27.3

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Lilly récupéra son épée et son casque se déploya de nouveau. En quittant le local, elle se lança à la recherche du reste de son escadron. Elle suivit le point sur la carte et, au bout de quelques minutes, arriva au bon endroit. Elle s’arrêta sur un toit un peu plus haut que celui où se trouvait ses collègues. Elle eut tout d’abord du mal à comprendre la scène qui se déroulait devant elle.

Aucun Exo autour de la position d’Owen et Ezra. Cependant, l’un d’eux semblait être en train de se battre contre quelqu’un, alors que l’autre tentait péniblement de se relever, blessé. Elle reconnut Ezra comme étant le blessé et Owen le combattant. En face de lui, dans son armure flamboyante et brandissant sa lame courte, Lilly n’eut aucun mal à identifier la Main de Dieu. Malgré son efficacité au combat au corps à corps, Owen semblait acculé, ne pouvant que repousser les attaques puissantes de son ennemi.

Lilly rangea son épée. Ses collègues étaient en danger, elle devait donc entrer rapidement en action pour les aider. Elle décrocha son arme à feu de son dos et de nouveau se positionna pour prendre le tir. Elle plaça son œil dans le viseur. La vue était complètement dégagée et lui procurait une visée parfaite.

Elle avait l’opportunité de mettre un terme au règne d’Ektra, à ce moment précis. Son doigt se raidit sur la détente, elle retint son souffle, puis hésita quelques instants et relâcha sa visée. Elle avait l’impression qu’une force étrangère l’empêchait de presser la queue de détente, comme si, même à des dizaines de mètres, Ektra arrivait à la contrôler. Lilly avait également quelques scrupules à tirer sur cette légendaire Cavalière. Haziel ne pourrait jamais lui pardonner d’avoir neutraliser la femme qu’il aime. Cependant, Rita Aleysworth n’était plus là, elle devait s’en souvenir, son Capitaine le leur avait assez répété. Cette femme avait tenté de la tuer, quelques jours plus tôt. Peut-être que ces apparitions auprès d’Haziel n’étaient qu’un coup monté, orchestré par Ektra pour les mener en bateau.

Il y a quelques jours, elle n'aurait pas pris la peine de dégainer son arme longue. Laisser ses compagnons mourir sous les coups de la Main de Dieu aurait constitué un excellent moyen pour faire du mal à Andrew Aleysworth. Ce jour-là, elle se devait de les protéger, dès qu'elle le pouvait. Peu importe l’identité de celui qui passait dans son viseur.

Elle repositionna son regard dans l’œilleton. Son souffle se coupa soudain devant l’horrible scène qui se déroula, sous ses yeux. Le combat avait cessé, Ektra ne bougeait plus, sa lame pointée devant lui vers le ciel, traversant le corps d’Owen Miller, qui ne touchait plus le sol. Ses mains enserraient le poignet de son ennemi. Dans la lunette, elle n’eut aucun mal à se rendre compte qu’il rendit son dernier souffle. Ses bras tombèrent le long de son corps et Ektra retira sa lame. Lilly put entendre le cri d’Ezra résonner jusqu’à sa position, alors que le corps sans vie du Cavalier heurta lourdement le sol. Ezra tenta de se relever pour attaquer à son tour la Main de Dieu, mais il semblait beaucoup trop blessé pour faire quoi que ce soit. Elle put voir Ektra passer sa main sur la lame pour la nettoyer grossièrement, tout en entamant sa marche lente vers le second Cavalier.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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