13.1

3 minutes de lecture

- Des navettes ! s’écriait Owen dans l’oreillette d’Haziel. Alors ça y est, on reprend l’offensive Weinberg ça veut dire ?

- Mais ferme-là, Owen ! Concentre-toi sur la mission et arrête de squatter la fréquence pour dire de la merde, rétorqua Ezra en fond sonore.

Haziel ne prit pas la peine de répondre à son collègue, posté sur son point, à l’extérieur de l’entrepôt. Lui, était bien trop préoccupé par ces charges explosives à poser dans le bâtiment. Le Capitaine Bartoli et les Exécuteurs avaient malheureusement vu juste, concernant ces navettes en construction. Haziel et l'escadron Suicide avait reçu l’ordre d’investir cette fabrique, toute neuve, et de la réduire en poussière.

À peine cette information sur la construction des navettes avait-elle été révélée que l’escadron Espion était de nouveau reparti en mission d’éclaireur, afin de déterminer s'il y avait déjà d'autre fabrique, ainsi que leurs localisations. Le système de fonctionnement de la Cavalerie fut complètement remanié, une fois de plus, afin d’articuler plusieurs frappes chirurgicales dans la zone rouge, comme deux ans auparavant.

Amador avait estimé que le fonctionnement du Gouverneur Weinberg méritait d’être de nouveau mis en place, vu son efficacité lors de la première offensive. Profitant de l'effet de surprise et de la désorganisation de leurs ennemis, elle gagnait un peu de temps afin de revoir tous les protocoles d'actions de la Cavalerie. Il ne fallait pas perdre un seul instant et prendre les devants, avant d'être submergés par trop de cibles. Avec Ektra aux commandes, les sans-visages et les Exos semblaient bien mieux organisés. Il était plus difficile d'atteindre les navettes, ou même de les localiser. La sécurité aux abords des bâtiments avait été renforcée, ainsi qu'à l'intérieur.

Hors de l’entrepôt, Owen, Ezra et Lilly surveillaient les alentours, afin de protéger les arrières d’Haziel, à l’intérieur. Owen faisait les cent pas sur le bord du toit, Ezra était accroupi au milieu, son fusil sur l’épaule. Lilly, debout les bras croisés, attendait bien sagement l'ordre d'intervenir, si quelque chose tournait mal pour son équipier.

- Comment vous pensez que ça va tourner, cette histoire ? questionna Owen pour briser ce silence pesant dans le trinôme.

- Mal, tu crois quoi ? plaisanta Ezra.

- Non mais je veux dire pour l’escadron, entre Haziel et le Capitaine. Je sais pas vous, mais j’ai l’impression que c’est encore plus tendu depuis que la Main de Dieu est de retour.

- C’est bien ce que je te dis, ça va mal finir.

- Pourquoi, c’était différent avant ? questionna Lilly, curieuse.

- Pas vraiment, souffla Ezra en haussant les épaules. Ça a toujours été bizarre entre Haziel et le Capitaine. Ce gars fait sa vie et notre supérieur n’en a rien à foutre.

- Quand on est arrivé, je me suis vraiment demandé s’ils avaient fait leurs classes ensemble, ajouta Owen.

- C’est clair. Mais je m’en tape, personnellement. Du moment que le Solitaire continue de dérouiller de l’Exos, nous, on reste sur la touche et ça me va très bien comme ça ! Payer à rien foutre, comme un Auxiliaire.

Owen leva les yeux au ciel, exaspéré par le détachement de son équipier, vis-à-vis des tensions naissantes dans leur escadron. Il se tourna vers la jeune Cavalière, dont le regard était fixé sur l’entrepôt.

- T’en penses quoi ? Toi qui as un regard extérieur ?

- Franchement, de nous trois c’est quand même vous qui les connaissez le mieux, expliqua-t-elle.

- Ouais, mais t’es une féminine, affirma Ezra. Vous êtes douée pour le crépage de chignon, vous les greluches.

Lilly ne sut quoi répondre et se contenta de le dévisager. Il fallait vraiment qu’elle s’habitue à ce genre de réflexion de la part de son collègue. Elle devait apprendre à les connaitre, tous les deux. Dans ce cas de figure, ne pas répondre à Ezra constituait sa meilleure option pour ne pas entrer dans son jeu.

Alors qu’un nouveau silence s’était installé sur ce toit, Ezra remarqua l’arrivée d’un groupe d’Exos dans la rue et se redressa pour approcher du bord.

- Capitaine, on a de la compagnie, annonça-t-il dans la radio.

- Combien ?

- Quatre.

- Facile, tu t’en occupes avec Owen. Lilly reste en retrait.

Ezra répercuta les ordres reçus. Lui et Owen se lancèrent dans la rue afin de neutraliser les Exos. Lilly s’avança au bord du toit afin d’observer la scène devant elle. Elle soupira d’exaspération, se sentant complètement inutile à cette mission, ou dans son escadron, en général. Encore trop inexpérimentée, le Capitaine Aleysworth la gardait à l'écart pour qu'elle en apprenne plus sur leur mode d'action, en observant.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Brad Priwin
Ce récit fait suite au tome 1 publié sur ce lien. Lisez-le d'abord ! Si l'histoire vous intéresse bien sûr. https://www.scribay.com/text/167540483/les-chaines-de-la-tyrannie-tome-1

Les chaînes résistent. Les tyrannies ne s'éteignent pas si facilement.

Horis Saiden croyait avoir trouvé sa voie. Jamais il n'a pourtant été aussi perdu.

Nafda a éliminé bon nombre d'ennemis de l'Empire Myrrhéen. Sa quête d'assassin ne fait pourtant que débuter.

Docini Mohild n'endosse plus fièrement son nom. Elle ignore même pour quelle cause se battre.

Jizo imaginait avoir reconquis sa liberté. Aujourd'hui il s'aperçoit qu'il a encore tant de raisons pour lesquels lutter.

À l'ouest, Oranne Abdi, marchande et diplomate de renom, entreprendra la mission la plus risquée de sa vie.

Au nord, Fliberth Ristag assume les conséquences de ses décisions risquées.
21
49
42
352
Cornedor
Avant, Blanche et Cornélia n’avaient guère de soucis à gérer, mis à part leur chat galeux mangeur de patates.
Mais lorsqu’un bel inconnu leur confie une petite créature noiraude aux yeux pourpres, c’est la fin de leur tranquillité.
Petit à petit, d'autres êtres étranges se mettent à graviter autour d'elles, se glissent dans leur monde et dans leur quotidien ; comme ce lièvre mangeur de chair, aux ailes de perdrix et aux bois de daim.
Ou ce dragon au plumage de coq, mutilé avec cruauté.
Ou encore cet homme aux écailles translucides et à la beauté impérieuse...

L'exode est proche. Un convoi se prépare.

En feront-elles partie elles aussi ?


[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
375
828
692
267
Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
557
439
521
301

Vous aimez lire Teresa Rey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0