25.3

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Lilly faisait les cents pas dans la salle commune des locaux du septième escadron. Ce matin-là, elle avait été réveillée en sursaut par les hurlements de colère de son Capitaine, alors qu’ils étaient en jour de repos. D’après ce qu’elle avait compris, il était retourné sur la colonie avec la première navette qui lui était tombée sous la main pour « retourner le bureau de cette espèce de garce », avait-il pris soin de préciser. Il n’avait pas été tendre la concernant. Si le Général l’avait entendu prononcer ces mots, il aurait fini aux arrêts.

- Tu vas te détendre Lilly oui, ordonna Ezra, avachi sur l’un des fauteuils.

- Tu devrais surtout nous dire ce qu’il se passe, en fait, ajouta Owen.

- Tu as encore fais un truc de travers ? plaisanta de nouveau Aguilar.

- Je ne peux rien vous dire tant que le Capitaine n’est pas là. Non mais quelle connerie j’ai fait moi !

Dans son dos, Owen se tourna vers son équipier qui lui fit un signe de la main devant la véracité de sa supposition ; la Cavalière avait encore fait une bêtise qui donnerait lieu à de sévères remontrances de la part de leur supérieur.

De son côté, Lilly se frotta le visage et se mordilla les ongles, terrorisée par le courroux de son chef d’escadron, qui allait lui tomber dessus, dès son retour.

- Mais au final, Haziel est vraiment partit ? s'interrogea Owen.

- Oui, confirma Lilly.

- Il va revenir ?

- Je n'en sais rien.

- Et qu'est-ce que tu as à voir dans l'histoire alors ?

- C'est un peu de ma faute s'il est parti en fait.

- On savait qu'il ne pouvait pas te piffrer, mais de là à se barrer...

- De toute façon, Haziel a toujours fais ce qu’il voulait, releva Ezra. Tant pis, il va crever.

- Ouais enfin, il reste quand même des Exos à dérouiller, on fait comment sans lui ?

- Comme on a toujours fait, Owen ! Toi et ton culte à Haziel vous êtes vraiment perturbant. La place est prise, je te rappelle.

Owen soupira devant le cynisme bien connu de son binôme. Il était lui aussi un peu inquiet par la situation. Haziel avait quitté la colonie sans prévenir et personne ne savait pourquoi, à part Lilly, de toute évidence. Ils avaient hâte qu’elle se mette à parler.

La porte de leurs locaux s’ouvrit et le Capitaine Aleysworth apparu dans l’encadrement. Il serrait les dents et semblait incroyablement en colère. Lilly s’arrêta de faire les cent pas et souhaita devenir invisible pour éviter de s’en prendre une. Elle venait de réduire à néant tous ses espoirs que son supérieur lui fasse enfin confiance. Tant pis ! Foutu pour foutu, autant crever alors ! pensait-elle persuadé qu’il lui tirerait une balle entre les deux yeux, dans la seconde suivante. Lui qui avait commencé à lui accorder une certaine forme d'assurance, celle-ci venait tout simplement de s'évanouir dans les airs.

Rouge de colère, son capitaine la pointa du doigt et commença à grogner.

- C’est quoi la toute première chose qu’on vous apprend pendant les classes, Jones ? hurla-t-il.

- Rendre compte ? se hasarda-t-elle à répondre.

Toujours en la pointant du doigt, il avança pas à pas vers elle. Owen recula pour éviter de faire partit des dommages collatéraux et de son côté, Lilly ravala sa salive et tenta, elle aussi, de reculer. Elle était tétanisée devant la colère de son supérieur.

- Pourquoi tu n’as pas juger bon de me dire pourquoi notre meilleur homme a décidé de se barrer alors que, de toute évidence, tu étais au courant avant même qu'il ne prenne la décision ?

- J'étais au courant aussi, intervint innocemment Ezra en levant la main.

Andrew se retourna et lui jeta un regard noir désapprobateur. Son escadron tout entier avait-il décidé d'oublier leurs enseignements ?

- Tu n'aides pas Ezra, murmura Owen en se penchant vers son équipier.

- Comment ça tu étais au courant ? s'étonna Andrew.

- Eh bien, je m'en doutais quoi ! On en avait brièvement discuté mais on n'a jamais poussé la question plus loin.

- Et tu n'as pas tenté de savoir pourquoi il voulait partir ?

- Désolé Capitaine, mais j’en ai rien à faire de toutes vos histoires, moi.

- Tu ne pouvais pas le convaincre de rester ?

Ezra haussa les épaules et tourna la tête vers son équipier qui leva les yeux au ciel.

- Je ne suis pas sa nounou Capitaine.

L’officier secoua la tête, blasé par l'intervention inutile de son subordonné, ainsi que sa naïveté. Il se tourna de nouveau vers Lilly qui tremblait presque de peur devant la rage de son supérieur. Il reposa alors sa question.

Lilly bredouilla et fut incapable d’aligner trois mots corrects. Andrew lui intima de nouveau l’ordre de lui répondre et elle sursauta.

- Il est parti sous couverture pour récolter des informations et si possible neutraliser Ektra avant qu’il ne mette son plan en action ! expédia-t-elle. Enfin, ça c’est la version officielle que nous avons donné au Général.

Andrew ferma le poing et le serra.

- Nous ? C’était l’idée de qui ? Et c'est quoi la version officieuse alors ?

- C’était mon idée, mais Riley m’a aidé.

- Alors tu as intérêt à tout m’expliquer et en détail.

Elle l’informa que ça allait prendre du temps, et qu’il risquait de ne pas la croire, mais s’il voulait des explications plus techniques, il pourrait se tourner vers le Docteur Scarola car elle aussi était à l’origine de cette idée.

Lilly raconta tout ce qu’elle savait. La chambre noire, les rencontres entre Haziel et la Main de Dieu, comment elle procédait, et surtout, en quoi Haziel représentait un potentiel danger pour la colonie. Une fois tout son récit terminé, les trois hommes en face d’elle restèrent bouche bée, ne sachant plus quoi dire. Owen écarquillait les yeux, encore dubitatif, et Ezra laissa s'échapper un rire moqueur dans son coin, tentant de ne pas se faire voir par son Capitaine.

Lilly était persuadée qu’elle allait se faire taper sur les doigts. À la place, Andrew se leva et commença à faire des allers retours dans le local en se frottant le visage, troublé par ces nouvelles informations.

- J’aurai aimé être au courant de tout ça, dit-il.

- Haziel ne voulait pas vous donner de faux espoirs, Capitaine. En plus de ça, il savait que vous alliez refuser.

Il acquiesça. Si Haziel lui en avait parler, ils auraient tenté de trouver une autre solution à cette possibilité de contrôle par Ektra. Pour le moment, d’après Lilly, ils devaient simplement continuer à agir normalement, continuant les missions. Haziel les contacterait en temps voulu.

L’officier s’apprêta à procéder à de nouvelles remontrances envers sa jeune recrue, mais il fut interrompu par l’arrivée du Capitaine Bartoli dans leurs locaux. Il ne prit pas la peine de reprendre son souffle et annonça d’emblée à son collègue que l’escadron du Capitaine Yukimura avait été attaqué, à l'extérieur. L’escadron Suicide, étant le seul disponible, avait reçu l’ordre d’aller leur porter secours. Tous se préparèrent au départ. Intérieurement, le Capitaine Aleysworth espérait sincèrement que l’absence d’Haziel dans les rangs n’allait pas leur porter préjudices.

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Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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