10.3

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La Cavalerie attendaient depuis de longues minutes sur la grande place du camp lorsque le Général Amalia Amador se montra enfin. Le Capitaine du premier escadron mis les troupes au garde à vous. Le Général de la Cavalerie s'avança et contempla ses hommes quelques instants. Elle les salua respectueusement et les mis au repos. Elle croisa les doigts dans son dos et arbora un regard très sérieux, bien plus que d'habitude. Elle prit le temps de réfléchir à la tournure que son discours devait prendre.

- Le sixième escadron a dévoilé de nouveaux éléments, il y a peu de temps. Je suis donc ici pour vous annoncer que oui, une nouvelle brèche a été ouverte. Cette information a été confirmée récemment par une mission de reconnaissance du septième escadron.

Des jurons éclatèrent dans l’assemblée. Personne n’avait envie de se réengager dans cette guerre sanguinaire qui avait duré des siècles. Les combats reprendraient de plus belle et provoqueraient à nouveau de lourdes pertes dans leurs rangs.

- Aucun d’entre nous ne veux y retourner. C’est pour ça que cette fois-ci, nous ne mettrons pas autant de temps pour refermer la brèche. Nous avons de nouvelles armes, l’extermination des sans-visages reste notre priorité !

Elle marqua une pause lorsqu’elle comprit qu’elle venait de remotiver un peu ses troupes. Elle allait maintenant s’attaquer à un sujet plus sensible.

- Je tiens aussi à mettre un terme aux rumeurs qui circulent dans la colonie. Oui, la Main de Dieu est toujours en vie. Et non, elle ne nous a pas trahis. Elle a été possédée par un sans-visage du nom d’Ektra. Il s’est imposé comme le leader de leur peuple et il est donc impératif de l’empêcher de nuire.

Quelqu’un leva la main, le Général lui donna la parole.

- Vous nous demandez de la tuer, Général ?

- Non. Pour le moment nous voulons trouver un moyen de déterminer s’il est possible de la faire revenir parmi nous. Alors je vous demande de la laisser tranquille, façon de parler. Ne vous mettez pas en travers de sa route, mais récoltez tout de même le plus d'informations possible sur les plans d'Ektra. Ne vous mettez pas inutilement en danger ! Vous connaissez tous les capacités de la Main de Dieu, alors n'engagez pas le combat avec elle.

Haziel fut soulagé. Il n’avait qu’une seule peur, que le Général décide de mettre une cible sur la tête de Rita.

Le Capitaine Bartoli de l'escadron des Exécuteurs leva la main à son tour.

- J’ai transmis mon rapport il n’y a à peine quelques minutes, mais je vous rends compte que nous l’avons croisé. Elle nous a attaqué, nous avons mis toutes nos forces pour la repousser. Elle est encore plus puissante que lorsqu’elle était Cavalière, Général.

Ces informations soulevèrent plusieurs interrogations. Même le Général ne savait plus quoi dire. Elle demanda au Capitaine des Exécuteurs de venir la voir en personne par la suite, pour lui rendre compte en détail de l’incident de cette mission.

Perturbée par cet extrait de rapport, le Général Amador décida d’écourter son discours, impatiente de recevoir le Capitaine Bartoli dans son bureau pour plus d'explications.

Elle termina son allocution en demandant à ses troupes de redoubler de prudence. La Main de Dieu restait quelqu’un de redoutable, peut-être encore plus maintenant qu’Ektra avait pris sa place. Cependant, ils ne devaient en aucun cas lui faire du mal. Même si elle était possédée par un sans-visage, elle restait tout de même leur héros.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
L’effroi prenant le pas sur la peine physique, Owen parvint à se mouvoir et à attraper la dague qui patientait dans sa botte. L’arme renvoya un pâle reflet ; ou peut-être était-ce véritablement le teint de son faciès ? La lésion n’était pas belle à voir. Owen crut un moment observer une grosse limace rouge et caillée.
Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
Owen devait les rejoindre.
Il enjamba les corps qui jonchaient la vaste prairie ; des soldats, pour la plupart, et quelques magiciens éparpillés. Une hécatombe comme le royaume n’en avait jamais connue. Owen aurait pu les pleurer, mais il ne connaissait pas un seul d’entre eux. Chevalier errant, il n’était pas du genre à s’attacher ou à créer des liens amicaux. A part avec Marie…
Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
Le froid ne l’effrayait pas et le réconfort apporté par la douceur de l’eau surpassait toute réserve de la part d’Owen. L’entaille dans son dos l’avait terrassé sur le coup, mais elle avait présentement cessé de suinter. Elle ne devait pas être profonde. Owen ne pouvait en revanche pas en dire autant de la longue estafilade qui scindait son visage.
Doucement, il humidifia la croute de sang séché afin de la ramollir, puis la décrocha avec délicatesse. Le sang ne se fit pas attendre, et un pus épais et blanchâtre se joignit au premier écoulement. Ce dernier suppurait principalement de son orbite, le reste de la blessure étant moins grave. Il fallait suturer, et vite.
Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
Owen retourna dans le champ de cadavres, puisque c’était en ce lieu que les résidus magiques voletaient. Les magiciens du royaume avaient le pouvoir d’ouvrir des portails sur un autre monde, depuis lequel ils mandaient des forces éthérées. Chacune d'elle portait le nom de magie, sort ou sortilège. En fait, le nom importait peu.
De toute façon, la magie s’était comme évaporée durant la bataille. Pourquoi ? Owen n’en avait pas la moindre idée. Ce dont il était sûr, en revanche, c’était que ce phénomène leur avait couté la victoire.
Owen s’approcha de l’un des portails encore ouverts pour quelque raison inconnue et inséra son couteau dedans. La magie chauffa sa lame jusqu’à la rougir. Le chevalier admira, non sans anxiété, la dague ardente. Le temps lui était compté, il ne pouvait se permettre de jouer avec les minutes.
Pour Marie. Pour Espérance.
Le métal brûlant se posa sur la chair endolorie.
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