26.3

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En arrivant à la clinique, ce matin-là, le Docteur Rosebury n’arrêtait pas de se repasser les derniers évènements en date, concernant son patient le plus étrange : Haziel Eldred. Cette Cavalière, Lilly Jones, avait sous-entendu qu’il ne savait pas du tout ce qu’il faisait le concernant. D’un certain point de vue, elle n’avait pas tort mais Yan Rosebury ne l’admettrait jamais. Il devait impérativement trouver un moyen de remonter dans l'estime de ses subalternes de la clinique, bien trop au courant des rumeurs qui circulait concernant ce dossier médical et son incompétence à le gérer.

Les suivis médicaux des soldats de la Cavalerie étaient gérés par le Docteur Rosebury et uniquement lui. Il ne supportait pas le fait de n'avoir aucun contrôle sur le Cavalier Eldred et aucune information le concernant. Il devait impérativement remédier à ce problème.

Il ne connaissait qu’une seule personne bien au clair avec la constitution de ce Cavalier et qui continuait les recherches sur lui. Cependant, le Docteur Rosebury ne la considérait pas qualifiée pour s’occuper de son dossier. Sa mission était donc de réussir à convaincre Riley Scarola de lui confier la gestion du cas Eldred, ainsi que toutes les recherches en cours le concernant.

En arrivant dans son bureau, au fond de la clinique, le Docteur s’installa derrière son ordinateur et contacta le laboratoire de sa consœur. Tout comme le Général Amador, il détestait par-dessus tout devoir échanger avec cette femme et son éventail de réflexion cinglante. Il possédait cependant un avantage celui de n’avoir aucun compte à rendre à cette femme, contrairement au Général de la Cavalerie, dont les différentes opérations dépendaient entièrement de son travail sur les exo-combinaisons. Ses remarques cyniques promettaient de le mettre de mauvaise humeur pour toute la journée. Cette femme avait le don de mettre n'importe qui en colère, rien qu'en se montrant ou en saluant quelqu'un, les rares fois où elle le faisait.

Lorsque le visage de l’ingénieur apparut à l’écran, immédiatement le Docteur Rosebury se sentit sortir de ses gonds, alors qu'elle n'avait pas encore prononcé un mot. Cet échange promettait d’être palpitant.

- Ça y est, tu viens d’excuser de ton incompétence concernant Haziel Eldred ?

- Et si tu attendais d’écouter ce que j’avais à dire avant de commencer directement à être odieuse ?

- Tu me soûles dès le matin toi, t’es vraiment insupportable !

Riley, irrité par la voix de cet homme, lui laissa une chance de parler. De toute façon, si elle décidait de ne plus vouloir échanger avec lui, elle n'aurait qu'à mettre la vidéo en sourdine et passer à autre chose. Rosebury verrait toujours son visage, mais elle ne ferait qu'acquiescer de l'autre côté, sans réellement l'écouter. Il lui arrivait de le faire avec le Général Amador et cette dernière ne s’en était pas encore aperçue. Ce que son confrère avait à dire était forcément inintéressant, mais elle avait du temps à tuer pour le moment.

- Les seuls fois où tu m’appelles c’est pour me demander quelque chose, alors qu’est-ce que tu veux cette fois-ci ? questionna finalement Riley.

- Il faut que tu m’envoies le dossier complet d’Eldred, ordonna Rosebury.

- Qu'est-ce que tu as encore foiré le concernant ? Il y a encore un truc qui ne va pas avec lui ou tu comptes juste faire des tests louches sur ce pauvre Cavalier ?

- Bien sûr que quelque chose ne va pas avec lui ! s’écria le médecin. Sa physiologie a totalement été transformé, je me dois de comprendre ce phénomène et trouver comment le soigner !

- Tu te dois de quoi ? Tu te sens investi d'une mission divine ou quoi ? Haziel n’est pas malade, Rose.

- Tu ne crois pas qu’il aimerait redevenir qui il était avant sa possession ? Un humain rien de plus normal ?

