22.1

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Haziel se redressa, droit comme un piquet, dans son lit. Depuis quand faisait-il si noir dans cette chambre d’hôpital ? Et comment avait-il finis dans cette pièce ? Il n’avait que quelques bribes de souvenir de leur dernière mission de reconnaissance. Il avait perdu connaissance, puis s’était réveillé au milieu d’une horde d’Exos, secouru par Lilly. En rentrant, il était allé consulter après que son équipière lui ait forcé la main. Il avait parlé au Docteur Rosebury de son semblait de malaise, demandant à ce que cette information reste secrète. Ce dernier lui avait fait passer des tests et allongé dans ce lit en attendant les résultats. S'était alors produit le même évènement que quelques nuits auparavant. Il avait simplement fermé les yeux avant de se réveiller de nouveau dans un endroit comme celui-ci.

Dans un coin de la pièce, sur une chaise dédiée aux invités, il retrouva une fois de plus Rita. Comment pouvait-elle être ici et que personne ne la remarque ? Haziel comprit qu’en réalité, elle n’était pas vraiment ici. Autour de lui, tout était si sombre et personne ne semblait se trimballer dans les couloirs de la clinique, comme s’il se trouvait une fois de plus dans un rêve.

Pourtant, elle était bien présente. Ses longs cheveux foncés descendaient jusqu'au creux de ses reins. Elle avait toujours les mêmes yeux en amande d'un bleu profond. Son visage toujours aussi rond et ses traits enfantins. Haziel ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en contemplant la Cavalière.

- Je t’avais dit de ne pas t’approcher d’Ektra, lança Rita, sur un ton colérique.

Le sourire d'Haziel s'effaça et il fronça les sourcils.

- Si c'est pour m'engueuler que tu es venue, autant me laisser seul alors ! lança-t-il.

- Tu n'aurai pas dû partir sur cette mission ! La forêt s'était déjà limite alors l'entrepôt...

- C'est toi qui étais à l'origine de ce traquenard ?

- Quoi mais tu es sérieux ? Pour qui tu me prends ? s'énerva-t-elle, vexée par les propos d'Haziel.

- La stratégie adoptée ressemblait énormément à un plan tordu que tu aurais pu concevoir, avoue-le !

- Ektra est dans ma tête ! hurla-t-elle en se pointant la tempe avec la main droite.

Elle grogna en se relevant et de colère et envoya valser la chaise de l'autre côté de la pièce.

- L'escadron Suicide n'aurait jamais dû partir sur cette mission Haziel ! vociféra-t-elle en agitant les mains.

- Et tu aurais voulu qu'on dise quoi ? Non Général, on refuse la mission ? Andy n'est même pas au courant de ton existence !

- Encore heureux !

- Rita, on ne pouvait pas se douter que tu serais là, expliqua-t-il en essayant de reprendre son calme.

Elle commença à faire les cent pas dans la chambre en se frottant le front. Le ton était énormément monté entre les deux Cavaliers. La jeune femme semblait extrêmement perturbée par la situation actuelle.

- Tu n’as aucune idée à quel point c’est dangereux pour toi ! continua-t-elle. Ektra connait déjà ton existence et c’est trop ! Ne lui donne pas le moyen d’atteindre la colonie !

Haziel souleva le drap de son lit et arrêta la Cavalière en l’attrapant par les épaules. Elle détourna le regard, bouleversée. Lui, de son côté, tentait désespérément de la comprendre.

- Est-ce que tu vas enfin m’expliquer c’est quoi toutes ces conneries ? Pourquoi je ne dois pas m’approcher d’Ektra ?

Rita soupira en basculant la tête en arrière. Elle invita Haziel à se rassoir sur le lit et prit place à son tour sur le bord. Elle n'avait plus d'autre choix. Pour protéger Haziel d'Ektra, elle devait tout lui avouer, au risque qu'il décide de faire une bêtise. De toute façon, jamais il n'accepterait de la laisser partir, même si sa propre survie en dépendait.

Elle releva la tête et prit une profonde inspiration. À ses côtés, Haziel semblait déterminé à obtenir des réponses. Il fronçait les sourcils, impatient.

- J’imagine que tu te demandes comment on arrive à communiquer, commença-t-elle.

- Ça fait partit des questions, oui. Mais tant que je te vois, le pourquoi je m’en fiche un peu.

- Tu as été possédé. Tu es passé par la chambre noire, tu t’en souviens ?

Il hocha gravement la tête en se remémorant ces moments passés dans cet endroit si froid.

