11.2

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Andrew donna les ordres à ses soldats. Une mission n’allait pas tarder à leur tomber dessus et ils devaient donc s’y tenir prêts. Alors que ses subordonnées s’éloignèrent, il demanda à Lilly de rester quelques minutes. Il avait à lui parler, seul à seul, afin que cet incident au niveau de la brèche ne se reproduise plus. Encore très énervé par son insubordination, il devait mettre les choses au clair avec elle. Il avait bien failli perdre un membre de son escadron, peut-être plusieurs même, ce qui, pour lui, était inconcevable. Elle devait donc comprendre ce qu’elle risquait si elle recommençait. Lui-même ne serait pas forcément là à chaque fois pour la sauver et Haziel ne déciderait certainement pas de lui porter secours.

- Quand je te donne un ordre, j’attends de toi que l’exécute, lança-t-il en la pointant du doigt. Peu importe que tu le trouves stupide. Ta curiosité mal placée ne doit pas te pousser à la désobéissance.

- Reçu Capitaine, répondit-elle en baissant les yeux.

Lilly ravala sa salive en croisant les mains derrière le dos. Persuadée qu'elle allait encore se prendre un tir légendaire dont elle se souviendrait toute sa vie, elle serra les poings, crispant les muscles de ses bras. Son Capitaine marqua quelques secondes de silence.

La Cavalière releva discrètement le regard vers lui et elle remarqua qu'il fronçait toujours les sourcils, le visage fermé, les bras croisés. À cet instant, elle n'était pas du tout capable de déterminer si son supérieur voulait lui trancher la tête, ou réfléchissait simplement à un moyen de la punir à la hauteur de son acte indiscipliné.

- J’ai besoin d’avoir une confiance absolue en mes hommes. Je ne peux pas sans arrêts me demander si tu vas encore te la jouer solo ou pas.

Vous avez raison de ne pas me faire confiance, parce que je vais probablement devoir vous éliminer dès que j’en aurais l’occasion, voulut-elle répondre. Elle avait encore en travers de la gorge ce coup de poing qui lui avait presque fracturé la pommette. Elle n’arrivait pas à concevoir que son supérieur agissait comme s’il n’avait pas tenté de la défigurer.

- Ça ne se reproduira plus, Capitaine, se contenta-t-elle d’assurer.

- J’espère bien.

Toujours le regard baissé vers le sol, Andrew se demandait également ce qui était passé par la tête de la Cavalière, pour qu’elle décide d’agir de la sorte. Avec un comportement aussi réfractaire à l’autorité, elle n’aurait jamais pu sortir quatrième de sa promotion. Il y avait donc une autre raison à son acte que de la curiosité malsaine.

- Pourquoi tu as fait ça, Lilly ? Mais vraiment. Arrête deux secondes avec tes "reçu" et parle-moi franchement.

La Cavalière lâcha sa main dans le dos et ravala salive, surprise que son supérieur lui pose cette question, à laquelle elle n'avait aucune réponse correcte.

Parce que je voulais vous mettre en danger, je voulais mettre hors d’état de nuire, une fois de plus, la Main de Dieu, sous vos yeux, pour que vous compreniez ma douleur.

- Je ne sais pas trop Capitaine, répondit-elle hasardeusement, tentant de paraitre crédible dans son mensonge. Je n’ai pas vraiment réfléchi.

- Percute plus rapidement la prochaine fois, sinon tu risques de mourir prématurément. La Terre n’est pas un jeu. Ici, on n’est pas en simulation.

- Bien pris Capitaine.

Elle marqua une pause. En relevant la tête, Lilly se rendit compte que son Capitaine avait besoin de plus d’explications que son manque de réflexion en situation de combat.

- En fait, je me suis dit que si je la sauvais, toute la colonie se souviendrait qu'un Jones aurait sauvé la Main de Dieu et oublierait qu'un autre l'avait tué.

Elle haussa les épaules et éclata piètrement de rire, se sentant absurde en prononçant ces mots, se surprenant elle-même de croire ce qu’elle venait de dire. En face d’elle, le Capitaine sembla sceptique au premier abord. En réalité, il était étonné de comprendre la réaction de sa subordonnée, mais également d’être touché par ses propos.

- C’est complètement stupide, je sais bien, enchaina-t-elle en croisant les bras et en détournant le regard.

Non, pas tant que ça, pensa Andrew.

Le visage la Cavalière fut éclairé par un rayon de soleil qui se refléta dans ses yeux noisette. Elle esquissa un léger sourire d'auto dérision. Andrew put également entrevoir un hématome sur la pommette de sa subordonnée, sous cette lumière. Il serra les dents, comprenant qu’il y était vraiment allé fort avec elle.

- Je comprendrais si vous demandiez à me changer d'escadron. Vous devriez d’ailleurs, Capitaine.

Vous seriez peut-être plus en sécurité, je ne sais pas encore ce que je vais faire de vous.

Elle tourna de nouveau la tête vers son supérieur, dans l'attente d'une réponse de sa part.

- Tu devrais aller t’excuser auprès d’Haziel d'avoir tout fait planter, ordonna-t-il pour changer de sujet. Il reste ton équipier.

- Si j'arrive à le trouver... marmonna-t-elle.

Et vous ? Quand est-ce que vous allez vous excusez de m’avoir frappé aussi violemment ?

Andrew s’éloigna finalement de la Cavalière en plongeant les mains dans les poches de son pantalon de treillis. Ses mots résonnèrent dans son esprit. Lilly semblait vouloir donner une nouvelle image d’elle, quitte à mettre sa propre vie en danger pour y arriver.

De son côté, la Cavalière s’enferma le visage entre les mains, se demandant à quel jeu elle jouait. Andrew Aleysworth devait souffrir. Il avait détruit sa famille, elle était orpheline et la dernière de sa lignée à cause de lui. Pourquoi prenait-elle le temps de se justifier ? Elle donnait des explications auxquelles de toute évidence, elle croyait, au plus profond d’elle.

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Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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