21.3

3 minutes de lecture

Le lendemain matin, Lilly suivit les ordres de son Capitaine à la lettre, quant à la surveillance de l’état de santé de son binôme. Même si Haziel n'allait clairement pas apprécier l'injonction de son supérieur, Lilly comptait bien obéir, cette fois-ci. Elle était décidée à suivre tous les commandements du Capitaine Aleysworth, même lorsqu'ils s'avéreraient stupides. C'était pour elle le seul moyen de continuer à se faire petite, en se faisant une place définitive dans son escadron.

Se sentant coupable d'avoir pu seulement imaginer faire du mal à son Capitaine, elle comptait devenir son bras droit pour le soutenir en toute circonstance. C'était le moins qu'elle pouvait faire après avoir souhaité sa mort.

Elle avait l'impression que depuis quelques jours, son supérieur commençait à se détendre vis-à-vis d'elle, lui laissant un peu plus de liberté. Leur relation évoluait dans le bon sens, pour réellement ressembler à celle d'un supérieur et de son subordonné. Comme il lui avait expliqué, Haziel et lui avaient simplement besoin de temps pour l'accepter dans l'escadron.

En passant devant le mess, elle croisa Owen qui l’interpela avant de la rejoindre. Il avait toujours le sourire aux lèvres. Peu importe la situation, ce Cavalier s'astreignait à rester joyeux en toute circonstance. Il était le rayon de soleil de leur escadron qui leur remontait le moral, en cas de coup dur.

- Félicitations pour la mission au fait. Je n’ai pas eu le temps de te voir. En rentrant du sport tu dormais déjà.

- J’étais crevée, désolée. Je me suis tellement mis la pression pour cette mission, surtout après le fiasco de ma première sortie avec l’escadron, avoua-t-elle.

- On ne se retrouve pas toujours au milieu d’une horde pareille d’Exos, tu as bien le droit d’être fatiguée. Franchement on l'est tous depuis quelques jours. On arrive juste à mieux gérer vu qu'on est habitué.

Lilly baissa le regard et sourit. Pendant cette opération de reconnaissance, Haziel et elle avaient coopéré sans disputes. Cette entente avait été fructueuse et symbolisait une amélioration dans leur relation professionnelle.

- Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de folle si je te dis que j’ai adoré collaborer avec lui ? chuchota Lilly.

- Ce qui fait de toi quelqu’un de complètement inconsciente c’est d’avoir sauté dans la fosse aux lions ouais ! plaisanta Owen. Pour le reste, tu es juste suicidaire comme n'importe qui ici.

- Ça promet.

- Au fait, qu'est-ce que ça donne avec Haziel à l'infirmerie ?

La Cavalière haussa les épaules.

- Je m'y rendais justement.

- C'est vraiment bizarre cette histoire de malaise.

Le souffle de Lilly se coupa et elle écarquilla les yeux.

- Comment t’es au courant ?

- Une infirmière a entendu et en a parlé à Bellamy, parce qu’il se la tape, et du coup lui en a discuté avec Ezra.

- Mais… Quoi ? Ça relève du secret médical un truc comme ça

- Laisse tomber… Bref, tout le monde est au courant, j’ai l’impression. Enfin, tout le monde, sauf le Capitaine.

- Il vaut mieux que ça reste comme ça ! Et pour répondre à ta question, oui, c’est bizarre.

- Haziel n'est jamais malade, ne dort jamais, il ne tombe pas dans les pommes comme ça !

Owen secoua la tête et fronça les sourcils. Une idée semblait mûrir dans son esprit concernant les raisons pour lesquelles Haziel avait fini dans cet état d'inconscience, pendant la mission.

- À quoi tu penses ? questionna la Cavalière.

- À Ektra. Il doit forcément avoir une influence sur lui à un certain niveau. Après tout, il a encore en lui les stigmates d'une possession et franchement, on connait trop mal le sujet.

- Laissons les pros s'occuper de son cas tu ne crois pas ?

- C'est vrai. Tant qu'il continue de dérouiller de l'Exo ça me va !

Lilly remercia son collègue et reprit sa route vers l’infirmerie, sourire satisfait sur son visage. Avec le temps, ses collègues finiraient par l’accepter et ils formeraient une équipe tout aussi efficace qu’avec la Main de Dieu et les membres originels du septième escadron.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

Les chaînes résistent. Les tyrannies ne s'éteignent pas si facilement.

Horis Saiden croyait avoir trouvé sa voie. Jamais il n'a pourtant été aussi perdu.

Nafda a éliminé bon nombre d'ennemis de l'Empire Myrrhéen. Sa quête d'assassin ne fait pourtant que débuter.

Docini Mohild n'endosse plus fièrement son nom. Elle ignore même pour quelle cause se battre.

Jizo imaginait avoir reconquis sa liberté. Aujourd'hui il s'aperçoit qu'il a encore tant de raisons pour lesquels lutter.

À l'ouest, Oranne Abdi, marchande et diplomate de renom, entreprendra la mission la plus risquée de sa vie.

Au nord, Fliberth Ristag assume les conséquences de ses décisions risquées.
21
49
42
352
Cornedor
Avant, Blanche et Cornélia n’avaient guère de soucis à gérer, mis à part leur chat galeux mangeur de patates.
Mais lorsqu’un bel inconnu leur confie une petite créature noiraude aux yeux pourpres, c’est la fin de leur tranquillité.
Petit à petit, d'autres êtres étranges se mettent à graviter autour d'elles, se glissent dans leur monde et dans leur quotidien ; comme ce lièvre mangeur de chair, aux ailes de perdrix et aux bois de daim.
Ou ce dragon au plumage de coq, mutilé avec cruauté.
Ou encore cet homme aux écailles translucides et à la beauté impérieuse...

L'exode est proche. Un convoi se prépare.

En feront-elles partie elles aussi ?


[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
375
828
692
267
Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
557
439
521
301

Vous aimez lire Teresa Rey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0