23.2

4 minutes de lecture

Riley Scarola n’avait pas perdu un seul instant, depuis l’appel vidéo de la jeune Lilly, pour prendre ses affaires et emprunter une navette. Le cas d’Haziel était encore très mal connu et depuis deux ans elle continuait de consigner et étudier tous changements dans sa physionomie. Le fait qu’il dorme, alors que depuis des années il n’avait jamais ressenti le besoin de fermer l’œil, constituait un détail non négligeable à ajouter dans son dossier.

Lorsque la navette arriva enfin sur Terre, elle réussit à trouver seule son chemin vers la clinique du Docteur Rosebury. Elle n’était vraiment pas ravie de revoir cet homme. Ils avaient fait leurs études ensemble et habitaient l'un à côté de l'autre, étant plus jeune. Il était imbu de sa personne et totalement incompétent, alors qu’il se persuadait du contraire. Elle ne trouvait donc pas étonnant qu’il n’ait rien vu d’anormal concernant Haziel et son sommeil soudain.

En arrivant devant la chambre de l’intéressé, Riley n’eut aucun mal à reconnaitre Lilly Jones. La ressemblance avec sa traîtresse de sœur était frappante. L’ingénieur espérait du fond du cœur qu’elle n’avait pas les mêmes tendances à sombrer dans la folie que son ainée. La colonie ne survivrait pas à une troisième trahison, en si peu de temps.

La Cavalière l’accueilli avec un grand sourire. Mais derrière ces faux semblants, elle comprit qu’elle s’inquiétait tout de même pour son équipier, soi-disant endormi. Elle lui serra poliment la main et l’invita à entrer dans la chambre.

- Quand ça a commencé ? questionna Riley alors qu’elle posa sa valise et déballa tous ses outils.

- Après la mission de reconnaissance. Il est allé consulter. Ils ont voulu le garder en observation toute la nuit et quand je suis arrivée ce matin il était comme ça.

- Pourquoi consulter ?

- Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé là-bas pendant la mission mais je l’ai retrouvé inconscient dans le bâtiment que nous devions reconnaitre.

- Est-ce que par hasard Rita était présente ?

- Ektra, tu veux dire.

- Oui enfin, peu importe son nom ! Tu m’as comprise. Je vais vraiment avoir du mal à me faire à ces changements de noms il va falloir se fixer sur comment l’appeler ! C’est perturbant à la fin. C’est elle, mais sans l’être.

- Docteur ? rappela Lilly car Riley divaguait de nouveau.

- Oui pardon. Je disais quoi moi ?

- Rita, ou Ektra, peu importe, était présent oui.

- Si tu veux mon avis, c’est plus qu’une coïncidence qu’Ektra débarque pendant votre mission et qu’Haziel ait un moment d’absence en sa présence, surtout après avoir croisé la route d’un sans-visage, il y a quelques années.

- Owen a supposé la même chose.

Riley sortit de ses bagages un tas de câbles et d’électrodes qu’elle déposa sur le lit du Cavalier. Elle s’approcha de lui et lui flanqua une gifle. Aucune réaction de sa part. Lilly sursauta devant la violence du coup. Cependant, avec ce geste, toutes les deux comprirent que ce n’était pas un véritable sommeil dans lequel Haziel était plongé car dans ce cas, il se serait réveillé en sursaut pour étrangler son agresseur.

- Où est Andy ? interrogea Riley.

- Il n’est pas au courant. Il croit qu’Haziel consulte pour des douleurs à la cheville. Je n’ai pas voulu le prévenir tout de suite, pour ne pas l’inquiéter inutilement.

- Un militaire qui ne rend pas compte immédiatement ? Qu’est-ce qu’il vous arrive, il y a de la rébellion dans l’air ?

