18.2

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Le Général de la Cavalerie coupa instantanément la conversation vidéo avec l'ingénieur, reportant à plus tard le savon qu'elle méritait. Elle se leva ensuite pour accueillir les deux escadrons. Leur compte rendu était bien plus important que tout le reste.

Pavic prit soin de leur ouvrir la porte et tous entrèrent. Leurs combinaisons étaient dans des états déplorables. Bartoli avait la gueule en sang, tout comme Flynn dont de nouvelles blessures avaient recouvertes les anciennes, encore bien présentes. Aleysworth se tenait la mâchoire, disloquée suite à un puissant coup. L'un de ses hommes, Ezra Aguilar se tenait l'épaule. Une balle l'avait effleuré et la jeune Jones pressait sur son front une compresse de son kit de premier secours. Bellamy se secouait les cheveux, afin de retirer la terre qui s’y était emmêlés, poussant des jurons, détestant au plus haut point de se retrouver dans cet état.

Haziel Eldred passa au milieu de tous et fit glisser sur la table un dispositif de stockage intégré aux caméras embarquées des exo-combinaisons. De tous, il était le seul à ne pas être blessé mais ses épées étaient dans un état désastreux.

- Les caisses étaient vides, c'était un leurre, expliqua-t-il. Les preuves qu'Ektra s'est foutu de notre gueule sont toutes là, Général.

- C'était bien un piège ! affirma Bartoli. On a failli y passer.

- On s'est pris une branlée légendaire, articula Aleysworth en se tenant toujours la mâchoire.

- Je vous l'avais dit que la forêt c'était bien merdique, concéda Owen qui retirait encore quelques mottes de terre de son exo-combinaison.

Amador fit signe à ses hommes de prendre place autour de la table. Tous poussèrent un long soupir de soulagement.

- Ça fait du bien de poser un cul ! s'exclama Bartoli en se laissant tomber sur sa chaise.

Le Général Amador secoua la tête, déroutée, et demanda à ses subordonnés de reprendre leur sérieux quelques instants pour le compte rendu détaillé qui s'imposait.

- Il n'y avait rien du tout là-bas ? s'étonna Amador, soudain légèrement irritée d’avoir l’impression de s’être fait berner.

- Ça me tue de l'admettre, répondit Haziel en se tournant vers Lilly, mais elle avait raison.

Depuis sa place, Lilly ne put s’empêcher d’esquisser un sourire discret. C’était le premier compliment de la part de son équipier et elle se sentit flatter.

- Mais pourquoi Ektra vous aurait attiré là-bas ?

Les deux escadrons se tournèrent vers la seule personne qui avait vu juste depuis le début. Lilly haussa les épaules. La réponse était parfaitement évidente, pour elle. Soudainement, ils décidaient de l'écouter ! À l'intérieur, elle bouillonna, se demandant s'il ne faudrait pas un mort dans leurs rangs pour qu'on la prenne enfin au sérieux.

- Ça parait logique, commença-t-elle par dire. Quand on y repense, l'escadron Suicide représente un danger pour Ektra. Celui que Rita le surpasse et reprenne le contrôle avec l'aide de l'escadron Suicide, comme Haziel a pu le faire. Alors il veut se débarrasser de vous. Vous êtes son point faible.

De son côté, Haziel ne fut pas entièrement d'accord avec son équipière. Il avait eu la confirmation, de la part de Rita, qu'Ektra avait tenté de le berner lors de la mission de reconnaissance, en apparaissant comme étant bien elle-même. Il avait quelque chose en tête qui allait bien au-delà de la simple neutralisation des Suicidaires. Cependant, la seconde partie de son raisonnement pouvait s'avérer vraie. L'escadron représentait un danger pour Ektra, comme étant les seuls qui pourraient permettre à la Main de Dieu de reprendre le contrôle de son corps.

- Ta perspicacité est réellement déconcertante Lilly, balbutia le Capitaine Aleysworth avec beaucoup de difficulté.

Il ponctua sa phrase par un petit cri de douleur.

- Contente-toi d'arrêter de parler Andy, au lieu de dire des conneries, soupira le Capitaine Bartoli.

Le Capitaine Aleysworth tenta de prononcer une nouvelle phrase, mais il bafouillait. Son auditoire eut du mal à comprendre son charabia. Il leva les yeux au plafond, exaspéré, puis quitta la salle de réunion. Haziel finit par comprendre et expliqua aux autres qu'il allait en réalité à l'infirmerie, afin de se faire remettre la mâchoire en place.

Les deux escadrons terminèrent leur maigre rapport de mission de reconnaissance et quittèrent la salle de réunion, afin de recevoir des soins à leur tour. Une fois la porte refermée, le Général Amador se laissa tomber dans son fauteuil, après avoir récupéré le dispositif de stockage. Elle le brancha sur sa tablette et lança la vidéo du Cavalier Eldred.

Amador fut stupéfaite par ce plan d'attaque qu'Ektra avait réussi à mettre en place. La Cavalerie s'était faite totalement berner et avait foncé droit dans le panneau. Elle observa encore longtemps l'action avant de verrouiller sa tablette pour arrêter la vidéo. Elle en avait assez vu sur son incompétence à gérer la situation. Elle se rendait compte qu'elle n'avait aucune stratégie en place, aucun objectif réel alors qu'en face, Ektra avait un plan en tête et comptait bien s'y tenir.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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