16.3

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Le Général Amalia Amador venait d’être réveillée, en pleine nuit, par une nouvelle des plus inquiétantes. L’escadron du Capitaine Yukimura avait découvert une information importante, concernant les sans-visages, qui pouvait avoi run lien direct avec le plan qu’Ektra comptait suivre, pour sa vendetta.

Immédiatement après avoir reçu le compte rendu de l’escadron Espion, elle avait décidé de convoquer les Suicidaires et les Exécuteurs pour un départ en mission dans les minutes à venir. Dans la seconde suivante, elle prenait une navette pour se rendre sur Terre.

Lorsque la porte de la salle de réunion sur Terre s’ouvrit enfin, quelques membres des deux escadrons entrèrent, encore embrumés et bien endormis. Ils n’allaient pas tarder à émerger rapidement en prenant connaissance de la mission qui allait leur être confié.

Les deux escadrons prirent place autour de la table. Le Capitaine Bartoli n’avait pas pris la peine de réveiller tous ses hommes. Seul lui et son bras droit, Amanda Flynn, participeraient à la réunion. Quant à l’escadron Suicide, Haziel ne dormait jamais et Lilly, en tenue de sport, s’était ajoutée.

- L'escadron Espion est revenu en urgence de leur mission de reconnaissance, commença Amador en récupérant sa tablette afin de procéder à un briefing rapide pour cette opération des plus importantes.

- Ils ont eu des ennuis ? questionna Bartoli en se frottant les yeux après avoir bâillé un coup.

Amador afficha une carte du territoire sur sa tablette et la transposa sur la table de la salle de réunion. Les deux escadrons constatèrent sans mal que le point présenté n’était pas une zone connue et déjà explorée par la Cavalerie. Planimétrie inexistante, aucun détails artificiels dans les environs, simplement une large forêt, bien au-delà de la zone rouge.

- Yukimura a repéré une étrange activité Exos dans cette zone, expliqua Amador en pointant un point rouge.

- La forêt ? s'étonna Andrew. Ce genre de zone ne fait clairement pas partit de notre champ d'action habituel.

- Ni celui des Exos ou des sans-visages, précisa Amanda Flynn.

- Et pourtant, soupira le Général Amador, apparemment, ils y entreposent des caisses, loin des yeux de tout le monde.

Elle étaya ses propos par de nombreux clichés de ces immenses piles de caisses, pris par l'escadron du Capitaine Yukimura.

- Et tu veux qu'on aille faire sauter tout ça ? interrogea Bartoli.

- Non, soupira Amador en levant les yeux au plafond. Enfin du moins pas tout de suite. Je veux que vous alliez déterminer ce qui se trouve dans ces caisses.

- S'ils les cachent aussi loin de la zone rouge, intervint Haziel, c'est qu'elles doivent contenir quelque chose d'intéressant.

- Il y a une fenêtre de quelques heures, à l'aube, entre le moment où les derniers Exos quittent la zone et d'autre arrivent pour prendre le relais sur la surveillance.

- Ce sera donc notre fenêtre d'action, comprit Bartoli.

- Mais la forêt ? coupa Andrew. Pas très pratique pour manier l'exo-combinaison. Encore une fois on est très loin de nos interventions habituelles !

Au bout de la table, le Général Amador se laissa glisser sur sa chaise. Effectivement, sans aucun point en hauteur, les combats, s'ils étaient obligés d'en engager un, ne serait vraiment pas à leur avantage.

Silencieuse depuis le début du briefing de départ en mission, Lilly s’approcha pour observer plus en détail la carte, les alentours de la zone, ainsi que les quelques photos de ces caisses prisent par l'escadron Espion. Elle détailla chaque cliché avant de passer au suivant, ainsi que l’emploi du temps de patrouille des Exos, repéré par les Espions. Elle trouvait que quelque chose clochait dans ces photos. De plus, cette fenêtre d'action, une aubaine pour eux, semblait beaucoup trop évidente à ses yeux pour être parfaitement normale.

- C'est peut-être un piège, lança-t-elle, sûre d'elle.

Interloqué par son propos, les Cavaliers présents autour de la table se tournèrent vers Lilly.

- Pourquoi ça ? s'étonna Amador, persuadée que cette mission n'avait rien de plus dangereux que les autres.

- Ektra, ou Rita, connaissait tous les protocoles de la Cavalerie, expliqua Lilly sans quitter les yeux de la carte. Il devait savoir qu'on enverrait l'escadron Espion traquer les fabriques de navettes dès l'instant qu'on en repérerait une. C'est trop facile.

Lilly redressa le regard et se rendit compte que son auditoire la fixait d’un air interrogé. Elle ravala sa salive, se demandant si elle n’aurait pas dû garder ses observations pour elle. Cependant, le Capitaine Aleysworth lui demanda de développer le fond de sa pensée.

- Si le contenu de ces caisses est si important, pourquoi la forêt ? reprit-elle. Pourquoi pas les égouts ? Ou alors un entrepôt dans les sous-sols ? Là, même si la forêt n'est pas propice au combat en exo-combinaison, nous pouvons attaquer de n'importe quel côté. Et pourquoi laisser un trou de quelques heures dans les surveillances ? Ici au camp il n'y en a pas entre les différentes patrouilles de nuit. Encore une fois, si ce qu'Ektra cache ici est si considérable, pourquoi faire un trou dans l'emploi du temps de surveillance ?

- Tu penses sincèrement que c'est un piège ? interrogea Andrew.

- Définitivement une embuscade, Capitaine, affirma-t-elle en se tournant vers son supérieur.

De l'autre côté de la table, Amador décida d'ignorer les mises en garde de la Cavalière et ordonna aux deux escadrons de se préparer pour un départ à l'aube. Elle congédia ensuite ses hommes et ils quittèrent la pièce.

Lilly leva les yeux au ciel en entendant les ordres du Général. Elle ne comptait pas la prendre au sérieux. Trop jeune en service ? Ou simplement parce qu'elle s'appelait Jones ? La jeune Cavalière commençait à être las qu'on ne l'écoute pas simplement à cause de sa famille. Elle était persuadée d'avoir raison mais semblait être la seule à s'inquiéter pour cette mission si simple.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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