25.2

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Andrew venait d’entrer dans une colère noire. Dès la sortie de la navette, il arpenta les couloirs de la colonie empli d’une telle rage qu’il se sentait capable d’envoyer valser tout le bureau du Général Amador, sans craindre le retour de flamme de sa supérieure. Il n’avait pas particulièrement apprécié cette surprise à son réveil, ce matin-là. Apprendre qu’Haziel avait quitté le camp de la Cavalerie sans aucune autorisation, sans rendre compte, sans son exo-combinaison, juste avec ses épées, ses deux armes à feu et quelques munitions, l’avait sorti de ses gonds.

Il trouvait que le Général jouait à un jeu dangereux, ne comprenant pas vraiment où elle voulait aller en acceptant un tel acte de désertion. Il était donc ici pour avoir des réponses et déterminé à ne pas quitter le bureau de son supérieur, tant qu'il ne les obtiendrait pas. Haziel n’était pas le genre de personne à imposer ses décisions. Le Général avait donc accepté ce qui semblait être la démission de son subordonné, mais également son départ du camp de la Cavalerie.

Sans frapper à la porte, il entra dans le bureau du Général. Elle écarquilla les yeux lorsqu’elle vit le Capitaine de l'escadron Suicide entrer en trombe. Elle raccrocha son téléphone et se leva si violemment que sa chaise tomba en arrière. Elle plaqua les poings sur son bureau ce qui provoqua un bruit sourd et fit trembler tous les éléments installés dessus.

- Capitaine Aleysworth ! Comment osez-vous …

- Et vous ! Coupa Andrew en déplaçant une chaise sur son passage afin de s'avancer au plus proche du bureau. C'est quoi ces conneries Général ?

- Vous pourriez être plus précis quand vous tentez de me passer une soufflante, Capitaine ? répondit-elle sur un ton sarcastique.

- Vous me retirez le meilleur de mes hommes ? Sans même me prévenir ? Sans même me demander ce que j'en pense ?

- Je ne vous retire rien du tout, Haziel Eldred est partit sur une toute autre mission qui requerrait ses capacités spéciales.

- Une mission de quel genre ? L'escadron Espion est toujours dehors, je vous rappelle ! C'est à eux de partir en vadrouille à la recherche d'informations ! Pas à un membre irremplaçable de l'escadron Suicide ! On a besoin de lui !

- Je n'ai pas oublié, c'est moi qui donne les ordres ici Capitaine Aleysworth. Dois-je vous le rappeler ? Non, Eldred a été envoyé au plus proche des lignes ennemies pour obtenir des informations claires sur les plans d'Ektra. Là où l'escadron Espion ne peut pas aller sans se faire repérer et exterminer. Ces informations nous sont indispensables pour la suite des opérations. Ektra a mis au point une stratégie et nous ? Nous n'en avons aucune et c'est inadmissible !

Elle soupira puis se retourna pour relever son fauteuil. Elle invita, par la suite, le Capitaine à s’assoir mais surtout à se calmer avant qu'elle ne commence elle aussi à s'énerver. Il ne risquait pas d'apprécier qu'elle entre à son tour dans une colère noire.

- Je tiens à vous rappeler que je n’ai aucun compte à vous rendre, continua-t-elle en prenant soin de bien articuler, pour se faire comprendre par son subordonné.

- Général ! La brèche est réouverte et vous envoyez notre meilleur homme dans la nature, vous voulez qu’il se fasse tuer ? Et nous également ?

- Sachez que c’est lui qui a décidé de partir, promettant des informations en échange et je me voyais mal lui refuser cette demande après tous ses bons loyaux services dans la Cavalerie.

- Mais pourquoi il a fait ça ?

Le Général Amalia Amador se tut, ne souhaitant pas donner plus de détail au Capitaine Aleysworth. Ce n’était pas à elle de lui faire part des informations mises en lumières par le Docteur Riley Scarola. Cependant, remarquant le visage soudainement fermé de sa supérieure, Andrew n’eut aucun mal à comprendre de quoi il retournait. Il se laissa tomber sur le dossier de son fauteuil et lâcha un rire dérisoire, se sentant stupide de ne pas avoir compris plus tôt le fond du problème. Il se frotta les yeux en soupirant.

- Il part chercher Rita, c'est ça Général ?

Amador acquiesça gravement, regrettant d’ores et déjà son honnêteté.

- Et vous le laissez faire, comprit-il.

- Rita Aleysworth nous a tous sauver. S’il y a un moyen de la ramener, je suis obligée, par respect pour elle et pour son sacrifice, de tenter le tout pour le tout.

Andrew eut une bouffée d’angoisse, non seulement à cause de son subordonné en grand danger, mais également sa sœur, toujours dehors et en vie d’après ce qu’il comprenait, même s'il n'y croyait pas et n'y avait jamais cru.

