25.1

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L’heure du départ d’Haziel avait sonné. Avant qu’il ne quitte la colonie sans l’autorisation du Général Amador, Lilly se devait de le retrouver pour lui expliquer leur plan, à Riley et elle. Elle avait un appareil de communication visuel dans une des poches de son treillis, ainsi qu'une radio qu’elle devait impérativement lui donner avant qu’il ne file. N'ayant pas eu de nouvelles de la part de Riley, elle préféra prendre un coup d'avance en partant du principe que l'ingénieur avait réussi à convaincre le Général de la Cavalerie, sans faire part de tout le plan, ce qui l'étonnerait grandement.

Lorsque la nuit tomba sur le camp et que tous les Cavaliers s’endormirent dans leur locaux, Lilly se glissa hors de sa chambre et partit à la recherche de son équipier. Elle le connaissait trop peu, mais assez pour être persuadée qu’il allait attendre la nuit noire pour s’échapper, restant de toute évidence l'unique personnel encore éveillé à cette heure-ci.

Elle referma soigneusement la porte en silence afin de ne pas réveiller ses collègues et s’élança au pas de course dans le camp. À cette heure-ci, l’escadron chargé de la surveillance n’avait pas encore entamé sa ronde. Cette nuit, les Exécuteurs du Capitaine Bartoli s’en occupaient. Il ne valait donc pas mieux tomber sur les armoires à glace de cet escadron.

Lilly arpenta les allées du camp en suivant un rythme soutenu. Non loin du dépôt de munitions, rangeant des chargeurs dans un sac, elle remarqua finalement la présence d'Haziel. Elle tenta de s’approcher de lui sans un bruit mais elle se fit tout de suite remarquer par son équipier. Il dégaina une de ses épées et la pointa dans la direction de la Cavalière.

- On peut savoir ce que tu fous ici ? interpela Haziel se rendant compte de l'identité de l'inconnu, qui l'avait abordé.

- Si tu commençais par ranger ça je pourrais t’expliquer, répondit-elle en abaissant la pointe de l’épée de son équipier avec le doigt.

Le Cavalier s’exécuta et rangea son arme. Il passa ensuite son sac dans son dos et croisa les bras, d’ores et déjà irrité par une conversation qui n’avait même pas débuté.

- Si tu pars d’ici, tu es un déserteur, commença-t-elle.

- Donc, tu comptes m’en empêcher ?

Il lâcha un rire moqueur et commença à s'en aller. La Cavalière se lança à sa poursuite afin qu'il l'écoute. Haziel ne semblait pas décider à la prendre au sérieux.

- Mais non ! J’ai discuté avec Riley qui a papoté avec le Général et qui... Bref ! On sait tout pour Rita.

Haziel s'arrêta et se retourna pour faire face à la Cavalière. Il écarquilla les yeux, un peu en colère, se rendant compte de l’énorme erreur qu’il avait fait en confiant un si gros secret à Riley.

- Andy est…

- Le Capitaine n’est pas au courant, coupa-t-elle avant qu'il ne termine sa phrase. Ça n’avancerait à rien qu’il le soit. Il n’est déjà pas au courant du pourquoi tu es allé consulter, à la base.

- Alors pourquoi en avoir parler au Général ?

- Tu ne nous laisses pas le choix ! Je ne sais pas si Amador est au courant pour Rita, mais Riley lui a proposé que tu partes en temps qu’informateur derrière les lignes ennemies.

- C’est quoi ces conneries ? Tu sais où tu peux te la foutre ton idée de merde ? Donner des informations à Amador n’est pas du tout mon intention ! Je ne suis pas son espion !

- Je sais, mais tais-toi deux secondes et laisse-moi terminer enfin, s’agaça Lilly. On s’en fout de ce que veut Amador, le but était de lui donner quelque chose afin qu’elle accepte de te laisser partir, sans que tu sois un déserteur ! Comme ça, nous avons toujours un œil sur toi, tu peux nous demander de l’aide si besoin et inversement.

Haziel hésita quelques instants et fronça les sourcils en repensant à la situation. Il n’avait pas envie de rendre des comptes à Amador, il ne partait pas lui récolter des informations concernant Ektra, et il avait encore moins envie de devoir obéir à ses ordres, alors qu’il ne serait plus dans l’escadron Suicide après son départ, du moins, temporairement.

- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, avoua-t-il.

- Écoutes moi bien, je te donne une chance de partir tout en gardant ton intégrité de Cavalier, afin que personne ici ne te considère comme un traître, alors tu as plutôt intérêt à la saisir ! Sans ça, tu peux être sûr et certain que dès demain, on recevra l'ordre de te traquer pour te buter.

Encore une fois, le Cavalier resta sceptique quelques instants. Puis il finit par se rendre compte qu’effectivement, si la situation l’exigeait il aurait besoin de renfort. Il donna son accord pour cette option que lui offrait le Général.

Lilly s’avérait être très persuasive. Fière d'avoir réussi à convaincre son équipier, elle donna à son équipier le dispositif de communication visuelle et la radio qu’elle avait perçu un peu plus tôt, pour lui. Elle ne manqua pas de lui conseiller de faire des comptes rendus réguliers pour faire plaisir à Amador, même s’il n’avait rien de nouveau.

Après ça, ils commencèrent à entendre des pas et des voix au loin. Les Exécuteurs avaient entamé leur ronde. Lilly ordonna à Haziel de déguerpir, pendant qu'elle couvrait son départ.

En traversant quelques allées, elle tomba nez à nez avec le Capitaine Bartoli qui patrouillaient avec Bellamy. Ils l’aveuglèrent avec leurs lampes torches et Lilly leva la main afin d'éviter de perdre la vue.

- Petite balade de minuit Jones ? lança Bartoli sur un ton suspicieux.

- J’avais du mal à dormir, Capitaine.

- Qu’est-ce que tu trafiques encore ? questionna-t-il en baissant sa lampe.

- Rien je vous l’ai dit, j’avais du mal à dormir.

- Tu n’as rien à faire dans ce secteur, retourne dans tes locaux avant que je prévienne ton capitaine.

- Bien reçu.

Intérieurement, elle grogna, irrité qu’on lui parle de cette façon alors qu'elle désobéissait au couvre-feu pour une excellente raison. Bartoli était un officier et depuis longtemps dans la Cavalerie, elle n’avait donc pas d’autre choix que de lui obéir même s'il n'était pas son capitaine à elle. Tant pis, pour l’instant, le plus important était qu’Haziel venait de partir et personne ne le remarquerait avant le matin.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
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Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
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