17.3

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Owen, Ezra et Haziel avançaient à pas de loup vers les immenses piles de caisses qui se dressaient devant eux. Haziel avait sorti ses deux épées et contemplait les alentours avec une grande attention afin de déceler tout danger potentiel dans les environs.

Ezra sifflotait dans son coin. De son côté, Owen jouait nerveusement avec le cran de sûreté de son arme longue, progressant d'un pas rapide. Ezra le rappela à l'ordre lorsqu'il remarqua qu'Haziel et lui allaient bientôt perdre la liaison avec le dernier membre du trinôme.

- Une forêt, ne cessait de répéter Owen, on ne pouvait pas imaginer pire je crois ! Mais qu'est-ce qui va nous tomber dessus, les gars ?

- Si les Exos se pointent plus tôt que prévu, on fera comme d'habitude Owen, expliqua Ezra.

- On les dessoude, compléta Haziel.

- Ouais, on en reparlera quand ils nous tomberont dessus. Lilly a raison, ça pu l'embrouille cette histoire.

- Contente-toi d'aller ouvrir une des caisses, ordonna Haziel alors qu'ils approchaient de l'une des piles. Je vais faire le tour.

Au pas de course, les deux Cavaliers s'approchèrent d'une des boites au sol alors qu’Haziel s’éloigna pour faire le tour. Ezra soupira en se massant la nuque. Il détestait devoir bosser de cette façon, en menant des enquêtes. Il préférait les combats contre les Exos, c’était plus vivifiant. Le reste du temps, il s’ennuyait et n’aimait pas que tout soit calme. Il s’était engagé dans la Cavalerie pour avoir de l’action, afin que les missions le sorte de son train-train quotidien.

- Eh Ezra, je peux te poser une question ? questionna Owen en s’approchant d’une pile de caisse.

- Si jamais je te réponds non, tu me ficheras la paix ?

- Bah non.

- Bon bah, vas-y, je t’écoute, soupira le Cavalier.

- Tu crois que j’ai une chance avec Lilly ?

À la fin de sa question, il fit un bond afin de rejoindre le haut d’une pile. Dérouté, Erza le suivit du regard. Owen se redressa et fixa son équipier, attendant une réponse de sa part.

- Comment ça, une chance avec Lilly ? s’étonna le Cavalier.

- Je vais pas te faire un dessin ! répliqua-t-il en écartant les bras, son allusion était tellement évidente.

- Non mais d’accord, mais… Lilly ? Sérieux ?

- Bah, je l’aime bien quoi. On rigole bien ensemble.

- Non, toi tu rigoles tout seul et elle ? Elle s’en tape de ta gueule !

- Tu dis n’importe quoi. T’en sais rien, de toute façon. Elle m’a plusieurs fois demandé de l’aider à s’entraîner au combat.

- Ouais et il me semble bien que c’est pour s’améliorer et foutre des patates au Capitaine. T’es juste son serviteur parce que t’es bon dans ce domaine, c’est tout.

- Quand on rentre, je lui propose d’aller boire un verre, annonça Owen en s’accroupissant à côté d’une caisse, n’ayant pas écouté la dernière réplique d’Ezra.

- Elle va t’envoyer bouler et toi tu vas encore chialer. Je sens déjà que ça va me soûler ton histoire.

Owen fit un signe de la main à son équipier afin d’effacer la réflexion de son équipier.

- En plus, elle est dans notre escadron et c’est un peu comme la famille quoi !

- Mais n’importe quoi…

- Si, c’est de l’inceste, un truc comme ça. En tout cas, ce serait bizarre !

La Cavalier soupira, exaspéré par les propos du second soldat. Rien, ni personne, ne pourrait l’empêcher d’inviter Lilly pour passer une soirée ensemble. Il était déterminé à pousser leur relation plus loin, persuadé que cette attirance était réciproque.

Au sol, Ezra râlait dans son coin, répétant que c’était une mauvaise idée. Owen ne l’écoutait plus. Il dégaina son couteau de combat et brisa le sceau de cette caisse en métal juste devant lui.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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