13.2

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Lilly se contenta de contempler ses deux collègues en plein combat. Elle croisa les bras et soupira. Mais qu’est-ce que je fous là, moi… ne cessait-elle de se demander. Il lui était inutile de couvrir ces deux soldats, ils s’en sortaient parfaitement sans elle. Un léger coup de vent lui caressa la nuque et provoqua un frisson dans tout son corps. Pendant un instant, une vague de froid l’envahit et lui glaça le sang. Surprise, elle eut l’impression de sentir une présence dans son dos et se retourna d’un geste vif. Elle se massa la nuque, prise d'une douleur soudaine et handicapante à cet endroit. Non, il n’y avait qu’elle sur ce toit. Seuls un nuage de poussière et de feuilles mortes virevoltèrent devant elle. Elle repassa une mèche de cheveux derrière son oreille et se tourna de nouveau pour observer ses collègues, en plein combat.

Les Exos étaient connus pour être totalement désorganisés et solitaires dans leur façon d’attaquer. Leurs tirs étaient toujours concentrés sur leurs cibles, se préoccupant peu de ce qui passait dans leur ligne de mire, même s’il s’agissait de l’un des leurs.

Alors qu’Ezra s’attaquait à l’un d’eux, Owen venait tout juste d’en neutraliser un, avant de passer au suivant. Lilly remarqua un détail étrange, dans la façon de se mouvoir de leurs ennemis. L’un des Exos se lança à la poursuite d’Ezra, tentant de porter assistance à son collègue Exo, alors qu’il était bien plus proche de l’autre Cavalier. En suivant le peu de logique de leur système primaire, il aurait dû s’attaquer à Owen, et non poursuivre son équipier.

- Capitaine, les Exos agissent bizarrement, je trouve, affirma Lilly dans son oreillette, en pleine confusion.

- Tu veux dire, à part le fait qu’ils veulent constamment nous buter sans se soucier de ce qui se passe autour d’eux ?

- Oui on peut dire ça comme ça. Je ne suis pas une spécialiste dans le mode opératoire des Exos, mais là on dirait qu’ils sont organisés, expliqua-t-elle maladroitement.

- Organisés comment ?

Elle hésita à répondre au Capitaine, ne sachant pas si elle prenait la bonne décision en rendant compte de ses observations. Elle pouvait également complètement se tromper et affoler son supérieur pour rien. Dans son dos, elle sentait la présence du fantôme de son père, se tenant derrière elle, arborant un regard désapprobateur. Elle ne se retourna pas et se contenta de secouer la tête pour faire disparaitre cette horrible sensation de ne pas être seule.

- Eh bien, il semblerait qu'ils aient une tactique, comme nous en fait, prit-elle le courage de répondre.

Troublée par ce la scène dont elle était témoin, le regard de Lilly fut attiré par un nouvel évènement dans la rue. Elle remarqua des Exos à taille humaine entrer dans le bâtiment, dans lequel se trouvait Haziel. La Cavalière jeta de nouveau un regard vers ses deux collègues et comprit ce qui était en train de se passer sous leur nez.

- Capitaine, vous vous souvenez de notre entraînement d’hier ? C’est une diversion !

- Une diversion ? Les Exos ne sont pas capables de créer une diversion, assura-t-il, tout de même hésitant dans sa voix.

- Les Exos non, mais Ektra oui ! Il faut prévenir Haziel !

- Je m’en occupe.

Andrew prit le risque de faire confiance à sa nouvelle recrue. De toute façon, il ne pouvait pas laisser place au doute. Il tenta de joindre Haziel par radio, en vain. Il recommença une nouvelle fois, espérant qu’il ne soit pas trop tard. Le compte rendu d’Ezra concernant la neutralisation des quatre Exos lui parvint, mais toujours aucun signe d’Haziel. Owen ne manqua pas de rendre compte des mêmes observations que Lilly, concernant le comportement de cette patrouille d'Exo.