Lilly ne sut quoi répondre. Elle se contenta de hausser les épaules. Elle ne voulait simplement pas que son Capitaine ne s’affole pour rien. Elle s’approcha du lit de son binôme pour observer ce que faisait l’ingénieur. Elle était en train de lui poser un paquet d’électrodes sur le cœur et également autour de la tête afin de mesurer tous ses signes vitaux. Avant de connecter ses fils à ses appareils, Riley contempla Haziel en soupirant.

- Rita avait vraiment bon goût. Regarde-moi ces tablettes ! s’écria-t-elle en pointant du doigt les abdominaux du patient.

Exaspérée et gênée, Lilly s’écrasa la main sur le front. Riley secoua la tête et retourna à ses machines. Elle brancha ses câbles à une tablette et observa les premiers résultats. Elle lâcha un juron et au même moment, la porte de la chambre s’ouvrit avec violence. Le Docteur Rosebury entra en colère.

- Scarola ! On peut savoir ce que tu fous ici ? lança-t-il, agacé qu’on marche sur ses plates-bandes.

- Je fais ton boulot Rose, répondit Riley sans quitter sa tablette des yeux. Haziel Eldred qui dort pour toi c’est tout à fait normal sauf que si tu avais poussé les recherches un peu plus loin tu te serais rendu compte que son cerveau est super actif, pour quelqu’un en sommeil !

Interloqué, il s’approcha pour, lui aussi, voir les données qui résultèrent des premiers tests des machines de Riley.

- Mais, nous lui avons fait un électroencéphalogramme et il n’y avait rien d’anormal, pourtant.

- Parce qu’il était éveillé, crétin ! Le fait qu’il soit dans cet état, à première vue catatonique, ça aurait dû te mettre la puce à l’oreille mais que veux-tu ? Être témoin de ton incompétence légendaire est encore plus tordant que de simplement voir ta gueule ! Tu mérites des claques, je n’arrive pas à croire qu’on t’ait filé le poste de chef de la clinique ici. Tu as couché avec qui pour l’avoir ?

Rosebury lui lança une insulte qui n’affecta que peu l’ingénieur. Poliment, elle le poussa vers la sortie de la chambre en lui demandant de la laisser faire son boulot. Il tenta de se rebeller mais elle lui claqua la porte au nez. Riley retourna à ses résultats afin de continuer son interprétation.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

Les chaînes résistent. Les tyrannies ne s'éteignent pas si facilement.

Horis Saiden croyait avoir trouvé sa voie. Jamais il n'a pourtant été aussi perdu.

Nafda a éliminé bon nombre d'ennemis de l'Empire Myrrhéen. Sa quête d'assassin ne fait pourtant que débuter.

Docini Mohild n'endosse plus fièrement son nom. Elle ignore même pour quelle cause se battre.

Jizo imaginait avoir reconquis sa liberté. Aujourd'hui il s'aperçoit qu'il a encore tant de raisons pour lesquels lutter.

À l'ouest, Oranne Abdi, marchande et diplomate de renom, entreprendra la mission la plus risquée de sa vie.

Au nord, Fliberth Ristag assume les conséquences de ses décisions risquées.
21
49
42
352
Cornedor
Avant, Blanche et Cornélia n’avaient guère de soucis à gérer, mis à part leur chat galeux mangeur de patates.
Mais lorsqu’un bel inconnu leur confie une petite créature noiraude aux yeux pourpres, c’est la fin de leur tranquillité.
Petit à petit, d'autres êtres étranges se mettent à graviter autour d'elles, se glissent dans leur monde et dans leur quotidien ; comme ce lièvre mangeur de chair, aux ailes de perdrix et aux bois de daim.
Ou ce dragon au plumage de coq, mutilé avec cruauté.
Ou encore cet homme aux écailles translucides et à la beauté impérieuse...

L'exode est proche. Un convoi se prépare.

En feront-elles partie elles aussi ?


[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
381
834
708
272
Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
558
439
521
301

Vous aimez lire Teresa Rey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0