- J’était pourtant persuadé que les hautes sphères voudraient reproduire le phénomène afin d’avoir toute une armée de super Cavaliers !

- Je m’en contrefous de ce que veulent les hautes sphères. Ce type n’est pas normal. Il faut que je trouve comme inverser sa condition.

- Tu n'as aucune idée de quel était son état à son entrée dans la formation militaire. Son surnom ? La brindille. Et maintenant ? C'est une arme de guerre. Crois-moi, Haziel est très bien comme il est et il compte bien le rester ! Si tu penses le contraire, c'est que tu le connais très mal. De toute façon, je ne vois même pas pourquoi je discute de ça avec toi, Haziel Eldred est mon cas clinique pas le tient !

Parfaitement sûre de ce qu’elle affirmait, en face d’elle le Docteur Rosebury ne parut pas convaincu. Pour lui, Haziel était une anomalie physiologique qui devait être corrigée. Il pensait être le seul capable d’un tel exploit et s’investissait de cette mission : comprendre entièrement ce phénomène, dont il était victime, et si possible, inverser la tendance.

- Tu n’es plus en mesure de t’occuper de lui, tu ne l'as même jamais été ! Pourquoi tu ne rends pas les choses faciles ? questionna Yan Rosebury.

- Et tu te trouves qualifier pour remettre en causes mes compétences ? T’as pas un mec qui a besoin d’un pansement plutôt ? Ne me cherche pas !

- Riley, tu es Docteur en ingénierie biomécanique, autrement dit, ton terrain de jeu c’est la technologie des exo-combinaisons. Laisse les vivants aux vrais médecins.

- Je ne sais pas ce que tu as pris Rose, avant de m’appeler, mais il faut vraiment que tu m’en donnes, ça a l’air d’être de la bonne !

Yan Rosebury leva les yeux au ciel, exaspéré par le comportement constamment enfantin de sa consœur. Tout ce qui pouvait lui être dit était constamment prit à la rigolade. Une conversation sérieuse était impossible avec cette femme. Et pourtant, il devait absolument la forcer à lui transmettre le dossier Eldred, en lui laissant mener les recherches sur les miracles de sa condition.

- Écoute Riley. Je suis on ne peut plus sérieux dans ce que j’avance. Tu es débordée, alors laisse-moi le dossier d’Haziel afin de découvrir jusqu’où sa condition peut le mener.

- Nous savons tout ce dont nous avons besoin de savoir quant à sa nouvelle physiologie.

- N’es-tu pas, un minimum, curieuse de connaitre toutes les qualités que peuvent lui apporter cette transformation ?

Riley ne répondit pas de suite et prit le temps de réfléchir quelques instants. En effet, les caractéristiques d’Haziel étaient loin d’avoir tous été mis en lumière. Bien sûr que l’ingénieur était curieuse, mais elle manquait constamment de temps pour mener à bien ses recherches, débordée par les demandes d’Amador. S’il y avait bien quelqu’un d’un peu moins compétent qu’elle pour mener ces recherches, c’était Rosebury. Ça la tuait de l’admettre, mais il était tenace.

- Avant ça, tu dois me promettre de ne pas attaquer l’intégrité physique d’Haziel. Aucun tests bizarres, inhumains, ou tous ceux du même genre qu’on aurait pu lui faire subir pendant sa captivité avant le procès.

Enthousiasmé par l’accord de son pair, Rosebury acquiesça vivement. Par la suite, elle lui confirma qu’elle lui enverrait tout ce dont il avait besoin, et également tout ce qu’elle avait pu découvrir à ce jour.

Il pourrait enfin consacrer tout le temps qu’il avait à ses recherches. Il avait déjà pris le temps de récolter des échantillons de sang lorsqu’il était en observation. Ne restait plus, avec les premiers résultats de Riley Scarola, qu’à trouver de quoi son corps était réellement capable.

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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
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Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
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