24.2

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Lilly tournait en rond dans sa chambre. Elle ne savait plus quoi faire concernant les dérapages autour de cette affaire. Haziel comptait quitter le camp sans le dire à personne, afin de partir à la recherche de Rita. Le Capitaine allait le découvrir et entrerait dans une colère noire. Tous ceux au courant en prendrait pour leur grade, y compris Lilly. Lorsque le Général Amador l’apprendrait, elle n’hésiterait pas à considérer le Cavalier comme déserteur, voire pire, un traître qui pourrait être contrôlé par Ektra. Lilly devait impérativement trouver une solution afin d’éviter un éclatement imminent de la Cavalerie et du septième escadron.

Quelqu’un frappa à la porte de sa chambre et elle sursauta. Elle regarda l’heure sur son réveil et poussa un juron, elle était en retard pour l’entraînement avec le Capitaine. En allant ouvrir la porte, elle eut la confirmation qu’elle devait se dépêcher. Son supérieur se tenait derrière, prêt à en découdre, une fois de plus.

La Cavalière s’activa et se changea rapidement avant de rejoindre l’officier sur les tatamis. Comme à chaque fois, ils engagèrent le combat sans échauffement préalable. Lilly arrivait de plus en plus à tenir le rythme. Elle donnait du fil à retordre à son supérieur qui lui avait appris de nombreuses techniques de défense. Cependant, il lui était toujours impossible de gagner contre lui. Cette fois-ci, elle était également préoccupée par autre chose que par ses prouesses au corps à corps. Perdue dans ses pensées, elle se prit un violent coup au visage, si facile à parer que même le Capitaine s’en voulut de l’avoir frapper. Il l’aida à se relever, s’assurant que tout allait bien.

- Non mais il t’arrive quoi là ? Tu es complètement ailleurs !

- Désolée Capitaine. Je n’ai pas les idées claires, en ce moment.

- Eh bien reprends-toi, assez rapidement ! Un coup comme ça, tu aurais dû facilement l’esquiver.

- Reçu Capitaine. Encore désolée. On peut reprendre.

La Cavalière se remit en position de combat mais, en face d’elle, son supérieur la fixait d’un air inquiet. Il leva les yeux au plafond et soupira.

- Bon, c’est quoi le problème ? questionna-t-il en bienveillant supérieur.

- Il n’y a aucun problème !

- Tu rêvasses, tu te prends des coups facilement et tu es redevenues très prévisible dans tes attaques. J’ai l’impression que tu as régressé ! Alors, c’est quoi le problème ?

Lilly serra les dents et baissa les yeux. Elle ne pouvait rien lui dire, pas tant qu’Haziel n’avait pas quitté le camp.

- Je suis un peu fatiguée, c’est tout.

- Fatigués, on l’est tous. Ce n’est pas une excuse. Il y a autre chose que tu ne me dis pas.

- Je ne sais même pas pourquoi je suis comme ça. On peut reprendre, s’il vous plaît ?

Andrew resta silencieux quelques instants. Il comprit que sa subordonnée était perturbée par quelque chose, mais cette dernière ne semblait pas lui faire assez confiance pour se confier à lui. Il décida de laisser courir et se remit en position de combat.

Ils s’échangèrent quelques coups mais lui, s’ennuya horriblement pendant ce combat. La Cavalière tenta une parade, suivi d’un enchaînement de coup qu’il n’eut aucun mal à esquiver. Il la poussa en avant et, déséquilibrée, elle tomba à genoux. Elle souffla bruyamment, excédée par ce terrible combat. Lilly se redressa et fit face à son supérieur qui ne semblait plus vouloir se battre.

- On arrête là ! ordonna-t-il alors que sa subordonnée se remettait en position.

- Promis, je me reprends Capitaine.

- Non, c’est mort ! Tu fais n’importe quoi et je vais finir par te faire mal.

- Ça ne vous a jamais empêcher de m'éclater une pommette, pourtant, pesta la Cavalière.

L’officier fronça les sourcils. Lilly revint en position normale et se frotta le visage. Elle était exécrable dans ses paroles et son supérieur ne méritait pas ça.

- Pardonnez-moi, Capitaine, soupira-t-elle.

- Règle ton putain de problème. Tu frôles l’insubordination, annonça-t-il en la pointant du doigt.

Elle n’eut pas le temps de répondre, que ce dernier quitta le tatami. Lilly se laissa tomber au sol et s’enferma le visage entre ses mains. Elle étouffa un cri de colère. Cette situation périlleuse dans laquelle elle se trouvait la rendait amère vis-à-vis de son supérieur. Le peu de progrès qu’elle avait fait concernant leur relation venait de partir en fumée.

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Brad Priwin
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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