26.1

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Cela faisait déjà plusieurs heures qu’Haziel avait quitté le camp de la colonie. Il avait enfilé son pantalon de treillis, ses rangers et une veste civile marron, par-dessus sa combinaison seconde peau. Ses épées dans le dos, son arme de poing à la cuisse et son fusil d’assaut en bandoulière, le Cavalier Solitaire progressait d’un pas rapide, au milieu des rues désertes de la zone rouge, afin de s’éloigner le plus possible du camp de la colonie.

Après avoir contemplé les cartes qu’il avait récupéré au camp, il avait établi un objectif à atteindre, afin d’être en sécurité et au calme pour mettre au point un plan d’action. Ce point se trouvait dans une partie inexplorée de leur environnement, aux limites de la zone rouge. Aux dernières nouvelles, jamais aucun Exos ou sans-visages n’avaient mis les pieds ici, contenus pendant toutes ces années entre ces frontières établies par la Cavalerie.

Alors qu’il se trouvait au milieu d’une rue, fusil d’assaut en main afin de parer à toutes les éventualités, Haziel entendit un bruit sourd derrière un bâtiment. Des Exos ? Il décida de grimper sur le toit d’un immeuble pour avoir une vue d’ensemble de la zone. Et en effet, au loin, il remarqua une troupe d’Exos progresser le long d’un boulevard. En surnombre, le confinement de leurs ennemis s'avérait être de plus en plus compliqué. Haziel décida de ne pas prendre le risque d’engager le combat, même s’il en mourrait d’envie. Révéler sa position ne faisait pas partit de ses plans. Ektra pourrait se douter de quelque chose et déciderait d’attaquer l’escadron Suicide, vulnérable sans lui.

Il ne se trouvait plus très loin de son point à atteindre. Il descendit se réfugier dans le bâtiment et observa le passage de ces ennemis, par la fenêtre à travers un rideau déchiré. Il prit le temps de déterminer si, par hasard, Rita ne se trouvait pas parmi eux. C’est alors que, dans l’immeuble en face, à l’une des fenêtres, il crut apercevoir une silhouette se déplaçant. Des Exos se trouvaient-ils également dans les bâtiments ? Il n’eut pas le temps de se poser plus de questions. Il y eut un tremblement et une partie de la façade de l’immeuble, dans lequel il se trouvait s’écroula. Les Exos l’avait repéré.

Il recula dans l’appartement alors que certains commençaient à le viser par leurs tirs. En remontant sur le toit, il passa son fusil d’assaut en bandoulière puis le fit glisser dans son dos, avant de récupérer ses deux épées. Une fois de nouveau à l’extérieur, il se lança à l’assaut des Exos qui le poursuivaient. Afin de neutraliser le premier, il prit de l’élan et s’élança dans les airs. Au même moment, il entendit dans son dos le bâtiment sur lequel il se trouvait voler en éclat. Un Exo avait tenté de l’attaquer en pénétrant dans l’immeuble afin que ce dernier s’écroule.

Déconcentré, Haziel ne se rattrapa pas au bon endroit et eu du mal à remonter sur la nuque de son ennemi. Grâce à cette force qu’il avait acquis, il put tout de même neutraliser le premier qui tomba au sol. Cependant, lorsqu'il releva la tête, il remarqua son erreur. Il était dans la rue, entouré de trois Exos qui pointaient sur lui leurs armes destructrices. Il crut, pendant un instant, que ce serait la fin de cette mission.

Tentant vainement de trouver une parade, deux des Exos en face de lui détournèrent soudain le regard, comme attiré par quelque chose un peu plus loin dans la rue. N’ayant rien entendu, Haziel profita de ce moment de confusion pour s’échapper dans un autre bâtiment à sa droite. L’Exo encore recouvert par les ruines de l’immeuble qu’il venait de détruire se lança à sa poursuite après s’être dégagé.

En s’aidant de la paroi, Haziel grimpa sur le toit. Avec la vitesse, il virevolta de nouveau dans les airs. S’aidant de ses deux épées, il neutralisa un nouvel Exo. Plus que deux. Sur le toit, il s’approcha du bord. Il constata sans difficulté que les deux ennemis restants se dirigeaient, d’un pas rapide, vers l’emplacement où Haziel avait remarqué du mouvement, derrière un rideau.

Le Cavalier rangea ses deux épées et dégaina son arme longue. L’occasion était parfaite, il ne devait pas perdre un instant. Quelqu’un, là-bas, avait fait diversion pour qu’il puisse s’échapper. La coïncidence semblait bien trop évidente. Il posa un genou au sol et prit une visée. Le premier tir fit mouche, le second également.

Lorsqu’il put enfin reprendre son souffle, Haziel jeta de nouveau un coup d’œil vers le bâtiment dans lequel il avait perçu du mouvement. Encore une fois, le rideau bougea. Maintenant qu’il ne risquait plus de se faire attaquer, il décida d’aller inspecter cette pièce.

À peine dans l’escalier, Haziel commençait déjà à entendre des pas rapides dans la pièce, au-dessus de lui. Ektra était-il présent ? Ou le Cavalier rêvait-il encore ? Arrivé devant la porte d’entrée de l’appartement, il empoigna son arme de poing avant d’envahir la pièce. Il prit une grande inspiration et défonça la porte avec le pied.

À première vue, l’appartement semblait complètement vide. Mais, au moment où il entama sa progression vers une des pièces ouvertes, à sa droite, il aperçut une silhouette humaine traverser la pièce adjacente. C’était le gabarit d’une femme, avec de longs cheveux blonds, réfutant immédiatement sa théorie concernant la présence de Rita dans le bâtiment. Le temps qu’Haziel se jette à cet endroit, la pièce fut vide et une fenêtre ouverte. Pendant un instant, Haziel pensa qu'il venait simplement de rêver.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
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