18.1

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Amador trépignait d'impatience de voir l'escadron Suicide et l'escadron des Exécuteurs rentrer au camp. Ektra avait entreposé ces caisses dans la forêt pour une bonne raison et elle comptait bien découvrir laquelle. Le Général de la Cavalerie ne supportait plus d'attendre que leur ennemi daigne se montrer, les rendant simples spectateurs de ses actes, acteurs de son plan. Amalia Amador comptait bien prendre les devants dans cette partie d'échec qu'elle perdait, jusqu’à ce jour.

En attendant le retour des escadrons, elle décida de contacter le Docteur Scarola, afin de savoir si les recherches sur le dispositif de détection et l'extraction d'Ektra avançaient. L'obtention de cet appareil commençait à devenir extrêmement urgente. Plus vite ils se débarrassaient d'Ektra, plus vite ils pouvaient retourner à la recolonisation de la Terre.

Les habitants de la colonie commenceraient à perdre patience, si le Gouverneur ne leur annonçait pas rapidement une bonne nouvelle. Ils finiraient par, de nouveau, avoir l'impression qu'ils ne pourraient jamais retourner sur Terre et la Cavalerie perdrait une fois de plus le peu d'estime que les civils portaient à cette armée.

L'ingénieur répondit à l'appel vidéo après plusieurs sonneries. Elle remonta ses lunettes sur son nez et roula des yeux en voyant le visage du Général Amador apparaitre de l'autre côté. Cette conversation promettait d'être une fois de plus riche en émotions.

- Combien de fois je vais devoir vous le dire Général, arrêtez de me harceler !

Amador sursauta devant l’intonation empruntée par l’ingénieur lors de sa réponse. Les bonnes manières manquaient à cette femme.

- Ça fait des semaines que je ne vous ai pas contacté, ne commencez pas Docteur !

Riley Scarola laissa s'échapper un rire moqueur et un sourire satisfait se dessina sur son visage. Elle arqua les sourcils.

- Je vous manquais c'est ça ? insinua-t-elle. Vous voulez qu'on papote entre copines ?

- Ne soyez pas stupide, soupira Amador. Où en est le dispositif que je vous ai demandé, il y a déjà plusieurs semaines ?

- Eh bien je rame si vous voulez tout savoir ! Vous m'avez posé une sacrée colle sur ce coup. N’en soyez pas si fière ! Si vous n'avez pas eu de nouvelles, c'est que je n'ai fait encore aucune avancée. Dois-je vous rappeler la complexité de ce que vous m'avez demandé de faire ?

- Mais c'est tout de même possible ?

- Rien n'est impossible pour mon génie, assura-t-elle avec un signe de la main, très confiante concernant la réussite de ce projet.

Agacée au plus au point par les réflexions non professionnelles de l'ingénieur, Amador s'impatienta et haussa le ton, sachant parfaitement qu'elle allait le regretter par la suite.

- J'ai besoin de résultat Docteur ! Sinon je vous colle au placard à réparer les systèmes de ventilation du garde-manger principal !

De l'autre côté le Docteur Scarola sursauta et arrêta immédiatement de fanfaronner. Elle adopta un air outré et retira ses lunettes de vue, avant de s'approcher de l'objectif de la webcam.

- Pas la peine d'être désagréable, lança-t-elle d'un ton calme. Vous devriez apprendre à vous détendre, Général. Je ne sais pas, allez prendre une cuite avec vos hommes, ça vous fera le plus grand bien !

- Docteur ! vociféra Amador.

Riley soupira, exaspérée que le Général Amador prenne toutes ses paroles au pieds de la lettre. En réalité, l'ingénieur était dans une impasse et elle n'avait certainement pas envie de l'avouer à cette femme.

- D'un point de vue théorique c'est faisable. Mais en pratique, je ne pense pas que nous possédions les capacités technologiques pour les séparer et encore moins les connaissances suffisantes concernant ce phénomène.

- Vous avez créé la Main de Dieu, mis au point une arme surpuissante pour détruire les sans-visages et améliorer grandement la conception des exo-combinaison…

- Vous me flattez, coupa Riley.

- Et vous allez me faire croire que nous ne possédons pas la technologie pour extraire Ektra du corps de Rita Aleysworth ? s'énerva ensuite le Général.

De l'autre côté, Riley leva les yeux au ciel, décidément blessée dans son égo.

Alors qu'Amador s'apprêtait à enchainer, bien décidée à passer ses nerfs sur l'ingénieur, le capitaine Tihana Pavic débarqua dans la salle de réunion, informant le Général que les Exécuteurs et l'escadron Suicide étaient de retour.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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