. Elle commença à penser qu’il en avait besoin, afin d’évacuer sa colère et de se changer les idées, lui aussi. Alors qu’elle frappa à la porte, elle espérait seulement que sa pommette survivrait à l’affrontement.

Ce dernier ouvrit, en pyjama, prêt à aller se coucher, de toute évidence. Il fronça les sourcils en voyant Lilly en tenue de sport et se souvint de leurs entraînements.

- Capitaine, c’est l’heure, annonça la Cavalière.

- Désolé. Pas d’entraînement ce soir. Je n’ai pas la tête à ça, répondit-il, froidement.

Il commença à refermer la porte. Au dernier moment, Lilly passa son pied. Elle baissa les yeux alors que son supérieur soupira en la rouvrant, légèrement irrité par son insistance.

- Quoi ? s’agaça-t-il.

- Je peux vous poser une question ?

- Euh, ouais, vas-y.

- Capitaine, est-ce que vous m’en voulez ? demanda-t-elle, hésitante.

- Pourquoi je t’en voudrais ? s’étonna son supérieur.

- De ne pas avoir tiré, d’avoir désobéi à vos ordres, ou de vous avoir menti, entre autres. Dis comme ça, je me demande vraiment pourquoi vous n’avez toujours pas demandé de sanction.

Andrew soupira et leva les yeux au plafond en s’appuyant contre l’embrasure de la porte. Il haussa les épaules, prenant quelques secondes pour réfléchir.

- Non, je ne t’en veux pas. Pourquoi tu crois ça ? Des erreurs on en fait tous.

- Eh bien… Quand je vois comment vous êtes en colère après Haziel…

- Toi, tu es jeune en service. Haziel est un ancien, coupa-t-il. Nous nous connaissons depuis des années et j’ai du mal à concevoir qu’il ne se soit pas confié à moi sur ce qu'il traversait, alors que ça concernait ma propre soeur, en plus. Je lui en veux, parce qu’il nous a toujours dis que la Cavalerie était tout ce qu’il avait. Et pourtant, il n’a pas hésité à nous laisser tomber. Résultat, Owen est mort.

Lilly acquiesça gravement, comprenant enfin. Elle passa ses mains dans son dos et ses doigts s’entremêlèrent les uns dans les autres. Elle sentit monter quelques larmes et baissa de nouveau les yeux afin de les reprimer, où qu'elles ne se voient pas.

- C’est bon ? Tu as la réponse à ta question, je peux y aller ?

- Vous êtes sûr que vous ne voulez pas aller vous entraîner ?

- Lilly, j’ai besoin d’être un peu seul, ce soir.

La Cavalière hocha la tête et rebroussa chemin pour retourner dans ses quartiers. Alors que son supérieur retourna dans sa chambre, elle fit volteface.

- Mais moi j’ai peur d’être toute seule ! sanglota-t-elle, en proie à un début de crise de larmes.

La porte s’ouvrit de nouveau et Andrew, dubitatif, revint dans l’entrée. Il fronça les sourcils en remarquant le désarroi de sa jeune subordonnée. Il avait perdu tellement de monde autour de lui qu’il en oubliait l’effet que procurait le décès d’un être cher. Il soupira et serra les dents, ne sachant pas vraiment comme gérer la peine de sa subalterne.

Il arrêta de réfléchir et s’avança vers elle, alors qu’elle sanglotait, mais tentait de contenir ses larmes. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, mais je ne suis pas un connard, pensait-il. Hésitant, il prit Lilly dans ses bras et la serra contre lui. La jeune femme éclata en sanglots et commença à trembler, pleurant la perte d’un collègue et ami. Devant tant de larmes, Andrew sentit également monter en lui quelques sanglots. Il les réprima, afin de rester, aux yeux de Lilly, le Capitaine fort qui ne fléchissait pas. Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? se demandait-il, alors qu’il se sentait profondément touché par le bouleversement de sa subordonnée.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

Les chaînes résistent. Les tyrannies ne s'éteignent pas si facilement.

Horis Saiden croyait avoir trouvé sa voie. Jamais il n'a pourtant été aussi perdu.

Nafda a éliminé bon nombre d'ennemis de l'Empire Myrrhéen. Sa quête d'assassin ne fait pourtant que débuter.

Docini Mohild n'endosse plus fièrement son nom. Elle ignore même pour quelle cause se battre.

Jizo imaginait avoir reconquis sa liberté. Aujourd'hui il s'aperçoit qu'il a encore tant de raisons pour lesquels lutter.

À l'ouest, Oranne Abdi, marchande et diplomate de renom, entreprendra la mission la plus risquée de sa vie.

Au nord, Fliberth Ristag assume les conséquences de ses décisions risquées.
21
49
42
352
Cornedor
Avant, Blanche et Cornélia n’avaient guère de soucis à gérer, mis à part leur chat galeux mangeur de patates.
Mais lorsqu’un bel inconnu leur confie une petite créature noiraude aux yeux pourpres, c’est la fin de leur tranquillité.
Petit à petit, d'autres êtres étranges se mettent à graviter autour d'elles, se glissent dans leur monde et dans leur quotidien ; comme ce lièvre mangeur de chair, aux ailes de perdrix et aux bois de daim.
Ou ce dragon au plumage de coq, mutilé avec cruauté.
Ou encore cet homme aux écailles translucides et à la beauté impérieuse...

L'exode est proche. Un convoi se prépare.

En feront-elles partie elles aussi ?


[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
381
834
708
272
Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
558
439
521
301

Vous aimez lire Teresa Rey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0