21.1

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Lilly venait tout juste de réintégrer son armement, au camp. Tout son escadron rentrait dans leurs locaux afin de prendre une bonne douche avant d'aller se coucher. Le Capitaine, quant à lui, s’en alla rendre compte au Général Amador du déroulé de la mission. Lorsque la Cavalière entra dans la salle commune, elle remarqua d’emblée la présence d’Haziel, dans l’un des canapés. Elle fit un rapide tour d’horizon et comprit qu’ils étaient seuls. C’était le bon moment de reparler de cet incident, survenu un peu plus tôt.

Elle prit place dans un fauteuil et fixa son équipier. Ce dernier n’aimait pas se sentir observer et décida de lâcher sa tablette pour lui faire face, sachant parfaitement quel était le sujet qu’elle souhaitait aborder.

- Bon, tu vas la poser ta question ? lança-t-il, nerveux.

- Putain, mais il s’est passé quoi là-haut ? cracha la Cavalière.

- J’en sais rien, OK ?

- Mais t’es tombé dans les pommes !

- On sait pas, ce n’était pas forcément un vrai malaise.

- En tout cas, ça y ressemblait pas mal ! Raconte, qu’est-ce que t’as ressenti ?

- J’ai vu Rita, enfin Ektra et j’ai commencé à avoir le tournis, soupira-t-il.

Il ne put s’empêcher de se demander s’il faisait bien d’en parler avec Lilly. Après tout, il avait encore du mal à lui faire confiance. Cependant, elle l’avait couvert auprès d’Andrew et elle méritait donc des explications. Lui aussi, voulait comprendre.

- J’ai eu mal au crâne, et dans la nuque aussi, continua-t-il en massant cette zone douloureuse autour de sa marque. Et puis, je ne sais pas, je suis tombé.

- C’est déjà arrivé un truc pareil ?

- Non, pas que je me souvienne.

- Tu crois pas que tu devrais aller consulter ?

- Pourquoi faire ? Ces crétins du service de santé ne comprennent rien de ce qu’il m’arrive !

- Ça n’a peut-être aucun rapport avec Ektra, tu sais ?

- Et ça serait quoi alors ? pesta-t-il.

- Du surmenage ? Le corps humain n’est pas fait pour rester éveillé aussi longtemps. C’est peut-être une forme de contre coup de ta possession.

Haziel baissa les yeux et acquiesça. Il détestait se l’avouer mais, une fois de plus, Lilly avait raison.

- De toute façon, reprit-elle, si tu ne vas pas consulter, j’en parle au Capitaine.

- Quoi ?

- Bah oui, défaut de compte rendu ça peut me coûter cher ! Et vu les conneries que j’ai déjà faites, je suis un peu sur la sellette.

- Ne lui dis rien, ça l’affolerait, pour rien.

- Alors va consulter.

- Tu me soûles.

- Oui, je sais.

Le Cavalier soupira, troublé de se faire avoir si facilement. Son équipière, en face de lui, se redressa et pointa la porte du doigt, en ajoutant un regard insistant. Haziel leva les yeux au ciel et quitta la salle commune afin de se rendre à la clinique.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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