11.1

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Après que le Général Amador ait quitté la place du rapport du camp de la Cavalerie, les troupes retournèrent à leurs occupations. Certains décidèrent de se changer, avant de partir en patrouille dans la zone rouge, d’autres en profitèrent pour reprendre leur sieste, déjà entamée, et les derniers retournèrent à l’entrainement pour se maintenir en bonne forme physique.

Andrew donna l’ordre à son escadron de patienter quelques instants sur place, alors qu’au loin, les Capitaine Pavic et Yukimura lui faisait des grands signes. En petite foulée, il alla les rejoindre. Les deux officiers semblaient perturbés.

- Il vous arrive quoi, les gars ? questionna Andrew.

- On se demandait comment vous alliez, toi et Eldred.

Le Capitaine de l’escadron Suicide haussa les épaules. Il se passa la main dans les cheveux en soupirant, tentant lui même de mettre des mots sur son état d'esprit actuel.

- J’essaie de ne pas trop y penser, se contenta-t-il de répondre.

- Et le Solitaire ? demanda Pavic.

- Je n’en sais rien. Ça me soule. Il est encore plus distant qu’avant. Il se renferme et ne me parle de rien.

- Il n’a jamais vraiment été doué pour s’ouvrir, de toute façon, concéda Yukimura.

- J’espère juste qu’il ne va pas faire une connerie, ajouta Pavic.

- Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse ? s’étonna Andrew.

- Je n’en sais rien. On peut s’attendre à tout venant de ce gars-là.

- Ouais… Une bonne baston contre les Exos nous changerait bien les idées, si tu veux mon avis.

- En parlant de baston, je dois y aller, moi, soupira Pavic en jetant un coup d’œil à sa montre. À plus tard les gars.

Elle donna un coup de coude dans l’épaule d’Andrew et esquissa un large sourire en s’éloignant. Yukimura soupira et se massa la nuque avant de faire face à son collègue officier. Il regarda l’escadron Suicide, au loin et fixa la nouvelle recrue plus particulièrement.

- Et Jones ? Ça donne quoi ?

- Elle est bizarre, avoua Andrew en jetant un coup d’œil dans sa direction.

- Bizarre comme la Pacifiste, ou bizarre comme la Main de Dieu ?

- Non, bizarre comme… Comme tu ne sors pas quatrième de ta promo pour choisir la Cavalerie avec un nom comme le sien. C’est du délire !

- Elle colle plutôt bien au nom de ton escadron, je trouve.

- Sans déconner, elle est louche. Elle fait croire qu’elle s’en fiche de tout, mais je suis sûr qu’elle cache un truc, une espèce de... de haine ou de rage, alors qu'à l'extérieur, elle parait toute calme et docile. Elle a l'air complètement perdu en fait.

- Elle sait plus où elle en est, c'est normal. Elle a tellement dû en baver ces deux dernières années. Le tout est de savoir contre qui elle est réellement en colère.

- Ouais... J'aime pas avoir des gars comme ça dans mon escadron. C'est une bombe à retardement cette féminine. 

- Du moment qu’elle finit pas comme sa sœur, moi ça me va.

- J’essaie de la percer à jour mais c’est une vraie tombe.

- Bon courage alors ! Je suis content qu’elle ait pas finis chez moi !

- Fais gaffe, je pourrais demander ton transfert.

- T’oserai pas !

Le Capitaine de l’escadron Suicide haussa les épaules en commençant à reculer vers son escadron. Yukimura poussa un juron et fit un signe de la main avant de partir à son tour.

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[Fantastique / mythologie / humour / drame] - Ceci est la 2e version de Masques & Monstres.
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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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