19.2

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Sauf que ce matin, quelque chose fut différent. Lilly n’entendit pas le verre se fracasser contre la paroi métallique. Elle se retourna avec la bouteille à la main et elle son souffle se coupa. Elle lâcha la bouteille et, lorsqu'elle explosa au sol, elle sursauta. Son corps se figea. En face d’elle se dressa son père, le visage violacé et boursoufflé par le manque d’afflux sanguin dans le crâne, à cause de la corde qu’il s’était passé autour du cou. Pourtant, il était là, debout devant elle, les yeux grands ouverts, rougis par le sang.

Lilly sentit les battements de son cœur s’accélérer. Son père s’approcha, elle recula mais se heurta au meuble de la cuisine. Ses lèvres déformées semblaient tout de même articuler quelques mots, comme des murmures qui lui était destinés.

- Tu dois les faire souffrir, disait-il d’une voix presque inaudible.

Un écho lui traversa le crâne encore et encore. Lilly secoua la tête et changea de place en courant. Elle tenta d’ouvrir la porte de son appartement, mais celle-ci était verrouillée. En se retournant, le visage gonflé de son père se tenait à quelques centimètres d’elle.

La Cavalière lâcha un cri d’épouvante et se recroquevilla sur elle-même, au sol, se plaquant les mains sur les oreilles pour ne plus entendre ces murmures qui lui perçait la tête.

- Ils ont détruit notre famille ! hurla son père.

- Je ne peux pas leur faire du mal j’en suis incapable, balbutia Lilly, la voix tremblante.

Elle ferma les yeux et les larmes commencèrent à couler le long de ses joues. L’appartement commença à trembler, les lumières vacillaient, les ordres de son père allaient et venaient tels des échos.

Lilly ne voulait pas continuer, elle ne pouvait pas faire de mal à son Capitaine, ni à son équipier, ni personne d’autre. Elle voulait simplement que la colonie change d’avis sur elle, sur sa lignée, malgré ce que sa sœur avait pu faire. Il ne restait qu'elle et c'était elle qui devait continuer à vivre en subissant les injures des autres. Son père et sa sœur étaient en paix.

La Cavalière supplia son père d’arrêter. Il n’aurait jamais dû lui laisser cette lettre, elle lui pourrissait la vie depuis qu'elle l'avait ouverte.

Les meubles du petit salon volèrent dans la pièce, s’écrasant contre les murs, personnification de la fureur du fantôme de son père, face à sa désobéissance. Le corps de Lilly se mit à trembler et elle ne pouvait plus s’arrêter de pleurer.

- Tu dois me venger, ils m’ont tuée ! s’écria une voix féminine.

Lilly rouvrit les yeux et son souffle se coupa. La tornade autour d’elle se calma et les lumières revinrent à la normale. Elle releva la tête. Son père avait disparu, tout l’appartement avait disparu. Lilly se retrouvait plongée dans un immense espace noir, sans murs, plafonds. Sa sœur se tenait devant elle, à quelques mètres. La Cavalière se releva péniblement, les jambes faibles et tremblantes.

- Non Mila. Un sans-visage t’a tué. Le Capitaine Aleysworth, Haziel, ils n’y sont pour rien, ils n’ont fait que se défendre !

- Tu es ma sœur, je suis une victime et ils n’ont rien fait pour me sauver.

- Oui tu es une victime, mais c’est toi qui es parti !

- Ils m’ont laissée pour morte ! Papa est mort à cause d’eux !

- Papa a décidé tout seul de se mettre la corde au cou, de m’abandonner comme tu as pu le faire ! Il s’est suicidé à cause de toi ! C'est de ta faute si j'en suis là !

Lilly ne reconnaissait pas sa propre sœur. Elle avait toujours su rester calme et, ce jour-là, elle semblait céder à la colère. Cette haine n’était pas la sienne.

Alors que la psychologue s’énervait de plus en plus, la Cavalière commença à secouer la tête, cédant une fois de plus aux larmes et aux sanglots.

- Je suis désolée Mila, mais je ne vous vengerais pas toi et papa. Cette vengeance va me ronger et je n’ai pas besoin de ça, je veux juste avancer.

- Tu nous laisses tomber ! vociféra-t-elle d'une voix animale.

- J’ai une nouvelle famille et ils sont prêt à m’accueillir malgré ce que tu as fait. Je ne compte pas tout gâcher.

Lilly ferma une fois de plus les yeux pour faire passer cet horrible cauchemar. Elle se supplia elle-même de se réveiller alors qu’en face d’elle sa sœur continuait de lui hurler des horreurs.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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