*

Après plusieurs tentatives infructueuses pour joindre Haziel par radio, le Capitaine quitta sa position pour retrouver le reste de son escadron sur le toit. En peu de temps il put rejoindre Lilly. Depuis sa position, elle fixait l’entrée empruntée par le Solitaire. En bas de la rue, Owen et Erza patrouillaient dans les alentours, n'ayant pas reçu l'ordre de porter secours à leur collègue.

- Tu es sûre de ce que tu avances, Lilly ?

- Je… Je ne sais pas, Capitaine, avança-t-elle, maladroite. Je suis sûre de rien mais…

- T’as eu un mauvais pressentiment, coupa l’officier en s’approchant à son tour du bord du toit.

- Ouais… Vous pensez qu’on devrait entrer pour aider Haziel ?

- Tu lui serais absolument d'aucune utilité !

Lilly croisa les bras et mordilla le bout de son gant. Un silence pesant tomba sur la position de l’escadron Suicide. Au bout de longue minutes, Haziel sortit enfin du bâtiment. Le Capitaine poussa un juron et soupira. Lilly fut étonnée d’être elle aussi soulagée de le voir toujours en vie. Elle aurait pu décider de le laisser mourir, en ne rendant pas compte à son supérieur mais, c’était comme si, tout au fond d’elle, elle voulait protéger ses compagnons d’armes.

- Tu vas te faire allumer, chantonna Ezra en s’approchant de son collègue.

- Non mais ta radio, Haziel ! s’énerva le Capitaine depuis le haut du bâtiment. C’est pas en option sur ta combi ! Garder la liaison ! T’as oublié tout ce qu’on a appris ou comment ça se passe ?

- Et si tu respirais quelques secondes, hein ? hurla Haziel en rangeant ses épées. Je crois que l’enceinte du bâtiment est brouillée ! Je captais rien du tout ! expliqua-t-il en levant écartant les bras.

- Pourquoi tu n'es pas ressorti alors ? questionna Andrew.

- Je suis tombé dans un traquenard, ils devaient se douter qu’on venait, expliqua Haziel. Comment c'est possible ? Aucune idée ! Je devais bien me débarrasser d’eux, non ? Ils ne m’auraient jamais laissés tranquille.

Haziel s’épongea le visage du liquide Exo qui avait giclé sur lui, pendant le combat, tout en pestant dans son coin. Il ne supportait plus de finir dans un tel état à chaque fois qu’il affrontait leurs ennemis.

- Mais ils devaient être une centaine de ce bâtiment ! s’étonna Owen.

- Ouais et ? répondit Haziel, indifférent.

- Trop cool, chuchota Owen, complètement émerveillé par les prouesses du Cavalier Solitaire.

Ezra donna une claque sur l’arrière du crâne de son équipier. Ce dernier s'insurgea avant de lui en retourner une que son équipier n'eut aucun mal à esquiver.

- Fais gaffe tu as de la bave qui coule, plaisanta Ezra.

Tous les trois remontèrent sur le toit pour rejoindre leur Capitaine et Lilly afin de faire les comptes rendus. Haziel avait posé les bombes, la fabrique allait exploser dans peu de temps. Lilly expliqua ensuite ce qu’elle avait remarqué concernant le comportement des Exos. Haziel ne cessait de lever les yeux au ciel en écoutant ses divagations, alors qu'à côté, le Capitaine Aleysworth semblait prendre très au sérieux les remarques de sa subordonnée.

Elle avait fait preuve d'une perspicacité et d'un esprit d'analyse remarquable durant cette mission. Haziel s'en serait tout de même sorti si elle n'avait pas vu venir la diversion, mais elle avait soulevé un point encore inconnu concernant leurs ennemis. Ils faisaient désormais la différence entre leur cible et les autres Exos, mettant également en place des plans d'attaque. Se battre contre eux deviendrait encore plus compliqué et dangereux qu'avant.

Ils entamèrent finalement leur retour vers le camp alors que le bâtiment allait exploser dans quelques secondes, enterrant avec lui ces premières navettes en construction.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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