Il se demandait cependant s’il n’aurait pas dû partir avec lui, pour s’assurer qu’il ne fasse rien de stupide et qu'il ne lui arrive rien non plus. En revanche, d’un autre côté, il aurait été un fardeau. Laisser Haziel, seul dans sa croisade, lui permettait de demeurer totalement libre de ses mouvements, sans aucunes contraintes de lois militaires.

- Général, qu'est-ce que nous faisons, là ? s'interrogea Andrew.

- Eh bien, jusqu'à preuve du contraire, nous combattons Ektra.

- Vous êtes sûre ? Parce que pour le moment j'ai plutôt l'impression que nous ne faisons que subir chacun de ses mouvements.

- Capitaine. Je comprends ce que vous cherchez à me dire, mais nous n'avons pas du tout connaissance du plan d'Ektra, ou même s'il en a un ! Tant que nous n'avons pas d'information, nous ne pouvons pas passer à l'offensive en fonçant tête baissée dans l'inconnu.

- Je sais. Mais j'en ai juste assez, et je ne suis pas le seul à avoir l'impression d'être un pantin.

Andrew se releva pour partir et ne manqua pas de s’excuser pour son comportement auprès de sa supérieure. Puis au moment de prendre la poignée de la porte, il eut comme un éclair de génie. Le Général Amador avait été trop clémente avec lui, vis-à-vis de son comportement extrêmement déplacé. Soit elle s’était ramollie, soit elle essayait de le ménager et, par conséquent, occultait un autre élément. Il se retourna de nouveau, afin d'avoir encore plus de réponses.

- Vous me cachez un truc, Général. Je me trompe ?

Elle releva la tête et détourna le regard de celui du Capitaine. Sa mâchoire se crispa et le bruit de ses ongles frappant son bureau retentirent dans la pièce. Andrew eut alors la confirmation qu’elle ne lui avait pas tout dit.

- Qu’est-ce que vous ne me dites pas ?

Elle soupira et se résigna à garder plus longtemps pour elle ce que lui avait avoué l’ingénieur. De toute façon, Lilly Jones était également au courant. En bonne militaire, elle ne manquerait pas de faire un compte rendu à son supérieur.

- Haziel Eldred est un danger pour la sécurité de la colonie.

Andrew, abasourdi par ces propos, avança la tête, intrigué, en reprenant place dans le fauteuil.

- Vous l'avez viré Général ?

- Non mais vous me prenez pour qui ? C'est lui qui a décidé de partir, là-dessus, je n'ai pas menti ! Ektra arrive à contrôler les sans-visages et il pense qu’il est capable de le contrôler. Son malaise lors de votre dernière mission de reconnaissance serait peut-être dû à ça. Il est parti pour protéger la colonie de lui-même.

- Malaise ? Mais quel malaise ?

- Vous n’étiez pas au courant ? Lilly Jones est intervenue et a secouru Eldred car il était inconscient et en présence d’Ektra.

- Quoi ? Elle m’a simplement dit que…

Andrew ne termina pas sa phrase et se contenta de serrer les dents, comprenant soudain pourquoi sa subordonnée semblait si ailleurs, ces derniers jours. Elle lui avait menti.

- Et l'envoyer derrière les lignes ennemis, afin qu'il récupère des informations au plus proche d'Ektra, le met dans une position de sécurité, peut-être ? reprit Andrew pour changer de sujet. À quoi vous pensiez Général ?

- Capitaine, surveillez vos propos, vous voulez bien ? Haziel Eldred était décidé à partir. Il semblait vraiment sûr de ce qu'il avançait.

- Mais c’est stupide ! D’où il tient ces infos ?

En face de lui, le Général Amador se décomposa. Elle savait parfaitement que le capitaine pensait que sa sœur n’existait plus, morte il y a deux ans. Etant donné les dernières informations qu’elle avait eu, elle ne pouvait pas se permettre de lui donner de faux espoirs. Cependant, si elle ne lui disait pas la vérité, il allait continuer à poser des questions.

- De Rita Aleysworth, avoua-t-elle.

- Pardon ? souffla Andy.

- Il dit qu’elle est toujours là, je ne sais pas quoi, expliqua-t-elle avec des gestes flous des mains. Écoutez ! Vous devriez demander à Lilly Jones de vous expliquer. Moi, j’ai autre chose à faire que de gérer les états d’âmes de vos hommes.

Andrew hocha la tête et se releva pour se diriger vers la sortie. Il quitta le bureau, totalement décontenancé et perdu. Non seulement Haziel prétendait avoir obtenus des informations de la part de Rita elle-même, mais en plus de ça, il n’avait pas juger nécessaire de lui rendre compte et Lilly, sa nouvelle recrue, elle aussi n’avait pas fait de compte rendu sur la situation. Elle allait l’entendre. Cette fois-ci, sa perspicacité ne la sauverait pas.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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