17.2

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Le soleil commençait tout juste à se lever. Les arbres filtraient les quelques rayons qui se reflétèrent sur la peau de Lilly. Ils lui provoquèrent une sensation de chaleur apaisante. Elle remarqua cependant que les bruits de craquements des feuilles et des brindilles sous leurs pieds risquaient d'indiquer leur position aux Exos, s'ils étaient encore présents dans les environs. À condition qu'ils ne les attendent pas d'ores et déjà dans une embuscade.

Les immenses arbres pouvaient leur procurer des cachettes adéquates pour leur mission. En hauteur, Andrew et Lilly pourraient se positionner sur une large branche, tout en gardant un visuel sur le trinôme à l'avant. La Cavalière soumit l'idée à son supérieur qui, après avoir fait un tour d'horizon de la zone, se rendit compte que sa proposition n'était pas stupide.

Au fond de lui, cette mission en forêt, il ne la sentait pas. Sans aucun point haut, aucun moyen de s'envoler sur des hauteurs pour tomber sur les Exos, comme ils avaient l'habitude de faire. À terre, il se sentait incroyablement vulnérable.

Des empilements de caisses en métal se dessinèrent enfin devant eux, au loin. Immédiatement, Andrew rendit compte à Bartoli qu'ils approchaient du but. Lilly et lui grimpèrent donc dans l'un des immenses arbres.

Autour d'eux, ils remarquèrent l'absence totale d'Exos, comme il était prévu à cette heure-ci. Lilly avait de plus en plus l'impression que son escadron se dirigeait dans un piège. Cette fenêtre libre était une aubaine pour eux. Si Ektra se doutait de leur venue, ce serait forcément pendant ces quelques heures que leur ennemi déciderait de tendre son embuscade.

- Pour ton information Lilly, lança le Capitaine Aleysworth alors que la Cavalière était perdue dans ses pensées, il est hors de question que tu serves de diversion si ça tourne mal. Peu importe ce que Flynn dit. De toute façon elle est complètement folle, celle-là.

Lilly laissa s'échapper un rire moqueur. Elle fut touchée par les propos du Capitaine. Il semblait vouloir réellement l’intégrer dans son escadron, malgré son nom de famille. Son cœur se serra ensuite en repensant à ce qu’elle avait bien failli faire pour obéir aux dernières volontés de son père. Elle était prête à suivre toutes ses directives sans même prendre le temps de connaitre ses nouveaux collègues.

- Qu'est-ce qui te fais rire ?

- C'était un test Capitaine.

- Quoi ?

- Amanda Flynn est un bourrin, cinglée, tout ce que vous voulez, mais elle reste un Cavalier, avec un sens très prononcé de la fraternité d'arme. Même si je m'appelle Jones, elle ne m'aurait jamais laissé seule au milieu d'une horde d'Exos. Elle voulait juste s'assurer que je sois capable de faire ce qu'il faut, si la situation l'exigeait. Comme la Main de Dieu a pu le faire. J'ai dû bien répondre, sinon Flynn m'aurait coupé la tête sur place.

Andrew éclata de rire en secouant la tête, se sentant stupide de n'avoir rien vu venir. Ce test était bien digne de la légendaire armoire à glace des Exécuteurs, bras droit du Capitaine Bartoli. Il tourna ensuite le regard vers Lilly qui l'observait d'un air stupéfait.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- Ma réflexion va vous paraitre complètement stupide Capitaine, peut-être même un peu déplacée ! Mais ça fait un peu plus d'un mois que je suis ici et je crois que c'est la première fois que je vous vois sourire.

Gêné, Andrew détourna les yeux, tentant de se remémorer la dernière fois où il avait effectivement souri. Le Capitaine fut décidemment très troublé par la perspicacité de sa subalterne.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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