27.1

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Haziel avait enfin rejoint son point, loin de ces Exos qui avaient tenté de le pourchasser. Il put souffler un peu. Il avait quitté le camp tellement rapidement qu’il en avait oublié de se renseigner sur les zones actuelles à éviter. Il progresserait donc à l’instinct. De toute façon, ressentant la présence des sans-visages dans les environs, il n’aurait pas de mal à rester à l’écart de tous problèmes.

Son départ constituait sa seule et unique option, malgré les dangers que cette idée représentait. Il devait partir pour la sécurité de tous, mais également pour retrouver Ektra, lui faire la peau, et tenter de ramener Rita à la maison.

Haziel posa son sac et déballa ses affaires. Il avait récupéré une carte et un stock conséquent de munitions. Heureusement qu’il n’avait pas besoin de manger ou de boire pour survivre, la place lui aurait manqué pour caser assez de nourritures pour son périple. De plus, il avait manqué de temps pour le départ, au risque de croiser son capitaine, qu’il soit obligé de lui expliquer le plan de Lilly, et qu’il essaie de l’en dissuader.

En ce moment-même, Andrew avait dû découvrir la supercherie et Lilly devait en prendre pour son grade. Heureusement qu’elle avait réussi à trouver une excuse pour qu’il puisse avoir l’autorisation du Général de sortir seul. Il n’aurait jamais pu quitter le camp sans son aide. Son escadron devait être en train d’attendre patiemment son premier compte rendu.

Alors qu’il venait de faire un tour d’horizon rapide pour explorer les environs et les sécuriser, il déplia la carte sur le sol et explora ses possibilités. Il connaissait plus ou moins les zone d’affluence des sans-visages et des Exos. C’était sur ces points-là, qu’il avait des chances de trouver Rita. En revanche, c’était également ces zones qui seraient difficile d’accès.

Pour l’instant, il devait se faire petit, comme lui avait demandé Rita. Récolter des informations sur le potentiel plan d’Ektra et rendre compte à ses supérieurs, afin d’établir une stratégie. Au moment où il se décida à aller explorer un point, il commença à avoir la tête qui tourne et une envie irrépressible de s’endormir. Il comprit ce qui était en train de se passer. Il s’adossa contre le mur, en prenant soin de dégainer l’une de ses épées, puis il ferma les yeux.

De nouveau, il les rouvrit et le jour avait laissé place à une obscurité profonde. Toujours dans cet appartement poussiéreux et désert depuis de longs siècles, en face de lui se trouvait une fois de plus Rita, agenouillée au milieu de la pièce. Haziel posa son épée au sol et se redressa. La Main de Dieu secoua la tête et semblait exaspérée.

- Pourquoi tu es parti ? soupira-t-elle.

- Tu m’as dit que j’étais un danger pour la colonie, alors je suis parti !

- Je t’ai juste demandé de rester loin d’Ektra.

- Je suis loin de lui, là.

- Seul, tu es vulnérable.

- Seul, au moins, je ne risque pas de faire du mal à qui que ce soit, involontairement, encore une fois.

Rita s’agrippa les cheveux et secoua la tête. Cette situation la rendait complètement folle. Si Haziel ne se dépêchait pas de passer à l’action, il allait réellement la perdre pour toujours. Le Cavalier se rendit compte qu'elle était grandement perturbée. Il se sentait complètement inutile et ne supportait pas ce ressentiment.

- Dis-moi où tu es ?

- C’est hors de question Haziel. Tu ne dois pas t’approcher de lui.

- Et je fais comment pour te venir en aide ?

- Il n’a jamais été question de me venir en aide !

- Oh parce que tu croyais que j’allais te laisser comme ça, contrôler par un sans-visage, après avoir passé deux ans à m’en vouloir et à me demander qu’est-ce que j’aurais pu faire autrement ? Mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête Rita ?

Elle ne sut quoi répondre. Il est vrai que ça faisait deux ans qu’elle ne l’avait pas vu. De l’autre côté de la brèche, le temps était passé si rapidement que, pour elle, uniquement quelques jours s’étaient écoulés. Elle n’avait jamais pensé au vide qu’elle avait laissé après son départ, et aux questions qui avaient dû hanter Haziel et son frère. En réalité, elle ne pensait pas qu'elle aurait l'occasion de se les poser.

- Il n’y avait pas d’autre solution. Tu le sais très bien. Après Lyn, Treis, le Capitaine et Armin, je ne pouvais pas les laisser te prendre toi et Andy. Elle allait vous tuer ! Et la brèche serait restée ouverte.

- Tu n'aurai jamais dû sauter dans cette brèche Rita ! vociféra Haziel.

Rita se stoppa et plongea son regard dans le sien. Le corps de son équipier semblait trembler de colère, de peur, ou de tristesse. Elle se rendait seulement compte du mal qu'elle lui avait fait. Haziel avait souffert, encore plus que lors de son procès.

Elle s'approcha de lui et l'enlaça en s'excusant. Son souffle chaud sur le haut de sa tête et les battements de son cœur lui procurèrent une sensation de bienêtre immédiat. Elle voulut rester blottit contre lui jusqu'à la fin de ses jours. Sa chaleur corporelle lui avait tellement manqué. Haziel, surpris de pouvoir de nouveau enlacer son équipière, l’entoura de ses longs bras et la serra contre lui, espérant ne jamais la laisser repartir.

- Haziel, il n'y avait pas d'autres solutions. Je suis désolée de vous avoir abandonner, toi et Andy, mais je n'avais pas d'autre choix, si je n'avais pas pris cette décision, qui l'aurait prise ? Personne.

- Je ne veux pas continuer sur le sujet, pour le moment. Tu as fait ce que tu jugeais être le mieux pour tout le monde. Maintenant, laisse-moi être le suicidaire, laisse-moi t'aider.

Rita esquissa un sourire. Ce dernier disparut soudain et elle leva les yeux vers le plafond, inquiète. Perturbée par un élément, elle se détacha du Cavalier. Haziel comprit qu’elle n’allait pas tarder à disparaitre, mais à la place, elle recula de quelques pas et commença à tourner sur elle-même, comme si elle cherchait quelque chose, la provenance d’un son. Il lui demanda ce qui n’allait pas, et elle lui fit signe de se taire.

- Qu’est-ce qu’ils font là ? Haziel, il va les tuer, tu dois aller les aider !

- Quoi ? Mais aider qui ?

- Owen Miller et Ezra Aguilar.

Le corps d’Haziel se raidit en entendant les noms des membres de son escadron. Il questionna Rita pour avoir plus d’information, mais elle se calma et baissa les yeux vers son équipier. Elle lui donna sa position et à peine elle eut le temps de terminer sa phrase qu’elle disparut dans un coup de vent. Haziel revint à lui-même, avec dans la tête la localisation d’Ektra et de son escadron.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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