- Pour réussir à contrôler mon corps aussi longtemps, Ektra est obligé de se ressourcer en se plongeant dans une sorte de… de stase, je dirais. Ce qui me laisse le champ libre.

- Tu reprends le contrôle de ton corps pendant ces moments ?

- Ne rêve pas trop. Même en stase, il m’en empêche.

- Et tu arrives à me contacter par le biais de la chambre noire.

- Pour faire simple oui.

Elle se releva et reprit ses allers retours, tentant de ne pas se laisser déconcentrer par ce rapprochement avec Haziel.

- Ektra passe par ces espaces pour contrôler les autres sans-visages. Il n'est pas leur leader, il contrôle simplement leur esprit. Comme une sorte de conscience collective entre eux. Toi-même tu les as toujours sentis et bien pour lui, comme pour moi, c’est la même chose sauf qu'il peut entrer dans ces espaces. Sans lui, les sans-visages sont désorganisés. Tu coupes la tête et tous les membres deviennent inactifs.

- Mais pourquoi tu ne contrôles pas les sans-visages alors ?

- Je n’en sais rien. Et crois-moi j’ai essayé ! J’ai l’impression qu’il m’en empêche. Je ne suis pas non plus un sans-visage donc ça doit forcément jouer !

- Mais pourquoi Ektra contrôle ses semblables seulement maintenant ?

- Parce que jusqu'à ce que je prenne la stupide décision de me jeter dans la brèche et qu'il me sauve de l'explosion, il n'avait pas de corps. Celui de Mila Jones n'était pas stable car elle avait déjà été possédé. Il n'avait pas un total contrôle sur elle.

- C'est vrai qu'elle nous a dit qu'il était à l'intérieur et il ne contrôlait pas du tout son corps, repensa Haziel.

- En plus de ça, il a été banni, ou quelque chose comme ça. J’ai un peu du mal à entrer dans sa tête mais j’arrive tout de même à percevoir quelques bribes de souvenir. Il était vraiment très puissant, à la tête d’une immense armée.

- Et tout lui a été retiré, c’est ça ?

- C’est ça. Il avait tout perdu et il errait sans réel but. Maintenant qu'il m'a moi, il peut tout faire.

- Quel est le rapport avec moi alors ?

- Il pourrait te contrôler toi aussi, s’il arrive à entrer dans ta tête. Sachant que tu n'as plus de sans-visages à l'intérieur de toi, il lui est difficile d'atteindre ta chambre noire. Elle est... trop loin et inaccessible, hésita-t-elle, éprouvant des difficultés à expliquer ce qui se passait réellement.

- Et si jamais il réussit ?

- Il pourra anéantir la colonie en peu de temps, termina Rita. En t’utilisant.

Haziel se rallongea de nouveau dans son lit en soupirant. Il n’aurait jamais pensé qu’après son passage dans la chambre noire, il représenterait encore un danger aussi catastrophique pour la colonie.

- Je commence à comprendre pourquoi tu ne voulais pas que je parte à ta recherche, avoua-t-il en baissant le regard vers ses mains.

- C’est pour ça qu’il faut absolument que tu restes loin de lui. Plus tu es proche, plus il peut te détecter et plus il sera facile pour lui d’entrer. Il a déjà essayé, tu étais trop proche.

- D’où mon malaise pendant la mission de reconnaissance.

Elle hocha gravement la tête, très inquiète par la situation.

- Mais, tu communiques avec lui ?

- Ouais, avoua-t-elle en baissant la tête. Nos échanges sont perturbants des fois.

- Et tu n’as pas moyen de le raisonner ?

- Raisonner Ektra ? C’est impossible, crois-moi, répondit-elle en rigolant.

Il continua de poser des questions auxquelles la Cavalière répondit en toute honnêteté, cependant elle ne lui apprit rien de plus qu'il ne savait déjà. Après de longues minutes à discuter d'Ektra, de ce qu'il cherchait à faire, de sa façon de contrôler ses semblables, Rita se tût soudainement. Elle se retourna vers l'un des murs de la chambre et son visage se crispa de peur comme si un danger imminent trônait au-dessus de sa tête. Haziel lui demanda ce qu'il se passait et elle lui fit un signe de la main pour se taire. Elle parcourut toute la chambre du regard, à la recherche de la provenance d'un son qu'elle entendait, comme des bruits de pas.

- Il revient, annonça-t-elle alors dans un souffle.

- Rita attend !

Haziel se leva et avança vers elle mais elle disparue dans un battement de cil, le laissant penser qu'elle n'avait jamais été là. Le Cavalier se réveilla en sursaut dans sa chambre d’hôpital, encore une fois en sueur et totalement hébété.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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